Figuration libre

Boisrond sur le motif

Par Henri-François Debailleux · Le Journal des Arts

Le 10 décembre 2014 - 832 mots

La Galerie Louis Carré & Cie présente la dernière série du peintre qui se régale de la fréquentation des grandes manifestations d’art contemporain et de leurs abords naturels, parcs et jardins.

PARIS - François Boisrond n’a jamais participé à la Biennale de Lyon, ni à celle de Venise, ni à la Documenta de Cassel. Mais il y est allé en tant que simple visiteur. C’est d’ailleurs sous cet angle qu’il a décidé, après avoir peint dans une série précédente les fesses de sa femme, de s’attaquer à ces messes que sont devenues les grandes manifestations d’art contemporain. Pour quelles raisons précisément ? La première est directement liée à la démarche de l’artiste. Après avoir été dans les années 1980 l’un des mousquetaires du mouvement de la Figuration libre, avec Robert Combas, Hervé Di Rosa et Rémi Blanchard, il a décidé, depuis un peu plus de vingt ans, de passer en revue les grands thèmes de l’histoire de l’art, à l’instar des pommes et tout récemment du nu. Choisir ces hauts lieux de l’art contemporain revient à perpétuer un thème – des gens devant des œuvres dans des espaces – qui existe depuis le XVIIIe siècle et l’un des pionniers du genre, Giovanni Panini. Il se poursuit tout au long du XIXe siècle avec les vues des salons (Julien Léopold Boilly, Honoré Daumier…), et au XXe avec celles du Louvre par Édouard Vuillard, ou, plus récemment, en photo cette fois, Thomas Ruff et ses visiteurs du même musée. Il s’agit également de se confronter de façon collatérale à la nature, aux espaces verts et aux arbres puisque les lieux en question sont souvent situés dans des parcs ou des jardins.

« Petit émerveillement »
La seconde raison vient du rapport que Boisrond a toujours entretenu avec l’image filmée (il est fils de cinéastes). En ce sens, il a travaillé cette série comme un documentaire, en filmant sur place ces lieux à l’aide une caméra vidéo, en choisissant le plan juste et en soignant ses cadrages. Puis, un écran d’ordinateur sous les yeux qu’il a peint sur son chevalet tels des arrêts sur images les différentes scènes, la plupart du temps recomposées à partir de plusieurs plans. Comme autant d’instants saisis au vol, à regarder comme des documents. Enfin, François Boisrond évoque une « raison primaire » : « Je peins avec mes glandes salivaires, un sujet me vient comme un petit émerveillement, me met l’eau à la bouche et me fait saliver. » Les lieux de l’art l’ont d’autant plus séduit qu’ils sont un sujet à tiroirs rempli de vraies questions de peinture et donc une parfaite occasion pour évoquer des atmosphères, des compositions, des textures, des lumières.

À l’arrivée le résultat est troublant à plus d’un titre. L’ensemble témoigne en effet d’une grande maîtrise technique qui permet à Boisrond de faire tout ce qu’il veut. Et par exemple de jouer magnifiquement avec les transparences et les reflets (ainsi dans la toile Au bord du canal), de faire du point de croix avec le feuillage des arbres, de décliner les couleurs et notamment toute la gamme des gris dans une série de quinze dessins. Sa virtuosité lui permet aussi de créer un très intéressant trouble visuel qui met les spectateurs à contribution, ces fameux Regardeurs qui font le tableau, comme le rappelle avec humour et clin d’œil à Marcel Duchamp le titre de l’une de ses œuvres. De loin, en effet, l’image paraît tellement nette qu’on la croit hyperréaliste ; de près elle devient floue au point que certains la qualifient d’impressionniste, voire de pointilliste. Des termes que Boisrond récuse et auxquels il préfère celui d’« illusionniste », qui par un tour de passe-passe lui permet, grâce à sa technique et à l’évolution des lieux d’exposition, de renouveler complètement un sujet classique.

Sa cote, elle, est loin d’être un trompe-l’œil, avec des prix allant de 8 000 à 15 000 euros pour les tableaux, et de 1 600 euros pour les dessins. Ils sont ainsi relativement bas pour un artiste (né en 1959) qui compte presque  trente-cinq ans de carrière (sa première exposition personnelle remonte à 1981). Patrick Bongers, le directeur de la galerie, l’explique ainsi : « Nous essayons de nous mettre dans un marché intelligent, c’est-à-dire de ne pas rentrer dans un marché de spéculation. Je préfère vendre dix tableaux à 15 000 euros que cinq à 30 000 euros, ce qui permet à un plus grand nombre d’amateurs, qui deviennent eux-mêmes prescripteurs, de faire rentrer des tableaux dans leurs collections et de les garder. On voit ainsi peu d’œuvres de Boisrond sur le second marché, en ventes publiques. » Ce à quoi l’on pourrait ajouter que François Boisrond a une petite production – sont présentés sur les murs un peu plus de deux ans de travail – et que, peu présent dans les grandes foires et manifestations internationales, son marché est principalement français.

Boisrond
Nombre d’œuvres : 22 tableaux et 15 dessins
Prix : entre 1 600 et 15 000 €

François Boisrond, Deux Biennales, une Documenta Lyon-Venise-Cassel

Jusqu’au 17 janvier 2015, Galerie Louis Carré & Cie, 10, av. de Messine, 75008 Paris, tél. 01 45 62 57 07, www.louiscarre.fr, du mardi au vendredi 10h-12h30, 14h-18h30, lundi et samedi 14h-18h30.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°425 du 12 décembre 2014, avec le titre suivant : Boisrond sur le motif

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