Dimanche 25 février 2018

Polémique

Coupes claires à la FIAC

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 23 août 2007

La prochaine édition de la FIAC tourne le dos à de bonnes galeries françaises, qui soutiennent pourtant depuis longtemps la manifestation. Certaines se regroupent pour lancer une foire « off ».

PARIS - La prochaine édition de la Foire internationale d’art contemporain (FIAC) , à Paris, va s’ouvrir à de grosses pointures étrangères (lire le JdA no 238, 26 mai 2006, p. 28) tout en réduisant ses troupes de 30 %. Une cure d’amaigrissement qui s’accompagne de sévères dommages collatéraux. La liste d’attente comptait fin juin quarante galeries, notamment trois exposants d’Art Basel, Ernst Hilger (Vienne), Invernizzi (Milan) et Bernard Jacobson (Londres). Il y a quelque ironie à ce qu’Ernst Hilger, président de l’association des galeries autrichiennes, se retrouve sur liste d’attente à Paris, alors que la société Reed, propriétaire de la FIAC, a lancé l’an dernier une foire d’art contemporain à Vienne ! Les galeries françaises sont toutefois les premières à faire les frais de cette coupe claire (1). Comment expliquer l’exclusion du Parisien Éric Dupont (lire p. 29) ou la mise en attente de Catherine Issert (Saint-Paul de Vence), laquelle avait compté autrefois comme assistante Jennifer Flay, l’actuelle directrice artistique de la foire ? Les enseignes refoulées ont souvent pour point commun d’œuvrer dans la durée et la mémoire, loin de toute branchitude. Or la FIAC se gorge aujourd’hui de hype et de fashion. « L’artiste Ben m’a dit : si c’est une question d’esprit, tu y seras, si c’est une question d’argent, non », lance Liliane Vincy (Paris), exclue de la sélection. Certaines galeries imputent aussi leur éviction à leur participation en mars dernier au salon Art Paris.
Les galeries refusées n’ont pas tardé à monter au créneau. « Soyons cohérents : la France doit d’abord encourager et soutenir les galeries françaises capables d’exporter les artistes français, ou vivant en France, et qui suivent une politique de long terme », soutient Baudoin Lebon (Paris) dans une lettre adressée à Jennifer Flay le 7 juin. Et d’ajouter : « Pensez-vous aux collectionneurs qui vont croire que je suis mort (ou ruiné) après plus de trente ans de présence assidue à la FIAC ? La galerie elle-même peut vivre sans la FIAC ; mais avez-vous pensé à l’image des artistes qui, eux, absents des foires, sont alors refusés ou oubliés par les autres galeries et institutions ? »

Purgatoire
De son côté, Bernard Utudjian, directeur de la galerie Polaris (Paris), s’explique mal ce purgatoire avec placement sur liste d’attente alors que ses artistes jouissent d’une visibilité internationale. Stéphane Couturier a ainsi bénéficié cette année d’une exposition personnelle au Musée de l’architecture de Moscou ainsi qu’à la Laurence Miller Gallery à New York. Yto Barrada a pour sa part exposé à The Kitchen à New York et au Jeu de paume, à Paris.
Hormis Pietro Sparta (Chagny) et la nouvelle venue Cortex Athletico (Bordeaux), les galeries de province comme Oniris (Rennes), Sollertis (Toulouse) et Ritsch-Fisch (Strasbourg) ont aussi été déboutées. Une vitrine annuelle parisienne se révèle pourtant vitale pour ces enseignes établies en région ! « Je ne veux pas être prise à l’ancienneté, mais je suis une galerie qui fait depuis trente ans un travail d’accompagnement d’artistes de qualité comme François Morellet, Felice Varini, Michel Verjux, ce en synergie avec des institutions locales telle la Villa Arson [Nice], nous a déclaré Catherine Issert. Je l’ouvre aux jeunes artistes comme Vincent Lamouroux. J’avais six artistes dans l’exposition “La force de l’art” et cinq dans l’exposition actuelle à la Fondation Maeght [Saint-Paul de Vence]. Nous devons être vigilants sur la défense de notre scène nationale ! »

Repêchage partiel
Le sécateur du comité de sélection a aussi élagué parmi de plus jeunes galeries comme Anne Barrault, Dominique Fiat, Magda Danysz et Valérie Cueto. Cette dernière n’avait pourtant pas démérité lors de ses précédentes prestations avec deux projets spécifiques commandés à José Dávila et Chris Sauter. « Mais il semble que, cette année, il soit plus important pour le comité d’être une galerie-restaurant, vendeur de DVD ou encore d’avoir ouvert depuis moins d’un an », fulmine-t-elle dans un courrier incisif à la FIAC.
D’après les organisateurs, quinze à vingt enseignes pourraient éventuellement être repêchées. « Nous faisons tout pour que les personnes en liste d’attente puissent rentrer, nous a indiqué Martin Bethenod, commissaire du salon. Nous partons du principe que les galeries que nous avions acceptées en 2005 sont bonnes et destinées à être suivies. Nous sommes en négociation avec des galeries pour qu’elles réduisent la taille de leurs stands. Au sein même du Grand Palais, nous discutons sur les possibilités d’utiliser les alvéoles et la construction de stands sur deux étages. » Sans attendre une réponse définitive, qui devrait tomber début juillet, certains ont pris le taureau par les cornes. Une poignée de galeries menées par Éric Dupont va ainsi lancer la foire alternative « Show off Paris » à l’Espace Cardin, aux mêmes dates que la FIAC. « On se prend en main, nous a confié Magda Danysz, co-organisatrice de ce salon. On ne va pas refaire le monde, mais apporter une proposition sincère. » La sincérité, voilà une donnée que la FIAC ferait bien de ne pas oublier.

(1) 36 galeries ayant participé en 2005 à la FIAC n’ont pour l’heure pas été reconduites.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°241 du 7 juillet 2006, avec le titre suivant : Coupes claires à la FIAC

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