Mardi 11 décembre 2018

Bruxelles place forte pour les arts du Congo

Par Marie Potard · L'ŒIL

Le 17 janvier 2017 - 742 mots

De par les liens historiques qui unissent la Belgique et le Congo, les marchands d’art tribal belges ou étrangers privilégient les objets du Congo sur le marché bruxellois.

COLLECTIONNER - La deuxième partie du mois de janvier, à Bruxelles, est riche en événements autour des arts premiers. Du 18 au 22 janvier, Winter Bruneaf lance sa 7e édition, une manifestation à ciel ouvert dans le quartier du Sablon qui rassemble vingt-cinq marchands, dont plus de la moitié sont belges. Au même moment se tient la Brafa sur le site de Tour & Taxis (du 21 au 29 janvier), une foire d’art et d’antiquités qui réunit pas moins de onze professionnels spécialisés en art tribal. Car si la Brafa reste généraliste, elle est la seule foire au monde qui accueille autant de spécialistes en arts premiers, comparativement à la Tefaf de Maastricht qui en compte moins de cinq chaque année, quand la Biennale n’en réunissait que deux en septembre dernier à Paris.

Les exposants des deux manifestations présentent entre 60 et 75 % des objets du Congo, selon Didier Claes, marchand à Bruxelles. Cela n’a rien d’étonnant au vu du passé colonial de la Belgique et des liens toujours existants entre les deux pays. « Traditionnellement, l’art tribal est davantage inscrit dans l’esprit belge », explique Bernard Dulon, marchand parisien exposant à la Brafa. « En Belgique, il y a un socle de vrais collectionneurs », précise-t-il. L’art du Congo regroupe plus d’une centaine d’ethnies : Luba, Songyé, Bakongo, Kuba, Hemba ou Léga… en sont les principales. « Difficile dans ces conditions de parler d’un art du Congo étant donné la multitude d’ethnies », souligne Bernard Dulon. Aussi, il n’y a pas de caractéristiques stylistiques communes, si ce n’est que « c’est un art issu de la forêt, qui ne cherche pas à représenter la réalité et s’éloigne des canons classiques », explique Didier Claes. Parmi les pièces produites figurent des statues, des masques, des tabourets, des appuis-tête… Les arts du Congo sont les plus collectionnés. Et pour cause : « En termes d’aire géographique, le Congo est le territoire le plus vaste d’Afrique », conclut Bernard Dulon.

Le culte des ancêtres

Le peuple Hemba vit au sud-est de la République démocratique du Congo, sur un territoire situé entre l’ouest du fleuve Zaïre et l’est du lac Tanganyika. Voisine des Luba, la statuaire Hemba n’a pu être différenciée que de manière récente de celle-ci. Et ce, notamment grâce à l’important travail de François Neyt. Le personnage est généralement debout, les mains sur le ventre et les yeux mi-clos, et son attitude dégage une impression d’assurance et de sérénité. Le travail du visage est particulièrement élaboré.

Figure Hemba, RDC, bois. H. 66 cm. Provenance : collecté sur le terrain par Pierre Dartevelle entre 1972 et 1973. Ancienne collection Jacques Kerchache, Paris.
Prix : 850 000 euros. Brafa, Galerie Didier Claes (Bruxelles).


Chef-d’œuvre de l’art Ngombe

Ce couple de statues est l’un des chefs-d’œuvre du stand de la Galerie Bernard Dulon à la Brafa, notamment en raison de la rareté de la statuaire Ngombe dans le bassin du Congo.

Couple de statues, peuple Ngombe, Nord RDC, région Ubangi, XIXe siècle. Bois, métal, fibres. H. femme : 54 cm ; H. homme : 55 cm. Provenance : collection privée.
Prix : non communiqué. Brafa, Galerie Bernard Dulon (Paris).


L’emblématique "Fétiche à clous"

Appelées fétiches ou fétiches à clous, ces statuettes anthropomorphes produites par les populations Bakongo à des fins magico-religieuses sont très caractéristiques du Congo. Sous forme d’être humain ou de chien, elles comportent un réceptacle, en général sur l’abdomen, une charge magique destinée à résoudre toutes sortes de problèmes (stérilité, maladie, conflits…).

Fétiche à clous Nkonde, Kongo, RDC, bois, pigments, fers, miroirs, terre. Provenance : collection Alexis Bonew. H. 76 cm.
Adjugé 1,5 million d’euros (est. 600 000 à 800 000 euros) chez Sotheby’s Paris, le 10 décembre 2014.


Le visage des esprits

Les masques Songyé, liés à la magie noire, occupent un rôle important au niveau du contrôle de la vie politique et sociale. Ils sont particulièrement caractéristiques : une bouche carrée, un nez allongé, avec ou sans crête centrale, et de nombreuses lignes parallèles qui ornent le visage. Selon les régions, il est foncé avec des rayures blanches ou l’inverse.

Masque Songyé, République démocratique du Congo, bois sculpté, patine et raphia. Provenance : collection Blanckaert, collecté en 1924. Brafa, Galerie Monbrison (Bruxelles).
Masque similaire estimé 50 000 à 80 000 euros en vente publique.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°698 du 1 février 2017, avec le titre suivant : Bruxelles place forte pour les arts du Congo

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