Dimanche 27 septembre 2020

Dessin

De la place pour les ventes publiques

Par Marie Potard · Le Journal des Arts

Le 13 avril 2016 - 874 mots

En dépit de la profusion de vacations organisées pendant la semaine du dessin, un grand nombre de lots ont été adjugés.

PARIS - Un grand nombre de ventes de dessins étaient organisées simultanément au Salon du dessin, lors de la dernière semaine de mars, et « le marché parisien a prouvé qu’il était capable d’absorber cette quantité. Je craignais qu’il ne le puisse pas », soulignait Patrick de Bayser, expert en dessins anciens. Les vacations les plus notables ont toutes obtenu un taux de vente égal au supérieur à 80 %, ce qui est une bonne moyenne pour la spécialité.

Le 31 mars, la vente Artcurial se soldait par un beau succès avec un total de 2 millions d’euros (70 lots, estimation 650 000 à 746 700 €). 82 % des lots ont été vendus. Gabriel de Saint-Aubin (1724-1780) en était sans conteste la star puisque les trois dessins proposés ont pulvérisé leurs estimations. L’Incendie de l’Hôtel-Dieu en 1772 a été adjugé 386 200 euros (est. 40 000 à 60 000 €), un record mondial pour l’artiste mais aussi le prix le plus élevé de la semaine, tandis que La « Vénus » de Mignot au Salon de 1757, de la collection Georges Dormeuil, a atteint 156 800 euros, sur une même estimation, et que l’Autoportrait de l’artiste est parti à 119 600 euros (est. 20 000 à 30 000 €). De même, le Portrait de vieil homme juif attribué à Rembrandt a été adjugé à un collectionneur hollandais pour la somme de 225 000 euros (est. 80 000 à 120 000 €). Enfin, La Bohémienne de Cornelis Visscher (1619-1659) a été acquise par le Metropolitan Museum of Art de New York pour 212 600 euros (est. 40 000 à 60 000 €), un record mondial. Selon Matthieu Fournier, commissaire-priseur, « le marché du dessin ancien est solide, divers et discret. Il s’agit d’un marché “mûr” au sein duquel les amateurs progressent avec une détermination scrupuleuse, analysant les qualités mais aussi les défauts des feuilles. L’exigence caractérise ce marché dynamique, quand les œuvres de qualité sont présentes ».

Peu de dessins importants
La vente collégiale organisée par Drouot le même jour, grâce au concours d’une quinzaine d’opérateurs, a récolté 457 000 euros (est. 400 000 à 600 000 €), avec 80 % de lots vendus. « Une vente qui s’est passée correctement mais sans éclat », observait Patrick de Bayser. Il est vrai qu’y manquaient des dessins importants et que sont restées sur le carreau les deux pièces phares : un Portrait de femme par Georges La Tour (est. 40 000 à 50 000 €), et Ecce agnus dei, saint Jean-Baptiste demandant le baptême à Jésus (vers 1785), de Giandomenico Tiepolo. Estimé initialement 40 000 à 60 000 euros, le vendeur a souhaité au dernier moment pousser l’estimation jusqu’à 80 000. Bien mal lui en a pris. Une Femme arabe portant une amphore, de Delacroix, a été adjugée 18 600 euros, tandis qu’un Projet d’élévation pour l’église Sainte-Geneviève, vers 1756, par Jacques Germain Soufflot, a été préempté à 5 952 euros par les Archives nationales ; le Musée de Sceaux a quant à lui usé de son droit de préemption sur un dessin de Saint-Aubin, Vue animée de l’église de Sceaux. Les ventes collégiales constituent un bon compromis pour les opérateurs qui ne proposent pas de ventes dans la spécialité, mais les autres sont tentés, lorsqu’ils ne disposent que d’une ou de deux œuvres phares, de les conserver pour les ventes organisées en leur nom propre.
Pour sa vacation du 1er avril, Christie’s a récolté 1,5 million d’euros, soit l’estimation haute, avec un taux de vente de 80 %. Deux œuvres ont dépassé les 100 000 euros, La Fée aux Griffons, de Gustave Moreau, emportée à 157 500 euros (est. 150 000 à 250 000 €), et une Femme nue allongée de François Boucher adjugée 121 500 euros (est. 60 000 à 100 000 €). Parmi les opérateurs qui mixaient dessins anciens et modernes, Ader a vendu Cavalier et chasseur dans la forêt de Doorwerth, de Lambert Doomer (1624-1700) pour 166 750 euros, multipliant par plus de dix son estimation haute fixée à 15 000 euros, et Millon a cédé pour 60 080 euros Le Grand Chêne, de Théodore Rousseau (est. 30 000 à 40 000 €). Quant à la maison de vente Leclere, elle s’est illustrée avec un record mondial pour Aloys Zötl : Un éléphant des mers a été adjugé 201 280 euros (est. 30 000 à 50 000 €). Cette même vacation, qui a totalisé 1,5 million d’euros, proposait par ailleurs treize feuilles d’Auguste Rodin, datées des années 1890. Parmi celles-ci, L’Homme au serpent, étude pour la Porte de l’Enfer, a été préemptée pour la somme de 30 192 euros (est. 10 000 à 15 000 €) par le Musée Rodin. À l’issue de cette semaine dévolue au dessin, Patrick de Bayser constatait : « Le dessin italien des XVIe et XVIIe siècles, tant qu’il ne s’agit pas de grands noms, est à la peine alors que les écoles du Nord et le dessin français des XVIIIe et XIXe siècles ont la faveur du public. »

Note

Toutes les estimations sont indiquées hors frais acheteur tandis que les résultats sont indiqués frais compris.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°455 du 15 avril 2016, avec le titre suivant : De la place pour les ventes publiques

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