Samedi 15 décembre 2018

Analyse

Crisis, what crisis ?

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 4 octobre 2007 - 519 mots

Quelle leçon peut tirer le milieu de l’art de la crise financière et immobilière qui a dévissé les bourses planétaires cet été ? Tout d’abord celle de la fragilité propre à tous les marchés. Car la tempête a surgi alors que tous les clignotants étaient au vert. La mondialisation, mutualisant les risques, apparaissait comme garante de la stabilité. Les mêmes indicateurs semblent au beau fixe dans le marché de l’art, où les professionnels balayent prestement l’épouvantail d’un séisme. Si les acheteurs flambent, c’est désormais avec leur propre argent contrairement aux années 1990. Mais précisément, de l’argent, les hedge-funders en ont beaucoup perdu cet été. Ces mêmes hedge-funders, comme Steve Cohen, ou ces magnats de l’immobilier tels Aby Rosen et Steve Wynn, investissent depuis quelque temps massivement dans l’art d’après-guerre et contemporain. Un nouveau hedge-fund, baptisé The Art Trading Fund, a même vu le jour à Londres cette année. Dans le contexte actuel, on peut naturellement imaginer que le XXe siècle prenne du plomb dans l’aile après une inflation déraisonnable et quelque 135 records millionnaires répertoriés par Artprice sur les six derniers mois. Le méga-collectionneur et tycoon de l’immobilier, Eli Broad, confiait ainsi en août à Bloomberg : « Le marché de l’art va se réajuster mais cela ne se produira peut-être pas avant six mois, un an. Traditionnellement, lorsqu’il y a des variations à la baisse ou à la hausse, elles épousent ce qui se passe dans le marché des valeurs et de l’immobilier. »

À l’abri du marché de l’art ?
Pourtant, une enquête réalisée en 2005 par Artprice, comparant les cours boursiers, immobiliers et artistiques, laissait entendre que les plaques architectoniques du marché de l’art et de la finance tendaient à se détacher. De fait, lorsqu’entre octobre 2002 et janvier 2003 l’indice Dow Jones a fléchi de 4 %, l’indice Fine Arts a lui grimpé de 7,6 % aux États-Unis. « Avec peut-être 40 milliards de dollars, la taille du marché de l’art est une goutte d’eau par rapport aux 51 milliards de milliards de dollars de la bourse mondiale, nous indique François Curiel, président de Christie’s France. Les gestionnaires de fonds alternatifs seront peut-être moins présents dans nos ventes à la rentrée mais, pendant l’été, la bourse n’a pas influencé les ventes chez les marchands d’art et les joailliers. D’autre part, en pleine turbulence financière, les enchères de chevaux au mois d’août à Deauville se sont bien déroulées, affichant une progression de 35 % par rapport à 2006. Donc, pour l’instant, je vois un détachement total entre les deux marchés. » François Curiel préfère d’ailleurs parler de « spasme » que de « crise », d’autant plus que les bourses se sont depuis redressées. Une vraie sonnette d’alarme a pourtant été tirée. On ferait bien de garder en tête les propos de feu l’économiste John Kenneth Galbraith, avec lequel Le Monde concluait une de ses chroniques financières : « Ce que nous savons avec certitude, c’est que les épisodes spéculatifs ne se terminent jamais en douceur. Il est sage de prédire le pire, même s’il est, selon la plupart des gens, peu probable. » Le mois d’octobre, entre la foire Frieze à Londres et les premières ventes d’art contemporain, indiquera si oui ou non, un changement de tempo est à prévoir.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°264 du 7 septembre 2007, avec le titre suivant : Crisis, what crisis ?

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