Vendredi 19 octobre 2018

Belgique : l’art de plier en quatre

Le Journal des Arts

Le 1 mai 1995 - 712 mots

Chez Damasquine, jusqu’au 7 mai, Georges Meurant expose ses œuvres à la géométrie dépouillée. Ses fenêtres, grilles et réseaux tracent l’espace d’un déploiement de la couleur dans le dynamisme et la rigueur (62 rue de l’Aurore-1050 Bruxelles).

Jusqu’au 13 mai, la galerie L’Homme qui rit présente les œuvres récentes de Vivian Kral. Le travail hyperréaliste de l’artiste suscite une "inquiétante étrangeté" en mettant en scène des sites qui, par leur solitude même, témoignent de la condition humaine. La figure anonyme est privée de toute destinée propre (4 place des Barricades, 1000 Bruxelles).

Chez Amarylis, jusqu’au 15 mai, les reliefs muraux de Francis Dusepulchre attestent d’une recherche toujours aussi cohérente. Aux épures géométriques d’une peinture dans le plan, l’artiste donne une existence spatiale en jouant de failles, de ruptures, de mouvements intérieurs qui animent la surface et témoignent d’un sens de l’architecture éblouissant. À ses côtés, Cyril Luxenberg articule des plaques de métal qu’il plie, rogne, agence afin de jouer avec l’espace en des tondi épurés (1108 chaussée de Gand, 1080 Bruxelles).

À Plainevaux (Liège), jusqu’au 13 mai, la galerie Vega présente affiches et estampes de Sol LeWitt et de Gérard Titus Carmel. Un travail connu qui oppose en une maîtrise égale la réflexion minimaliste de LeWitt aux signes répétés de Titus Carmel. À l’occasion de cette manifestation, Manette Repriels mettra en vente sa propre collection d’affiches, qui compte des pièces de Duchamp, Miró, Buren, Gilbert & George, Warhol et Panamarenko (5 rue Strivay).

À Gand, chez Van Langenhove, le graveur et peintre sud-africain Léon Dervaux présente, jusqu’au 21 mai, ses panneaux aux couleurs relevées. Sous le titre générique de "Peintures noyées", l’artiste joue des formes schématisées et monumentalisées comme d’insignes témoignages d’une réalité qui peut basculer de la coquille d’œuf à la meule de foin. Un travail qui place la signification dans l’ambiguïté du sens (6 St. Joriskaai).

À Koksijde, la galerie Piatno présente, jusqu’au 14 mai, un ensemble d’œuvres qui partagent la même fascination pour l’écriture. Calligraphie qui fait figure et sens avec Gaston De Mey, problème de la signification et du geste scriptural chez Eddy Devolder, écriture sérialisée avec André Lambotte, magie du savoir à l’abri d’une écriture inconnue chez Jephan de Villiers. L’écriture est multiple (Zeedijk).
Chez Ars Lieandi, à Liège, Paolo Fulco dévoile son travail récent et se révèle singulier. L’artiste, sensible à l’imaginaire, inscrit dans l’écriture en tant que présence physique, plie les pages des livres pour en repenser l’apparition.

Le travail du pliage rend plus sensible la présence du livre et transpose la poésie du calligramme de l’image à l’objet. L’artiste ne rend compte du texte – jamais totalement oublié – qu’après en avoir épuisé la sensation.

L’écriture, présence physique inscrite à l’encre noire sur le champ du papier, conquiert l’espace dans la fragilité de ses torsions, dans la répétition d’un pliage qui joue du grain de la feuille et de sa résistance à la lumière. Où réside désormais la mémoire du texte ? Dans la durée de l’écriture ou dans le travail des ciseaux, de la colle ou de la main qui modèle le livre comme un espace géométrique et sériel ? Un travail de poète qui prolonge la veine surréaliste des poèmes plastiques (11 place Corronmeuse).

À Bruxelles, Pascal Polar présente des œuvres de Max Neumann, aujourd’hui reconnu comme une des figures majeures de la figuration contemporaine. La maîtrise technique de l’artiste sert un univers qui joue des torsions du corps pour rendre une réalité placée sous le règne du signe. Celui-ci est tantôt geste délié, tantôt souillure affirmée. Il se veut subjectif et archétypal.

Les effets de transparence laissent apparaître le champ d’une réalité vouée à l’actualité et à l’information. Support d’une figuration subjective, le papier journal accueille la couleur qui se déverse et le pinceau qui scrute la matière jusqu’à former une entité entre figure et signe. La main est toujours présente ; la représentation ne s’abolit pas dans l’image et la facture joue un rôle important : torture des matériaux qui délient le peintre.

Dans ce travail, qui va des petits formats sensibles à l’acte d’écriture jusqu’aux toiles monumentales, le signe naît du travail d’inscription de thèmes ico­no­graphiques qui reviennent inlassablement. Un travail obsessionnel qui se tient à distance des discours pour explorer la conscience déchirée d’une modernité avant tout morale.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°14 du 1 mai 1995, avec le titre suivant : Belgique : l’art de plier en quatre

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