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Da ! Moscow, une nouvelle foire d’art contemporain en Russie

MOSCOU / RUSSIE

Dans un marché étroit, peu dynamique et pourtant déjà bien occupé, une nouvelle foire va se tenir en mai prochain à Moscou. Elle ne réunira que 24 galeries, toutes locales.

Moscou. Vladimir Ovcharenko, vétéran de la vente d’art contemporain russe avec trente ans de carrière, lance une nouvelle foire moscovite du 16 au 19 mai. Da ! Moscow fera concurrence à Cosmoscow, jusqu’ici la principale foire d’art contemporain russe, organisée en septembre et réunissant chaque année autour de 70 galeries. Ovcharenko fut l’un des trois fondateurs de Cosmoscow en 2010. Mais il a quitté l’équipe aujourd’hui dirigée par Margarita Pouchkina en 2014 à la suite de divergences sur la stratégie, même si sa galerie participe parfois à des éditions du salon. Dans un entretien accordé au Journal des Arts, il évoque une « sélection bancale avec des galeries trop orientées “marché de masse” » et un calendrier peu propice. Cosmoscow se déroule début septembre, quand « de nombreux collectionneurs sont encore en vacances, ou ont les poches dégarnies à la fin de l’été… le climat n’est pas terrible à Moscou et les étrangers sont peu disponibles ». Da ! Moscow est au contraire favorable en termes de conditions climatiques. « Il y a une meilleure ambiance en mai. » Ovcharenko est un optimiste de caractère, et prête une importance prépondérance aux facteurs psychologiques pour déverrouiller les bourses des acheteurs.

Da ! Moscow n’est pas la seule dans ce créneau très occupé. La foire moscovite devance tout juste la Kyiv Art Week (20 au 16 mai) et tombe en même temps que la Tbilisi Art Fair (du 17 au 19 mai). « Ce n’est pas grave, nous allons juste perdre une ou deux galeries géorgiennes au passage », relativise le galeriste. Pour l’instant, avec son offre à 200 euros le mètre carré, Da ! Moscow a réussi à convaincre 24 galeries, mais pas une seule étrangère. La Viennoise Christine König, un temps intéressée, a fini par renoncer au dernier moment.

C’est bien moins que Cosmoscow, qui peine aussi à faire venir les étrangers, mais attire en moyenne une petite dizaine d’acteurs occidentaux. Ce n’est pas faute d’avoir essayé. Mais les étrangers sont de plus en plus frileux avec la Russie, et « les Américains refusent tous en bloc », note Ovcharenko. D’une manière générale, les étrangers peinent à cerner ce qu’ils peuvent vendre à la clientèle russe. C’est un travail de longue haleine et le climat actuel, aussi bien économique que politique, tend à les décourager.

Da ! Moscow occupera le même espace que Cosmoscow, soit la vaste cour centrale de Gostiny Dvor, un vaste et prestigieux espace à deux pas de la place Rouge, occupé par des boutiques de luxe très classiques. La rumeur veut que plusieurs galeries d’art envisagent de s’installer pour de bon dans les murs de Gostiny Dvor. Après le cluster de galeries Cube sur Tverskaïa, Gostiny dvor, avec ses futures galeries, ses deux foires et la proximité de Triumph, pourrait former un second centre de gravité contemporain en plein cœur de la capitale russe.

Le pari ambitieux d’Ovcharenko

De tous les galeristes russes, Ovcharenko est celui qui prend le plus de risques pour secouer le marché. Entre Cosmoscow, les enchères « tout à 100 » (dollars) deux fois par an et ses expositions d’artistes radicaux, il se devait d’amener un projet hors du commun durant Da ! Moscow. Ce sera Golden Fund, une collection « clé en main » des plus grands noms de l’art contemporain russe, visant les grands mécènes aux poches pleines. « C’est un tout, il faut l’acheter tout entière », explique Ovcharenko, avec un sourire en coin. Il n’en dira pas plus sur ce Golden Fund pour conserver un effet de surprise. Mais il laisse entendre qu’il s’agit d’une chance unique de fonder un musée et d’entrer dans l’histoire, de devenir le digne héritier des grands mécènes historiques russes : Tretyakov, Morozov, Chtchoukine…

Une démarche ambitieuse, dans un marché toujours déprimé depuis 2014 et qui ne dépasse pas les 20 millions d’euros par an. « C’est un premier jet, nous allons voir ce que cela donne et corriger les erreurs. Une première édition est toujours un test », s’excuse-t-il à l’avance. Il note aussi que « le marché est ce qu’il est : nous n’avons pas 300 galeries d’art contemporain en Russie. Nous en avons tout juste 25 ». En art, la qualité prime sur la quantité. Si Ovcharenko vend sa Gold Collection, il aura déjà remporté son pari.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°522 du 26 avril 2019, avec le titre suivant : Da ! Moscow, une nouvelle foire d’art contemporain en Russie

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