Samedi 15 décembre 2018

SVV France Enchères Art

Billet pour les arts premiers

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 16 décembre 2005 - 731 mots

Le commissaire-priseur Robert Féraud, de Montauban, assisté de l’expert Serge Reynes, s’installe dans l’aéroport de Toulouse le temps d’une vente.

TOULOUSE - Robert Féraud, commissaire-priseur à Montauban, et l’expert en arts primitifs Serge Reynes, natif du Tarn-et-Garonne et installé à Montreuil (Seine-Saint-Denis), donnent pour la première fois rendez-vous aux amateurs d’objets africains, océaniens, précolombiens et amérindiens à Toulouse. Leur vente, intitulée « Voyage I », aura lieu, fait exceptionnel, dans l’enceinte de l’aérogare de Toulouse-Blagnac le 18 décembre, sous le parrainage de la chambre de commerce et d’industrie de Toulouse. « Cela faisait un certain temps que je voulais organiser une vente à Toulouse », explique le commissaire-priseur. Grâce à une rencontre opportune, un salon entier (le hall C) est aujourd’hui mis à sa disposition pour son projet de vente. « Depuis une dizaine d’années, nous avons organisé des petites ventes régulières dans le Sud-Ouest, indique Serge Reynes. Pour l’occasion, la vente sera plus sélective avec des œuvres de qualité et de bonne provenance. »

Masques rares
Parmi les pièces les plus importantes, figure un masque Fang du Gabon de 32 cm d’une beauté sauvage, estimé 25 000 euros, en bois recouvert de kaolin et enrichi de crin de cheval et poils de chèvre en guise de chevelure et de barbe. Il présente des formes cubistes harmonieuses avec un nez très en relief voulu par l’artiste. Il provient de la collection new-yorkaise du docteur Dintenfass et a été acquis dans l’ancienne collection américaine Joseph Jeroysky. Également à l’honneur, un masque cimier de danse en bois de la culture Mama (nord du Nigeria) de 58 cm aux formes d’une rare élégance, avec une tête surréaliste aux formes cubistes. Sa patine d’usage brune brillante par endroits laisse apparaître des reflets rougeâtres localisés résultant d’anciens frottements rituels avec des colorants minéraux. Il est estimé 12 000 euros et provient de la collection du peintre cobra Carl Otto Hultén, de Malmö (Suède). « Son front est représenté par une arête linéaire flanquée de deux cornes, probablement d’antilope, projetées vers le ciel avec élégance et harmonie. Ce masque peut être classé dans le corpus des rares exemplaires présentant des cornes de ce type. Habituellement, les cornes sont circulaires et représentent celle du buffle », précise l’expert.
Depuis la diffusion du catalogue de vente, de nombreux appels affluent du monde entier pour un masque féminin Punu du Gabon paré de sa coiffe trilobée. Il provient de la région montalbanaise et a été collecté au début du siècle par un membre de la famille de son actuel propriétaire. « Ce portrait de jeune fille à l’expression juvénile douce et intériorisée est à patine noire, ce qui est particulièrement rare. Les masques noirs comme celui-ci avait une fonction judiciaire au sein du clan. Ils avaient notamment le pouvoir de punir. De plus, il s’agit d’une pièce très archaïque, d’origine très ancienne », souligne Serge Reynes. Son estimation, de 7 000 à 10 000 euros, a des chances d’être pulvérisée.

Coupe chamanique
La seconde partie de la vente est consacrée à l’art précolombien avec une collection constituée par l’ambassadeur suisse Enrico Serra, et transmise à son filleul, le professeur Patrick Eichenberger, de Lausanne. Elle est constituée de nombreux objets provenant d’Équateur et de Colombie offerts sans prix de réserve et estimés de 3 000 à 5 000 euros pour les pièces les plus recherchées. Parmi celles-ci figure un chef de village en terre cuite de la culture Quimbaya (région Mitleres-Cauca, Colombie, 1000-1500 apr. J.-C.), modelé dans une position symbolique, l’une de ses mains étant dirigée vers le sol et l’autre vers le ciel. À cet ensemble, s’ajoutent quelques beaux objets comme une idole en calcite gris-vert polie de culture Mezcala (État de Guerrero, Mexique, 300 av. J.-C.-100 apr. J.-C.), estimée 5 000 à 7 000 euros et probablement issue de l’ancienne collection parisienne d’Yves Sabolo. Notons enfin une coupe chamanique de 28 cm en bois sculpté d’un animal mi-loutre mi-oiseau, avec des incrustations de nacre, d’os et de perles, estimée 8 000 euros. Cet objet des Indiens de la tribu Haïda, Tlingit (côte nord-ouest de la Colombie britannique), vient de la collection du marchand suédois Yann Lundberg.

ART AFRICAIN, ART OCÉANIEN, DES INDIENS DES PLAINES ET DE L’AMÉRIQUE PRÉCOLOMBIENNE

Vente le 18 décembre, aéroport de Toulouse-Blagnac (hall C, 2e étage), tél. 06 23 68 16 95, SVV France Enchères Art (Montauban) ; exposition : du 15 au 17 décembre 11h-19h, sur place, www.serge-reynes.org

SVV France Enchères

- Nom de l’expert : Serge Reynes - Nombre de lots : 246 - Estimation totale : 200 000 euros

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°227 du 16 décembre 2005, avec le titre suivant : Billet pour les arts premiers

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