Dimanche 24 janvier 2021

De Canaletto à Chagall

Tableaux anciens et œuvres modernes à l’Espace Tajan

Par Éric Tariant · Le Journal des Arts

Le 19 juin 1998 - 672 mots

Dans le cadre des ventes de prestige organisées à l’Espace Tajan en début d’été, se tiendront deux vacations consacrées l’une à des tableaux et sculptures modernes, le 24 juin, avec des œuvres de Degas, Marquet, Chagall et Bourdelle, l’autre à des tableaux anciens, le 25, comprenant notamment un Canaletto.

PARIS. Une vache habillée de rouge tenant un bouquet de fleurs bleues et un violoniste en action encadrent un visage bleuté enclin à la rêverie. Les souvenirs, de Marc Chagall, peint à la fin de sa vie, en 1971 (est. 2,8-3,2 millions de francs), sera un des temps forts de la vente du 24 juin à l’Espace Tajan. Autre toile vibrante de couleurs et de lumière, Paysage du Midi, environs de Saint-Tropez a été exécuté par Albert Marquet en 1905, alors qu’il séjournait pour quelques jours chez Manguin à la Villa Demière. Cette toile, qui figurera dans le catalogue raisonné de l’œuvre peint de l’artiste, est estimée 1,3 à 1,5 million de francs. Moins lumineux mais tout aussi expressif, Paris, le Pont Neuf (est. 2,5 millions de francs) a été peint en 1906, alors qu’il venait de s’installer au 25 quai des Grands-Augustins. Marquet est alors sous contrat avec la galerie Druet. Déchargé des soucis pécuniaires, il libère sa palette qui devient plus éclatante. La Seine, ses quais et ses ponts, mais aussi des escapades en Normandie et dans le Midi lui fournissent d’inépuisables sujets d’inspiration. Place des Abbesses sous la neige (est. 500-700 000 francs), a été exécuté par Maurice Utrillo en 1917, alors que son talent était à son apogée.  “Cette toile est le reflet de la meilleure période d’Utrillo, sa période blanche qui se prolonge entre 1914 et 1920, déclare l’expert Franck Baille. L’estimation est plutôt basse. La vente du tableau pourrait réserver une bonne surprise”. Trois jeunes filles (1929), une œuvre pleine de charme et de finesse de Marie Laurencin (est. 1,2 million de francs), deux tableaux d’Eugène Boudin, Barques de pêche et canots dans le port de Trouville (est. 600-700 000 francs) et la Seine à Quillebeuf (est. 500-600 000 francs), sont parmi les peintures les plus importantes de la vacation. Signalons aussi un dessin au fusain d’Edgar Degas sur papier calque contrecollé, Danseuse en maillot assise, estimé 1-1,2 million de francs. Plusieurs sculptures seront également mises en vente, dont un rare bronze d’Antoine Bourdelle, le Baiser (est. 200-250 000 francs). “Il s’agit d’une des trois épreuves réalisées par le sculpteur, poursuit Frank Baille. Les deux autres ont disparu. Le Musée Bourdelle possède une esquisse en plâtre du Baiser, ainsi qu’une mauvaise fonte. On n’avait pas vu de sculpture de l’artiste sur le marché depuis plusieurs années.”

Le môle depuis le bassin San Marco
Le 25 juin, place aux tableaux anciens avec, en vedette, un Canaletto : Vue du môle depuis le bassin San Marco, estimé 10 à 15 millions de francs. Dans son ouvrage Canaletto, une Venise imaginaire, publié en 1985, André Corboz date la toile de 1746, avant le départ du peintre pour l’Angleterre. Elle représente une des vues qui ont fait son succès, avec l’animation du bassin encombré de gondoles et de barques, et, en arrière-plan, la basilique Saint-Marc flanquée de la tour de l’Horloge. “La composition présente une légère perspective fuyante vers la droite du tableau et évite ainsi une présentation frontale des monuments, souligne Éric Turquin. Les différents palais s’alignent harmonieusement sur le bassin San Marco [...] On rapprochera cette composition d’une autre œuvre de Canaletto très similaire, avec quelques variantes au niveau des personnages animant le bassin, qui a figuré dans la vente Sotheby’s à Londres, les 3 et 4 décembre 1997, et a été vendue avec son pendant, La vue du Grand Canal depuis le campo di San Vio, plus de 5 millions de livres sterling” (environ 50 millions de francs). D’autres œuvres méritent l’attention, par exemple une série de quatre toiles illustrant des fables de La Fontaine, exécutées par Oudry en 1765 (est. 600-800 000 francs), et un tableau de Tomaso Salini, le Gentilhomme dans le garde-manger (est. 500-700 000 francs).

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°63 du 19 juin 1998, avec le titre suivant : De Canaletto à Chagall

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