Jeudi 13 décembre 2018

Tajan

De Paris à New York

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 13 mai 2005 - 746 mots

La SVV Tajan tente de casser la monotonie des ventes de spécialités avec des vacations à thème.

PARIS - Lancer des ventes thématiques pour combattre le train-train des ventes saisonnières : idée de génie ou entreprise périlleuse ? Un peu des deux sans doute. Car après le « Paris-Europe centrale-Paris » de l’automne 2004 qui, sans avoir été ni une réussite ni un échec, a laissé beaucoup de personnes indifférentes, la maison Tajan s’attaque à un plus gros morceau. Le deuxième opus intitulé « New York-Paris, 1945-2005 » entend « mettre en évidence les affinités stylistiques entre les créations artistiques de l’après-guerre des deux côtés de l’Atlantique. Objectivement, nos artistes sont aussi bons que les artistes américains. Nous n’avons seulement pas su les défendre », commente Julie Ceccaldi. L’experte et directrice du département art contemporain de la maison de ventes a eu moins de six mois pour boucler son catalogue, sans aucune collection ou même embryon de collection sous la main pour démarrer.

Grâce aux relations de Rodica Seward, femme d’affaires influente aux États-Unis avant de prendre les commandes de la SVV Tajan, les œuvres d’artistes américains n’ont pas manqué à l’appel. Une petite dizaine de pièces issues de la collection Mimi Lipton en Floride a grossi les rangs américains avec notamment Signs for Divination, un tableau de 1946 d’Adolph Gottlieb, estimé 70 000 euros ; Wanderers, une acrylique sur toile de Robert Motherwell estimée 80 000 euros ; Bedroom Painting # 56, une huile sur toile découpée de Tom Wesselmann datée 1983 et estimée 120 000 euros, ou encore Brushstroke II (1986), une sculpture murale de Roy Lichtenstein, estimée 70 000 euros. Parmi les poids lourds américains, un collage et acrylique sur toile de 1984 signé Jean-Michel Basquiat, estimé 600 000 euros ; Hélène Rochas (1975), une toile à l’acrylique et encre sérigraphique de Warhol estimée 180 000 euros, et Star, une grande huile sur toile de 1969 signée Gottlieb, estimée 200 000 euros, viennent de collections américaines. En revanche, du côté des Français, le casting pèche par le manque de chefs-d’œuvre. Le tableau d’André Lanskoy, Le Cavalier, 1956, estimé 20 000 euros, est ainsi loin d’être exceptionnel tout comme la petite huile d’Erró de 1972 à 8 000 euros. Une peinture de Pierre Soulages (est. 65 000 euros) de 2002 est un peu tardive. On lui préférera une œuvre sur papier de 1960, estimée 40 000 euros. Des artistes manquent tels Estève ou Bazaine. Quelques prix semblent surévalués à l’instar de Fêtes de nuit, un panneau de 1951 de Dubuffet estimé 270 000 euros au bas mot. Julie Ceccaldi garde pourtant son optimisme, forte de présenter une belle huile de Georges Mathieu de 1959, estimée 50 000 euros ; une superbe composition abstraite de 1966 signée Rebeyrolle et estimée 30 000 euros ; un très beau et grand tableau de Vasarely de 1974 au prix volontairement élevé de 50 000 euros et un petit Jean Degottex de qualité, estimé 8 000 euros, « mais qui en ferait bien le double ». Elle composera également avec Plomb avec verres de couleur, 1952-1959, une belle sculpture quoiqu’un peu triste de Germaine Richier estimée 25 000 euros ; une composition de 1951 de Poliakoff provenant de l’ancienne collection Olivier Le Corneur, estimée 180 000 euros ; une assez rare huile sur panneau de Gaston Chaissac au pedigree intéressant (ex-collection Jean-Louis Prat), estimée 25 000 euros, et un beau tableau de Bernard Frize estimé 30 000 euros, « pas facile à trouver et qui plaira aux collectionneurs américains ». Dans le catalogue, page après page, les parallèles artistes français/artistes américains ne sont pas toujours pertinents, mais l’expert reconnaît que, « parfois, il n’y avait pas matière à comparer comme pour Lavier, Boltanski ou encore Pierre & Gilles. » Elle conclut : « Ce n’est pas gagné et nous n’attendons pas de miracle. Il faudra juste être patient. En s’entêtant un peu, nous arriverons à des résultats. C’est un risque que nous assumons. Rodica Seward a une façon d’aborder le marché qui lui vient du monde de la finance. Après tout, elle sait ce qu’elle fait. Par sa politique de marketing agressif, du moins nous projette-t-elle sur le devant de la scène… » Tout est dit.

NEW YORK-PARIS, 1945-2005

Vente le 25 mai, Espace Tajan, SVV Tajan, 37, rue des Mathurins, 75008 Paris, tél. 01 53 30 30 30 ; exposition : les 20 et 23 mai 9h-19h, les 21 et 22 mai 11h-18h et le 24 mai 9h-12h30, www.tajan.com

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°215 du 13 mai 2005, avec le titre suivant : De Paris à New York

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