Dimanche 18 février 2018

Photographie

Brassaï au top

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 9 août 2007

Les œuvres de Brassaï ont atteint des records lors de la dispersion de sa succession début octobre à Drouot-Montaigne. Les professionnels n’ont pas pu suivre.

PARIS - La dispersion par la SVV Millon et associés de 764 lots issus de la succession du photographe Brassaï a obtenu un très large succès les 2 et 3 octobre à Drouot-Montaigne, à Paris. Elle a rapporté un peu plus de 5 millions d’euros. Frais déduits, 4,1 millions reviendront à la famille de l’artiste, présente dans la salle. La vacation, qui comportait des photographies (561 lots), mais aussi des dessins (190 lots) et sculptures (12 lots), s’est soldée par une série de records pour Brassaï. Pour la photographie, une épreuve originale de Pavés (1931), datée et signée, a été adjugée au double de son estimation, pour 103 300 euros, à un Français dans la salle. Cette icône, la couverture de l’ouvrage Paris de Nuit, est aussi l’un des rares vintages de l’artiste datant des années 1930. L’étonnant Autoportrait de Brassaï, un dessin signé « B », a été acquis par un enchérisseur grec pour la somme record de 33 420 euros (dix fois l’estimation). Autre record : Galatée, une sculpture de 1971 en marbre blanc de Carrare, datée et signée, s’est envolée jusqu’à 70 486 euros, soit sept fois son estimation. La meilleure enchère revient à Graffiti I, le carton original de 1968 ayant servi à réaliser la tapisserie La Harpie. Signé, daté et légendé au dos par Brassaï, il est composé de 23 photographies et a été emporté par un collectionneur européen pour 206 600 euros, le double de son estimation haute, soit un record pour une œuvre de Brassaï en vente publique.
Le jeune commissaire-priseur, Alexandre Millon, a dirigé les enchères avec beaucoup d’aisance. Le rythme a été cependant ralenti par de nombreuses enchères téléphoniques et quelque 80 enchérisseurs via le site eBay. En réponse aux professionnels sceptiques quant au très grand nombre de lots proposés, Millon a estimé que « les excellents résultats prouv[ai]ent que le marché était capable d’absorber un tel nombre d’œuvres d’un artiste aussi important que Brassaï ». Les marchands ont été vite dépassés par les prix et peu d’entre eux se sont portés acquéreurs pour leur propre compte. Le galeriste new-yorkais Edwynn Houk, spécialiste de l’œuvre de Brassaï aux États-Unis, a acheté une dizaine de photos et trois sculptures pour des clients américains. « C’était trop cher pour les marchands, a-t-il confirmé. Et pour cette raison, je ne pense pas que l’on verra des photos de cette vente sur le salon Paris Photo. » Ce sont des particuliers européens et américains, à l’instar du collectionneur Michael Mattis, qui ont emporté la majorité des lots. Le goût des Américains est allé aux images connues de Brassaï tandis que les achats européens se sont ouverts à l’ensemble du catalogue. L’état moyen des tirages, comportant marques de doigt, pliures et cassures, n’a pas freiné les velléités des acheteurs. L’expert Christophe Goeury précise : « Brassaï n’était pas soigné. Mais les collectionneurs ont passé outre. » « Les Américains ont tendance à rechercher l’objet parfait », note pourtant Edwynn Houk, confirmant le désistement de ses compatriotes sur des pièces telle La Bande du grand Albert (1931), un tirage de 1955 en mauvais état, parti néanmoins à 36 460 euros, trois fois son estimation.
L’intérêt du public s’est focalisé sur les séries Transmution et Graffiti, mais aussi sur les couples d’amoureux et les filles de joies, qui ont atteint les enchères les plus importantes (supérieures à 30 000 euros). Le Musée national d’art moderne et le Musée d’art moderne de la Ville de Paris ont préempté à onze reprises, complétant leurs collections avec quelques prises de vue sur le cirque, un superbe Nu (30 382 euros) ou encore l’épreuve unique d’une Girl aux Folies Bergère (20 660 euros). Avec 100 lots invendus, les dessins n’ont pas eu le même succès. La surprise est venue des tirages contacts qui se sont bien vendus, le meilleur prix revenant à Graffiti, Le Roi-Soleil adjugé 21 875 euros.

Brassaï

- Experts : Christophe Goeury , Cécile Ritzenthaler et Patrice Sonnenberg - Estimation : 2 millions d’euros - Résultats : 5 millions d’euros - Nombre de lots vendus/invendus: 639/125 - Lots vendus : 83,6 % - Nombre de préemptions : 11 - Nombre d’adjudicataires sur le Net : 4

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°245 du 20 octobre 2006, avec le titre suivant : Brassaï au top

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