Trois questions à

Daniel Greiner, antiquaire et expert à Paris en dessin d’architecture du XVIIe au XIXe siècle

« Le Salon du dessin se renouvelle peu »

Le Journal des Arts

Le 21 janvier 2005

Que pensez-vous du Salon du dessin ainsi que de la Semaine du dessin ?
C’est un bon concept. Mais la Semaine du dessin est devenue un « événementiel » trop intense. Entre le Salon, les expositions des musées, celles des galeries et les ventes publiques, il y a 3 000 à 4 000 dessins à voir en très peu temps. C’est un véritable marathon. Or les gens n’ont plus envie de s’étourdir, de courir à droite et à gauche et d’être dans la cohue. Les amateurs sont épuisés. J’ai d’ailleurs renoncé à faire une exposition dans ma galerie à cette période. Le Salon du dessin reste un rendez-vous de bon niveau. J’y ai participé en 2002. J’avoue avoir connu une bonne expérience commerciale et j’ai été étonné du niveau d’érudition des amateurs. Mais le Salon a le défaut de fonctionner en cercle fermé telle une structure un peu figée. D’une année sur l’autre, on voit toujours les mêmes participants tant du côté français qu’étranger. Le Salon du dessin se renouvelle peu et c’est dommage de ne pas faire venir des galeries nouvelles, quitte à accueillir plus d’exposants. Il faut explorer des voies nouvelles. Pourquoi ne pas monter un salon bis beaucoup plus ouvert aux jeunes marchands, avec des dessins de qualité à des prix moins prohibitifs et qui laisserait une place au dessin contemporain ?

Quelles œuvres vous ont marqué récemment ?
J’ai aimé deux expositions. La première, intitulée « Duban et l’Italie », exposition sur le travail du merveilleux aquarelliste qu’est Jacques Félix Duban (1798-1870), a eu lieu du 9 mars au 4 avril 2004 à Paris à l’École nationale supérieure des beaux-arts. Lors de son séjour italien, Duban a réalisé de nombreux relevés sur des sites archéologiques. J’admire la sensibilité chromatique des fresques pompéiennes. Ses compositions d’antiques, de sépultures mises au jour à l’époque de son voyage dans la région de Tarquinie (Corneto) ont eu une valeur d’émulation pour d’autres artistes qui s’en sont inspiré pour des modèles de travaux de décoration. Duban est en outre l’un des premiers à avoir composé certains motifs étrusques. Beaucoup de fresques originales ayant disparu en raison de leur exposition à l’air, les relevés de Duban ont donc une valeur artistique et historique. La deuxième exposition est « Primatice (1504-1570), maître de Fontainebleau », qui vient de s’achever au Louvre. C’était un artiste complet, à la fois architecte, peintre, dessinateur, graveur et fresquiste. Il a aussi conçu des projets pour des sculptures et des architectures éphémères.

Quelle est votre actualité ?
Mon exposition annuelle à la galerie Véro-Dodat démarre le 26 janvier. Elle est accompagnée d’un catalogue très documenté. Je présente un ensemble d’une quarantaine de dessins du XVIIe à nos jours avec pour fil directeur l’architecture, l’archéologie ainsi que les arts d’ornementation, de jardin, théâtre et ingénierie. On y verra par exemple un beau motif d’ornements à la pierre noire et plume par Bernard Turreau dit « Toro » (1661-1731) dont le raffinement rappelle l’art du XVIe siècle ; des ruines antiques animées de personnages par Servandoni (1695-1766), peintre de perspectives et architecte qui savait jouer sur les effets lumineux ; une fantaisie architecturale de Pernet (né à Paris en 1763) à l’aspect théâtral et une composition aquarellée poétique montrant l’intérieur d’un tombeau étrusque par Duban (1798-1870). Le XXe siècle sera notamment illustré par le projet d’une usine destinée à briser des objets en verre, une « folie contemporaine » datée de 1980 et signée Dennis Oppenheim, qui fut réalisée à Venice, en Californie, mais aussi par deux dessins de Gérard Chamayou (dit « Félix »), ingénieur et sculpteur : celui d’une Pyramide flottante qui fit un parcours initiatique sur le Nil après avoir été présentée aux Parisiens sur la Seine en 1979 et celui de la Sphère miroir de la Géode au parc de La Villette à Paris.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°207 du 21 janvier 2005, avec le titre suivant : Daniel Greiner, antiquaire et expert à Paris en dessin d’architecture du XVIIe au XIXe siècle

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