Mercredi 17 octobre 2018

De Haudenosaunee en Anishnawbe

La pierre qui parle, sculpture d’enseignement des Iroquois

Le Journal des Arts

Le 7 novembre 1997 - 362 mots

Alexandre Grauer, expert en art natif contemporain des Amérindiens du Canada auprès de l’ONU, organise à la galerie Artocarpus une exposition dont le produit des ventes servira à aider les derniers artistes traditionnalistes iroquois et ojibwa et à financer l’école native Gawenio Highschool de Hagersville, dans l’Ontario. Les prix s’échelonnent de 2 000 à 60 000 francs.

PARIS. C’est la passion qui anime Alexandre Grauer, historien qui fait œuvre d’ethnographe. Son terrain d’investigation, grand comme trois fois la France, s’étend de l’Ontario à la région des Grands Lacs au nord des États-Unis, du pays des Haudenosaunee, Iroquois de la Maison Longue, à celui des Anishnawbe, peuple ojibwa. Plus que l’observation participante de l’anthropologue – notion chère à Claude Lévi-Strauss –, il s’agit, dans le cas d’Alexandre Grauer, du sauvetage d’une culture grâce aux créations contemporaines des derniers sculpteurs traditionnalistes. Loin de tout exotisme à la Pierre Loti, loin des productions destinées aux industries du tourisme, cet ultime recours concerne quelques dizaines d’artistes à l’origine de la création d’un véritable art natif contemporain. Leur travail est non seulement la perpétuation de techniques traditionnelles, mais aussi la conservation d’un langage ritualisé où chaque objet, chaque forme et la matière utilisée conceptualisent les mythes fondateurs de ces sociétés. Quand l’objet devient la “Pierre qui Parle”, issue d’une renaissance culturelle et cultuelle, entre syncrétisme et acculturation, le sculpteur écrit l’histoire de son peuple, passé et présent. La totalité de l’œuvre est une langue vernaculaire, une forme de communication et une vision du monde. Ces “Pierres qui Parlent” sont aussi un support à l’enseignement oral, ceux-qui-savent transmettant par la visualisation des œuvres. Chaque objet a sa propre existence, sa propre destination. Le masque du Grand-Docteur-du-Bord-du-Monde acquiert, grâce à son créateur qui l’a vu en rêve et le porte, l’efficacité dans les guérisons collectives ou individuelles. Une douzaine d’artistes exposeront leur travail, parmi lesquels Ahmoo Angeconeb, Thomas B. Maracle ou Benjamin Thomas, dont certaines œuvres ont été vendues à New York chez Sotheby’s. Rare.

ART NATIF CONTEMPORAIN DU CANADA, ART IROQUOIS ET OJIBWÉ, exposition-vente du 20 novembre au 5 décembre, Galerie Artocarpus, 10 rue de Beautreillis, 75004 Paris, tél. 01 42 78 85 54, tlj sauf lundi 14h-19h30.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°47 du 7 novembre 1997, avec le titre suivant : De Haudenosaunee en Anishnawbe

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