Vendredi 14 décembre 2018

Tajan

Comme un sultan dans son harem

Le Journal des Arts

Le 29 avril 2005 - 666 mots

Jacques Tajan tape le marteau pour les ventes de tableaux orientalistes.

 PARIS - Alors que le fils, le commissaire-priseur François Tajan, vient de quitter la maison de ventes qui porte son patronyme, et qui est depuis dix-huit mois dirigée par Rodica Seward, le père, Jacques Tajan, fondateur de la société et ex-premier marteau de France (qui a officiellement pris sa « retraite » à Bruxelles), n’a pas totalement décroché du métier. Il orchestrera la prochaine vente de tableaux orientalistes à l’Espace Tajan le 11 mai, ainsi que la suivante programmée à l’automne. « De mémoire, depuis j’ai lancé cette spécialité il y a vingt-sept ans avec Lucien Arcache, je n’ai jamais eu une vente de cette qualité. Je suis un passionné et me suis taillé une réputation dans ce domaine, vante-t-il. Je suis attaché au monde oriental qui constitue le noyau de la clientèle de ces ventes. Les clients me demandent et manifestent sans cesse le plaisir de me voir. J’ai 64 ans et il faudra bien que cela s’arrête un jour. Mais du fait des circonstances (le départ de François que je n’ai pas très bien compris, mais si c’est son choix…), il n’est pas exclu que je dirige d’autres ventes », poursuit-il avec la grandiloquence qui lui est propre. Estimée 2,5 millions d’euros, la vente est, selon l’expert Lucien Arcache, « plus belle que ce que je présente d’habitude. C’est en tout cas la première fois que je propose de la grande peinture de harem. À la fois les peintres et les peintures sont importants ». Au cœur de la vacation, une vingtaine de pièces qu’un collectionneur étranger a confié à la maison de ventes : estimés 1,3 million d’euros, ces tableaux presque tous référencés font partie d’une collection de peintures illustrant la femme orientale. Évaluée à 100 000 euros au bas mot, Les Voisines, terrasses d’Alger, une huile sur toile d’un raffinement extrême du peintre américain Frederick Arthur Bridgman, datée 1887, apparaît pour la première fois sur le marché. « C’est l’une des plus belles œuvres de Bridgman au monde », affirme l’expert. La souriante Odalisque au tambourin de Léon Comerre, dont on connaît quelques esquisses du modèle, a été évaluée 120 000 euros. Estimée 80 000 euros, une autre Odalisque signée Adolphe Weisz, orientaliste de l’école hongroise, charme par son jeu sensuel d’ombre et de lumière, alors que les Baigneuses de Jean Léon Gérôme, tableau estimé 250 000 euros, dévoilent leur nudité marmoréenne. Dans un autre genre, Intérieur à Beni Ounif de Marie Lucas-Robiquet, estimé 80 000 euros, montre une rare scène de fileuses dans une mechta pauvre du Sud algérien et Le Café de Cesare Dell’Acqua, estimé 30 000 euros, cède aux grâces de la femme turque tenant en main un zars (tasse à café sans anses), tandis qu’un modèle d’aiguière en tombac posé à ses côtés révèle la finesse de l’orfèvrerie orientale. Cinq autres toiles de qualité provenant d’une collection orientale complètent cette sélection : deux toiles d’Étienne Dinet, Baigneuses dans l’oued et Fillettes de Bou Saada dansant, estimés 80 000 et 60 000 euros ; deux peintures de l’orientaliste russe Alexandre Roubtzoff, La Danse des mouchoirs et Mahbouba, situées à Tunis, datées 1934 et 1915, estimées 50 000 euros chacune ; et une délicate Jeune Orientale aux colombes blanches de Charles Émile Lecomte-Vernet, estimée 40 000 euros. Hors collection, une grande scène de Procession nuptiale dans le Sud algérien par Eugène Alexis Girardet, est estimée 130 000 euros ; un Intérieur mauresque des plus réussis, peint par Louis Auguste Girardot, spécialiste du Maroc (au demeurant une région très demandée par les collectionneurs), estimé 28 000 euros, et Souk à Marrakech, une détrempe sur toile de Jacques Majorelle, estimée 30 000 euros, laquelle quoiqu’un peu tardive (datée 1949) est très belle de lumière.

TABLEAUX ORIENTALISTES

Vente le 11 mai, Espace Tajan, SVV Tajan, 37, rue des Mathurins, 75008 Paris, tél. 01 53 30 30 30, www.tajan.com, exposition les 28, 29 avril et les 2, 3, 4, 6, 9 et 10 mai, 10h-18h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°214 du 29 avril 2005, avec le titre suivant : Comme un sultan dans son harem

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