Cheikh sans enthousiasme

À Genève, un acheteur fait la pluie et le beau temps

Le Journal des Arts

Le 15 décembre 2009

Comme toujours, les ventes de joaillerie en Suisse ont impressionné par leur aspect spectaculaire et les sommes énormes en jeu. Or, malgré quelques résultats individuels excellents, le compte final aurait pu être plus brillant encore si l’un des plus riches acheteurs de la planète s’était montré moins réticent.

GENÈVE - L’un des acheteurs de joaillerie les plus influents au monde, celui dont les sautes d’humeur suffisent à faire ou à défaire la vente des plus importantes pierres précieuses, a boudé son plaisir lors des ventes de Christie’s et de Sotheby’s à Genève, du 15 au 17 mai. Le cheikh saoudien Ahmed Hassan Fitaihi qui, il y a deux ans, avait dépensé plus de 70 millions de dollars au cours d’une seule vacation, a certes acheté. Mais estimant apparemment que le marché du bijou est surévalué et que ses désirs d’acquisition sont, pour le moment, assouvis, le cheikh a préféré laisser partir quelques-uns des lots les plus spectaculaires.

Prince contre cheikh
Quelques escarmouches entre le cheikh et son principal concurrent, le marchand Lawrence Graff, de Londres, qui aurait enchéri par l’intermédiaire du prince Dimitri de Yougoslavie, ont montré très clairement que le premier, de très mauvaise humeur, tenait à sauver la face. Chez Sotheby’s, le 16 mai, le Saoudien a même fait monter les enchères par tranches dérisoires de 50 francs suisses – un peu plus de 200 francs français – pour un diamant ovale de 36,65 carats. La pierre a finalement été arrachée par son rival londonien à 3 688 500 francs suisses (plus de 15 millions de francs français), contre une estimation haute de 2,7 millions de francs suisses, devenant ainsi le lot le plus cher de la vacation. Le cheikh Fitaihi n’avait pas daigné s’intéresser au lot vedette, un diamant de 58,54 carats, estimé 5 millions de francs suisses, pas plus qu’il ne s’était laissé tenté par un diamant rose de 12,45 carats, proposé par Christie’s le 15 mai, avec une estimation encore plus élevée.

Aussi les résultats ont-ils pâti de son manque d’enthousiasme : Sotheby’s a enregistré un produit de 52 821 485 francs suisses (près de 220 millions de francs français), avec 36 % d’invendus en valeur, et Christie’s un total de 61 305 432 francs suisses (environ 254 millions de francs français), avec 40 % de rachats. Chez Christie’s, la pièce la plus chère  était une broche de Cartier de 1953, comportant un diamant jaune de 102,07 carats entouré de diamants baguetteq. Estimé entre 800 000 et 950 000 francs suisses, le bijou s’est très bien vendu à 3 743 500 francs suisses (15,5 millions de francs français), acquis par l’American Siba Corporation.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°26 du 1 juin 1996, avec le titre suivant : Cheikh sans enthousiasme

Tous les articles dans Marché

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque