Mercredi 12 décembre 2018

Bruxelles : de l’étrange à l’aérien

Le Journal des Arts

Le 1 octobre 1995 - 632 mots

Au Salon d’art (81, rue Hôtel des Monnaies), Christine Felten et Véronique Massinger offrent une interprétation personnelle de la photographie.

La technique du sténopé – une boîte noire percée d’un simple trou – impose lenteur et immobilité. Elle donne la possibilité de re­pen­ser le portrait, qui apparaît désormais trouble (jusqu’au 14 octobre).

Christine Colmant (21, place Brugg­man) présente un ensemble d’œu­vres d’artistes qui lui sont chers. Parmi ceux-ci, épinglons quel­ques dessins de Stéphane Mandel­baum qui, dans un expressionnisme cru, dévoile le sordide quotidien à travers des corps torturés et des visa­ges hagards. Notons aussi les toiles récentes de Patricia Kinard (jusqu’au 18 novembre).

Camille von Scholz (30, rue Vilain XIIII) rend hommage à Meret Oppenheim et à son univers archétypal fait d’objets détournés, de réalité biaisée jusqu’à provoquer, là aussi, un climat d’inquiétude. Parallèlement à Oppenheim, Zush présentera un ensemble d’œuvres récentes qui poursuit l’exploration de son univers fantasmatique. Le foisonnement des formes trahit une horreur du vide, face auquel l’homme doit livrer un combat pour survivre et se maintenir (jusqu’au 14 octobre).

Chez Quadri (49, rue Ten Bosch), Miq Quinet présente un ensemble d’œuvres anciennes peintes entre 1936 et 1949. Cette figure majeure de l’aventure de "La Jeune Peinture Belge" (1945-1948) témoigne des préoccupations d’une époque à laquelle appartiennent les Mendelson, Van Lint et autres Bertrand. À la retraite animiste typique des années de guerre succède un besoin de vivre : le cirque et la fête foraine offrent non seulement un support à des effets plastiques expressifs, ils soulignent une joie de vivre trop long­temps bridée (jusqu’au 15 octobre).

La Galerie ABC (53, rue Lebeau) présente sous le titre Pierre oubliée, mémoire de papier l’univers ascétique et minéral d’Élise Delbrassine. L’artiste y exprime à la fois sa sensibilité pour les matières qui résistent et son désir d’épuration loin de tout accident.

Tout se passe comme si la forme était, fragile, au point d’équilibre entre ce que requiert le support – toile à investir ou pierre à entailler – et ce qu’exige l’expression. L’artiste crée ainsi un environnement méditatif dans lequel rien ne bouge réellement, rien n’évolue de façon définitive. Un travail de sagesse et de pureté, d’intelligence et de sensibilité. À ne pas manquer (jusqu’au 21 octobre).

Jean-Pierre Point expose à la Galerie d’art et d’arts (22, rue des Re­nards) en compagnie du céramiste Vincent Beague. Point poursuit son exploration du paysage à travers la modulation lumineuse des nuages, du ciel et de l’espace. Reprenant à son compte une sorte de divisionnisme aux limites de l’abstraction, le chef d’atelier de sérigraphie de La Cambre donne à son univers une luminosité qui fait de chaque image un plaisir.

La maîtrise n’est pas qu’apparence. Elle sert un besoin de liberté qui s’exprime dans des espaces largement ouverts sur l’infini, dans des profondeurs absolues que rien n’entrave, dans des couleurs changeantes… (jusqu’au 8 octobre).

La Galerie du prêt d’œuvres d’art (GPOA-45, chaussée de Stockel) a réuni trois artistes : Rainer Gross, Danielle Koob et André Lambotte afin que sculpture, peinture et dessin se rencontrent et agissent l’un sur l’autre. Le dialogue est riche. Il révèle tantôt des visions parallèles qui donnent au travail du crayon l’acuité d’une ligne sculptée, tantôt des antagonismes profonds qui justifient, pour chacun, la technique et le sup­port choisis (jusqu’au 14 octobre).

Chez Jacques Pleyers, à l’International Art Gallery de Lasne (16, Bois Lionnet), Philipp Dupie­reux présente ses œuvres matiéristes faites de pâte à papier collée sur un papier à la texture sensible. Le support acquiert ainsi une présence forte et donne à la feuille le destin d’un paysage. Avec ses ravines, ses sentes, ses ombres et ses reliefs, le papier semble doué d’une existence que le peintre associe aussi bien aux petits formats intimistes qu’aux grandes compositions. Un travail qui donne au détail sa force poétique (jusqu’au 29 octobre).

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°18 du 1 octobre 1995, avec le titre suivant : Bruxelles : de l’étrange à l’aérien

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