Mercredi 17 octobre 2018

Paris

Coup de jeune pour le Carré Rive Gauche

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 30 juillet 2007 - 588 mots

La manifestation profite de son trentième anniversaire pour se moderniser. Plus de cent vingt galeries participent à l’événement du 31 mai au 3 juin.

 PARIS - Après avoir longtemps ronronné, le Carré Rive Gauche à Paris fait son aggiornamento à l’occasion de ses trente ans, fêtés du 31 mai au 3 juin. Craignant un putsch des modernes voilà quatre ans, les marchands du quadrilatère avaient désavoué le bureau animé par Alain Demachy et Marc Antoine Pâtissier. Leurs réformes s’avéraient pourtant salutaires. Le bureau suivant a préféré pacifier les troupes en refoulant toutes velléités de changement. Le discours rassurant et conventionnel a eu le mérite de faire grimper le nombre des adhérents en 2006. Mais, comme le rappelle un marchand, « le Carré avait alors des allures de comité des fêtes ou de journées portes ouvertes. C’était un événement a minima ». Le nouveau bureau élu en janvier a bien compris qu’une modernisation était inéluctable pour rester dans la course. « Les antiquaires qui craignaient une cannibalisation par les modernes ont saisi que la modernité vient de la façon dont on présente et vend les choses », souligne son président, le marchand Olivier Delvaille.
Le changement en marche bouscule certes les habitudes. « Autrefois, le Carré était stratifié, hiérarchisé. Maintenant c’est plus un creuset qu’un mille-feuille, observe Thierry Taravel, spécialiste des artistes animaliers. La moyenne d’âge commence à baisser et les fatalistes ont cédé la place à une plus jeune génération entreprenante, qui apporte une certaine fraîcheur. » Parmi ces nouveaux marchands, on relève l’arrivée rue de Beaune de Marie Watteau, transfuge de la rue Sainte-Anne. « Je sens que le Carré va se renouveler et je veux faire partie de ce renouveau. Je suis convaincue que c’est là où il faudra être dans les cinq prochaines années », indique la jeune galeriste qui présentera une Vue de Paris prise depuis la Tour Saint-Jacques, par Adolphe Étienne Auguste Moreau-Nélaton. Même son de cloche chez Hélène Bailly, qui a ouvert un espace d’art contemporain au sein de la galerie parentale, spécialisée dans les tableaux anciens. L’énergie se perçoit aussi du côté des arts décoratifs, avec l’installation de Nicolas Denis. Celui-ci ouvre le 31 mai avec du mobilier d’artistes, notamment un éclairage sur le sculpteur grec Philolaos Tloupas. Focalisée sur l’art nouveau international, D-Room ouvre nos œillères avec un fauteuil américain très Arts and Crafts et une jardinière en carton pressé de l’Autrichien Robert Oerly. Dans son travail de remise à plat, le Carré a heureusement abandonné la rhétorique usurpée « d’objet extraordinaire ». L’heure est à la « curiosité », terme plus adéquat pour désigner un buste en coquillage anglais de 1960 chez Philippe Murat-David. La montée en force du XXe siècle n’éclipse pas les spécialités plus classiques. En matière de céramique, Dragesco-Cramoisan propose un pot à eau et sa cuvette de provenance impériale, fabriqués à Sèvres vers 1804-1807. Même si les expositions ne sont pas toutes bouleversantes, certaines sortent du lot comme celle d’Étienne Beothy, cofondateur d’Abstraction-Création, chez Antoine Laurentin. De son côté, la galerie Mandalian Paillard révèle les créations récentes de l’architecte et designer brésilien Carlos Motta. France de Forceville joue quant à elle une carte ludique avec la campagne publicitaire de Roger Bezombes pour les chaussures Bailly, accrochage marqué par une surprenante tapisserie d’Aubusson réalisée en 1983. La tapisserie, puisqu’on en parle, offre son meilleur visage à la galerie Chevalier, avec Céphale et Procris, tissée vers 1680 à la Manufacture de Beauvais. On le voit, chacun, à son échelle, tente de redonner de la vigueur au quartier.

CARRE RIVE GAUCHE

31 mai-3 juin, le 31 18h-23h, les 1er et 2 11h-22h, le 3 11h-18h, www.carrerivegauche.com

CARRE RIVE GAUCHE

- Président : Olivier Delvaille - Nombre d’adhérents : 121 - Cotisation annuelle : 1 500 euros HT

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°258 du 27 avril 2007, avec le titre suivant : Coup de jeune pour le Carré Rive Gauche

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