Collection

Christie’s relance l’orientalisme

Par Marie Potard · Le Journal des Arts

Le 5 juin 2013 - 612 mots

La maison de ventes organise pour la première fois depuis 2008 la dispersion d’une importante collection privée d’art orientaliste.

PARIS - Depuis cinq ans, le marché de l’art orientaliste est un secteur en perte de vitesse. Le chiffre d’affaires cumulé de Christie’s et Sotheby’s dans ce domaine était en 2008 d’environ 50 millions de dollars (32 millions d’euros), contre approximativement 18 millions de dollars en 2012. « Entre 2005 et 2008, un grand nombre de nouveaux acheteurs qui ont, depuis, disparu du marché ont payé des prix très élevés pour des objets de qualité intermédiaire et le marché a été inondé par des vendeurs essayant de profiter de cette hausse des prix, une bulle classique. Par contre, les œuvres de qualité exceptionnelle et de provenance importante n’ont pas été touchées », commente Sebastian Goetz, spécialiste chez Christie’s. D’ailleurs, en juillet 2008, la vente organisée par Christie’s Londres, « 19th Century European Art including Orientalist and Spanish Art », dont les lots phares provenaient tous d’une seule collection, obtenait le résultat record de 18 millions de livres sterling (22,8 millions d’euros). En novembre 2009, sa vente comportant 24 lots dont 17 d’une même collection récoltait 10,4 millions de livres (env. 22,5 millions d’euros). Depuis, aucune vente n’a plus été dédiée à une ou des collections, mais quelques tableaux orientalistes ont figuré dans des vacations plus générales d’art du XIXe siècle.
Aujourd’hui, les acheteurs spéculatifs ont disparu et il ne reste plus qu’un noyau de collectionneurs sérieux qui se réservent pour les tableaux importants, de plus en plus rares. C’est pourquoi Christie’s a décidé de miser à nouveau sur une collection privée, dans le même esprit que les ventes de 2008 et 2009, avec des œuvres rigoureusement choisies : « Quand le marché est sélectif, il faut bien sélectionner ! » s’exclame Sebastian Goetz.

L’École coranique, sujet rare
Parmi les œuvres phares de la vente, notamment dans le corpus des toiles peintes par Étienne Dinet (1861-1982), figure L’École coranique, estimée 600 000 à 800 000 euros. C’est une œuvre importante par son sujet, rare, puisqu’il était difficile pour un peintre d’avoir accès à une madrasa (établissement islamique) ; or Dinet s’était converti à la religion musulmane. La Procession, qui représente les rebelles se soulevant face à l’enrôlement des Algériens pendant la Première Guerre mondiale, est également un tableau notable puisqu’il évoque les sympathies politiques de Dinet (est. 350 000 à 450 000 euros). Toujours du même artiste, Amoureux (est. 600 000 à 800 000 euros) et Sous les lauriers (est. 700 000 à 1 million d’euros). D’après Sebastian Goetz, « c’est la première fois qu’un si grand nombre de tableaux d’Étienne Dinet d’une telle importance sont mis en vente ».
À ces pièces maîtresses vient s’ajouter La Cérémonie des Aissaoui à Blida, de Frederick Arthur Bridgman (1847-1928), remarquable par son sujet religieux, pour l’observation de la figure humaine et les coloris. Christie’s attend plus d’un million pour ce tableau estimé 600 000 à 800 000 euros, alors que son record en vente publique est de 877 000 livres (valeur réactualisée, soit 997 000 euros) obtenus en 2009 par Christie’s Londres.
En se concentrant sur des œuvres scrupuleusement sélectionnées, Christie’s espère que le contexte sera plus favorable que ces dernières années. La maison est d’ailleurs encouragée par les bons résultats de la vente d’art orientaliste de Sotheby’s Londres du 23 avril, qui a produit un chiffre global de 6,4 millions de livres (7,5 millions d’euros), dépassant largement son estimation haute de 4,3 millions de livres.

Légende photo

Etienne Dinet, L'école coranique, 1919, huile sur toile, 65 x 81 cm, Estimation : 600.000 / 800.000 euros, vente du 20 juin chez Christie’s, Paris - © Christie’s Images Ltd.

Importante collection privée d’art orientaliste

Le 20 juin à 16 heures, Christie’s, 9, av. Matignon 75008 Paris ; expositions publiques : du 15 au 19 juin, 10h-18h, le 20 juin, 13h-14h, tél. 01 40 76 85 85, www.christies.com

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°393 du 7 juin 2013, avec le titre suivant : Christie’s relance l’orientalisme

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