Vendredi 14 décembre 2018

Commissaires-priseurs : d’autres mises en examen

Par Le Journal des Arts · Le Journal des Arts

Le 3 janvier 1998 - 468 mots

Alors que Drouot se félicite d’un produit vendu en progression de 15 % en 1997 (lire page 33), la justice s’intéresse de plus près aux activités des commissaires-priseurs. Sept d’entre eux dont deux ténors, Mes Guy Loudmer et Francis Briest, ont été mis en examen. Du jamais vu. Les faits en cause sont de nature et d’un niveau de gravité très différents. Mais les officiers ministériels, au moment où ils doivent renégocier avec l’État leur indemnisation dans le cadre de l’ouverture du marché aux sociétés étrangères, peuvent craindre que les juges, en examinant les comptes de leurs études, élargissent leurs investigations.

PARIS - “Certes, je fais partie des optimistes, mais en 1991, la France n’avait pas encore subi le contrecoup de la crise du marché de l’art aux États-Unis”, se défend Me Francis Briest, mis en examen pour “complicité d’escroquerie” après une plainte du Crédit Agricole. Celui-ci reproche au commissaire-priseur d’avoir surestimé des toiles destinées à servir de gage à un prêt bancaire sollicité par la société Falcone et Carpentier, spécialisée dans les transactions d’œuvres modernes. Ce prêt a été en fait accordé par un établissement qui a été par la suite racheté par le Crédit Agricole. Après la faillite en 1993 de Falcone et Carpentier, une nouvelle estimation des tableaux réalisée par Christie’s, Sotheby’s et l’étude Calmels a abouti à des chiffres largement inférieurs. L’avocat de Me Briest, Me Hervé Chemouli, invite “à la plus grande prudence dans une affaire qui pose la question de l’évaluation des œuvres d’art”. La mise en examen a l’avantage de donner accès au dossier, rappelle-t-il, ajoutant que son client n’avait aucun intérêt lié à Falcone et Carpentier et que toutes les informations sur les cotes des artistes à l’époque, sur lesquelles étaient basées les estimations, ont été remises au juge.

La spéculation qui a culminé en 1990 a favorisé le nantissement de tableaux et a permis à certains de s’autoriser des pratiques à risques où tous les partenaires trouvaient leur compte – les propriétaires, les intermédiaires et les banques – tant que les cours montaient. (L’enquête menée avec notre partenaire éditorial The Art Newspaper, publiée en page 3, montre qu’en Grande-Bretagne ce type d’opération donne lieu à des tentatives d’escroquerie). De son coté, Me Guy Loudmer, mis en examen pour “abus de confiance aggravé, recel et complicité”, a été remis en liberté contre le versement d’une caution d’un million de francs, après huit semaines d’incarcération à la Santé. Mais le parquet de Paris a fait appel de cette décision. Enfin, cinq autres commissaires-priseurs parisiens ont été mis en examen pour avoir vendu des fourrures et des tapis neufs. Les familiers de l’Hôtel Drouot savent que cette pratique est plus courante que la Chambre ne l’admet. Il reste que c’est un manquement aux règles professionnelles. Les juges vont-ils lever d’autres lièvres ?

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°51 du 3 janvier 1998, avec le titre suivant : Commissaires-priseurs : d’autres mises en examen

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