Biennale, les promesses de l’aube

Un salon somptueux dans un sombre Carrousel

Le Journal des Arts

Le 1 octobre 1996

Les allées du Carrousel étaient toujours aussi mal éclairées, les panneaux d’orientation toujours aussi rares, mais la Biennale internationale des antiquaires a pourtant brillé d’autres feux ; des meubles, des tableaux et des objets d’art de grande qualité qui, très souvent, et au grand soulagement des 120 marchands, ont trouvé preneur.

PARIS - Certes, tout n’était pas parfait. Il manquait, par exemple, les quelques pièces hors pair (dont certaines négociées avant l’ouverture) qui avaient contribué à l’éclat de la Biennale 1994. Et, drôle de hiérarchie, un tout petit nombre de clients a visité les stands pendant l’installation, avant même le dîner et le "pré-vernissage" de la soirée du 11 septembre, précédant l’ouverture et réservés à d’autres privilégiés. La 18ème édition du grand salon parisien, au Carrousel du Louvre du 13 au 29 septembre, a néanmoins attiré de nombreux collectionneurs français et étrangers, et dès les premiers jours, les affaires s’annonçaient bonnes.

Le mobilier XVIIIe, comme toujours, en était la vedette. François Léage et Joël Féau s’étaient entourés de splendides boiseries Louis XV. Jean-Marie Rossi (qui partageait un stand avec la galerie Cazeau-Béraudière, l’un des pionniers, cette année, de l’art moderne à la Biennale) s’est séparé, dès le premier week-end, d’une étonnante cheminée en faïence de Rouen de 1760, et proposait une console de Saunier surmontée d’une plaque de jaspe an­ti­que, vendue récemment à Drouot.

Le Sphinx dans une nuit étoilée
Il n’était pas le seul, loin s’en faut, à s’être approvisionné en salle des ventes. Jean Gismondi exposait la magnifique paire de coffres de mariage par Charles-André Boulle, provenant du château de Hough­ton, vendue 11,9 millions de francs par Christie’s en décembre 1994. Camille Burgi faisait bien des envieux parmi ses confrères avec l’un des meubles les plus remarquables du salon, une console Louis XVI de Weisweiler, aux tiroirs en tôle laquée, acquise dans une vente à Grenoble.

Maurice Segoura avait vite fait de vendre une magnifique paire d’appliques Louis XV en bronze doré par Jacques Caffieri, aussi remarquables pour l’exubérance de leur forme et la qualité de la finition que par leur très grande taille – 77 cm de hauteur. Pas moins de six stands proposaient des tapis et tapisseries. La galerie Chevalier présentait une somptueuse série de trois tapisseries des Gobelins, XVIIe-XVIIIe siècle, Les chasses de Maximilien. Bernard Blondeel a trouvé preneur pour la Présentation au Temple, une tapisserie de la série la Vie de la Vierge, 1510-1525, tissée à Bruxelles.

Axel Vervoordt et la galerie Epoca (qui exposait une étonnante collection d’assiettes en barbotine) avaient mis en scène de véritables "cabinets d’amateurs". Dans un décor peint par Richard Peduzzi, représentant le Sphinx dans une nuit étoilée, Maroun Salloum ne craignait pas de mélanger trois fauteuils maçonniques anglais XIXe siècle avec une commode de la même époque, réalisée en carton, ainsi qu’un torse d’éphèbe grec et douze appliques dessinées en 1906 par Otto Wagner pour le Poste impérial de Vienne.

De nombreux collectionneurs asiatiques
Une gageure que d’avoir proposé des arts primitifs à la Biennale ? Spécialiste d’art africain, Alain de Monbrison se disait extrêmement satisfait des affaires conclues au cours du premier week-end. Par­ticulièrement nombreux cette année, les marchands d’art chinois ancien avaient l’air tout aussi heureux. Jacques Barrère consacrait son stand à un ensemble de sculptures en bois du royaume du Chu, IIIe au Ve siècle avant notre ère, tandis que celui de Gisèle Croës abritait des bronzes antiques d’une qualité rare. Christian Deydier, qui montrait l’un des plus importants bronzes kasmiris – un Lokesvara du XIe siècle – existant sur le marché, avait reçu la visite de nombreux collectionneurs asiatiques, principalement taiwanais, en route pour les ventes d’art asiatique à New York.

Dans le domaine de l’Art déco, la galerie Vallois, qui fête cette année son vingt-cinquième anniversaire, juxtaposait l’un des premiers meubles de Ruhlmann – un somptueux bureau d’apparat en ébène de Macassar, de 1919 – et un autre, de ligne beaucoup plus fluide, dessiné seulement quatre mois avant sa mort. Philippe Denys a rapidement vendu un étonnant décor mural japonisant réalisé en 1889 par Constant Montald, un artiste de Gand.

Bruno de Bayser se disait très content d’avoir rencontré de nouveaux collectionneurs et vendu, pendant les premiers jours, une demi-douzaine de dessins. En peinture, la Biennale réservait également quelques belles surprises, comme cette Crucifixion avec saint François et saint Galgano, vers 1380, de Francesco di Vannuccio – peintre très rare qui n’est représenté ni au Louvre, ni au Metropolitan Museum de New York –, proposée par la galerie Sarti à 6,5 millions de francs. La galerie Talabardon a vendu au Musée du Louvre Effet de crépuscule, environs de Troyes (vers 1840), l’un des quatre tableaux connus du mystérieux Charles Cuisin, et Éric Coatalem s’est vite séparé de son étonnant Cupidon (1804) en pierre de France, haut de 2m45, une œuvre du sculpteur belge Godes­charle. Présents pour la première fois à la Biennale, les marchands d’art du XXe siècle se félicitaient de l’excellent accueil des collectionneurs et avaient eux aussi réalisé quelques ventes importantes. Des affaires se sont également conclues dans le domaine du tableau flamand, nous déclarait un Georges de Jonckheere fort satisfait, dont le stand présentait, à côté de ses habituels paysages et natures mortes, les portraits et marines qu’il propose désormais dans sa nouvelle galerie du faubourg Saint-Honoré.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°29 du 1 octobre 1996, avec le titre suivant : Biennale, les promesses de l’aube

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