Projet privé

Collection voyageuse

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 9 décembre 2009

Plutôt qu’ouvrir un lieu fixe, à l’instar de nombreux collectionneurs d’art contemporain, Monique Burger préfère la formule du nomadisme

BERLIN - Pour les collectionneurs d’art contemporain, ouvrir un espace privé au public est devenu monnaie courante. Certains, comme la Suissesse Monique Burger, tentent toutefois de sortir de ce schéma. L’ancienne chasseuse de tête a transporté un pan de sa collection à Berlin, dans les anciens locaux de la galerie Arndt & Partner, autour d’une exposition en quatre volets baptisée « Conflicting Tales » (1). « Pour nous, le but n’est pas d’ouvrir la porte en disant “voici nos trophées”, insiste Daniel Kurjakovic, conservateur de la collection. Le profil d’une collection, ce n’est pas seulement les achats, mais comment on agit. Nous voulons que ces œuvres soient investies d’une dimension pédagogique. Ce n’est pas un projet de représentation, mais de recherche. Ce n’est pas une obsession privée, mais l’occasion de discussions objectives. » Des discussions qui ont été menées notamment en octobre dernier dans le cadre d’un séminaire de la Freie Universität de Berlin, organisé au sein même de l’exposition.

Des champs très ouverts
Depuis environ six ans, Monique Burger réfléchissait à une forme appropriée d’exposition de sa collection de 1 200 pièces, commencée en 1996. « Cela ne sert à rien d’avoir un espace, car nous ne vivons pas en permanence dans un lieu fixe », souligne-t-elle. D’où l’idée d’un format nomade, plus proche du mode de fonctionnement de la planète artistique. Affichant des lignes de fuite très diverses, la tétralogie aborde des champs très ouverts, comme la question de la subjectivité pour la première exposition. Seront développées par la suite les notions de narration, d’histoire et de langage. Bonne nouvelle à la vue du premier opus, la collection évite les usual subjects de l’art contemporain. On y voit certes Urs Fischer, mais aussi Fiona Banner, Charles Sandison, Collier Schorr ou Vittorio Santoro. On s’attarde sur un film de Mathilde Ter Heijne traitant des histoires de suicides amoureux, ou sur une vidéo de Teresa Hubbard illustrant la porosité entre les zones de conscience et d’inconscience. Ailleurs, les monstres en céramique de Grayson Perry répondent étrangement aux cycles des pièces de Nalini Malani, hantées par la figure du ver de terre.

Veillant à suivre les créateurs dans la durée, Monique Burger préfère les groupes d’œuvres à l’échantillonnage. Elle se veut aussi coproductrice en finançant le film House with Pool de Teresa Hubbard et Alexandre Birchler, ou en apportant son soutien à l’espace associatif Para/Site de Hong Kong. Sa présence, depuis 2005, dans cette ville a d’ailleurs conduit la collectionneuse à s’intéresser de près à la scène asiatique. Hong Kong sera de fait la prochaine étape de cette exposition évolutive. L’expérience sera ensuite renouvelée en Inde avant de rejoindre Bruxelles. « En Belgique, il s’agira peut-être d’un seul grand projet d’artiste, indique Daniel Kurjakovic. Le but n’est pas que la formule prenne de l’ampleur. Ce n’est pas un plan militaire, mais un format ouvert. » Ou comment avancer en marchant…

(1) Jusqu’au 13 décembre, Zimmer-strasse 90-91, Berlin, www.burgercollection.org, les vendredi et samedi 12h-18h

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°315 du 11 décembre 2009, avec le titre suivant : Collection voyageuse

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