Christie’s s’intéresse aussi aux jeunes créateurs français

Par Éric Tariant · Le Journal des Arts

Le 14 avril 2000

Quatre mois après l’exposition d’œuvres vidéo organisée dans les locaux parisiens de Sotheby’s, c’est au tour de Christie’s de s’intéresser de près à la jeune création en présentant, du 18 avril au 5 mai, une sélection d’œuvres de plasticiens, vidéastes, designers et couturiers français. Une initiative qui prête à controverse.

PARIS - Installée avenue Matignon depuis le début de l’année, Christie’s veut, en multipliant les expositions, habituer ses collectionneurs à fréquenter ses nouveaux locaux, mais aussi élargir et rajeunir une clientèle plus habituée aux bois dorés et aux tableaux anciens. Pour cela, rien de mieux qu’une manifestation tournant autour de jeunes artistes français. L’exposition “non commerciale” que propose Christophe Durand-Ruel, expert chez Christie’s, s’articule autour de quatre pôles : l’art contemporain, la vidéo, la mode et le design. En décembre, Sotheby’s avait présenté des vidéos de Fabrice Hybert, Pipilotti Rist, Ugo Rondinone et Douglas Gordon. “J’ai opté pour des créateurs qui disposaient déjà d’une certaine notoriété et j’ai laissé aux artistes la liberté de montrer des pièces récentes ou non. L’objectif de cette manifestation est de mieux faire connaître nos locaux et de les présenter comme un lieu culturel parisien. Il s’agit aussi de donner un aperçu de la création française des années quatre-vingt-dix”, explique l’organisateur. Les œuvres proviennent de collections privées, d’ateliers d’artistes ou de galeries, comme celles d’Emmanuel Perrotin, d’Anne de Villepoix et de Nathalie Obadia. L’art d’aujourd’hui sera représenté par une dizaine d’artistes, dont Dominique Gonzalez-Foerster, Valérie Jouve et Yan Pei Ming ; le design par des sièges et vases créés par Martin Szekely et RADI designers ; la mode par une vingtaine de jeunes professionnels, tels Gaspard Yurkievich et Fred Sathal, et la vidéo par des films de Rebecca Bournigault et Éric Duyckaerts.

Cette initiative, saluée par les galeristes qui se sont associés à la manifestation en prêtant des œuvres, est critiquée par d’autres. Georges-Philippe Vallois y voit une “volonté d’hégémonie” de l’auctioneer qui viserait à “s’approprier le marché”. “Ce n’est pas le lieu pour présenter de jeunes artistes contemporains”, soutient-il. Une réserve partagée par certains créateurs qui ont refusé de confier des œuvres pour un projet motivé, selon eux, par des intérêts financiers. Cette initiative ponctuelle ne devrait pas avoir de prolongements immédiats. Christie’s n’envisage pas, pour le moment, d’organiser à Paris une autre exposition, ni de ventes d’art contemporain. Il n’est toutefois pas interdit de penser qu’à plus long terme, la maison de vente, appuyée par son principal actionnaire François Pinault, grand collectionneur d’art contemporain, pourrait se pencher avec intérêt sur un segment du marché en plein développement.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°103 du 14 avril 2000, avec le titre suivant : Christie’s s’intéresse aussi aux jeunes créateurs français

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