Vendredi 22 novembre 2019

Galerie

Baselitz, l’œuvre au noir

Par Henri-François Debailleux · Le Journal des Arts

Le 17 septembre 2013 - 761 mots

Des toiles et des sculptures monumentales du « côté sombre » de Baselitz chez Thaddaeus Ropac à Pantin.

PANTIN - Déjà, il y a deux ans, en présentant l’exposition « Baselitz sculpteur » (2011-2012), le Musée d’art moderne de la Ville de Paris rappelait que Georg Baselitz n’était pas seulement ce peintre qui, à partir de 1969, décida de mettre le monde cul par-dessus tête et de peindre ses figures à l’envers. Bien au-delà de la pirouette, il voulait par ce renversement éviter tout aspect narratif, anecdotique, et se donner « la liberté d’affronter réellement les problèmes picturaux », selon ses propres termes. Le visiteur découvrait qu’il était aussi un vrai sculpteur, comme le démontrait avec force la sélection d’œuvres réunissant la majeure partie de sa production dans cette discipline. Si son geste paraissait moins radical et renversant qu’en peinture, l’artiste allemand n’y allait pas par le dos de la cuiller mais bien plutôt à grands coups de hache et de tronçonneuse pour attaquer son bois en taille directe dans une tradition finalement classique et expressionniste.

Plus « primitif »

Lorsqu’il a inauguré son espace à Pantin en octobre 2012, Thaddaeus Ropac précisa que la raison d’être de ce nouveau lieu espace était notamment de pouvoir présenter des œuvres de très grand format que la galerie de la rue Debelleyme, dans le Marais, ne pouvait accueillir. Preuve en est avec l’actuelle exposition consacrée à Baselitz qui rassemble la bagatelle de cinquante-cinq œuvres parmi lesquelles, justement, cinq sculptures monumentales dont une, haute de 3,66 m. Trônant sous une verrière perchée à 15 m, celle-ci dégage une incroyable puissance. Accompagnées de quinze toiles, dont une immense (4,5 x 3 m) et de 35 œuvres sur papier, l’ensemble est regroupé sous l’intitulé « Le côté sombre ». À juste titre.

L’artiste a commencé la sculpture à la fin des années 1970 et s’est tout de suite fait remarquer avec sa désormais fameuse Modell für eine Skulptur qui, choisie pour représenter l’Allemagne à la Biennale de Venise de 1980, causa des remous sur la lagune. Si pendant longtemps il n’a pensé qu’en bois, Baselitz s’est depuis quelques années mis au bronze. Et même au bronze à la patine très noire, qui leur donne toute leur densité, comme en témoignent les œuvres ici érigées.

L’artiste l’a toujours affirmé : il n’a pas abordé la sculpture comme une illustration ou un prolongement de sa peinture, commencée vingt ans plus tôt, mais bien comme un pan en soi de son œuvre, comme une pratique à part entière lui permettant d’aborder le volume, la lumière, le rapport à l’espace. Avec en outre le côté plus physique, plus direct, plus « primitif » de ce mode d’expression, en lien avec son importante collection d’art africain. Enfin, la sculpture a peut-être aussi été pour le roi Baselitz et son saint Eloi une façon de remettre sa figure à l’endroit. En effet, depuis une dizaine d’années, il a à plusieurs reprises, dans ses tableaux et dessins, remis le motif dans le bon sens, de même qu’il a joué sur l’inversion droite-gauche, rappelant qu’il n’existe pas de points cardinaux en peinture.

« Peindre jusqu’à l’invisibilité »
Parmi les toiles ici accrochées, on entrevoit quelquefois un aigle. Repris d’une œuvre du début des années 1970, dans l’optique de ses récents « Remix », l’oiseau semble avoir la tête en bas – à moins qu’il ne soit orienté d’une autre manière. Car volontairement noyée dans des tonalités sombres et noires, la figure est parfois difficilement identifiable, laissant la place à des traces, des traits, des gestes, des subtilités de tons, des profondeurs. « Je rêve de peindre jusqu’à l’invisibilité », indique l’artiste, sans doute pour ne plus peindre que la peinture.

Baselitz, c’est aussi du lourd sur le plan de la cote : entre 950 000 euros et 1,5 million pour les sculptures, avec Sing Sang Zero qui dépasse même d’une courte tête les 2 millions d’euros. Les toiles avoisinent les 500 000 euros en moyenne tandis que les œuvres sur papier vont de 16 000 à 50 000 euros (pour les plus importantes). Un niveau général élevé donc, mais logique pour un artiste considéré comme l’un des plus importants de sa génération, tant en Allemagne que sur un plan international, et présent depuis longtemps sur les sommets du marché mondial.

Georg Baselitz, Le côté sombre

Jusqu’au 31 octobre, galerie Thaddaeus Ropac, 69, av. Général-Leclerc, 93500 Pantin, tél. 01 42 72 99 00, www.ropac.net, du mardi au samedi 10h-19h.

Nombre d’œuvres : 55

Prix : entre 16 000 € (œuvres sur papier) et plus de 2 M€

Légende photo

Georg Baselitz, BDM Gruppe, 2012, bronze patiné, 366 x 242 x 149 cm. © Photo : Jochen Littkemann. Courtesy Galerie Thaddaeus Ropac, Paris/Salzburg.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°397 du 20 septembre 2013, avec le titre suivant : Baselitz, l’œuvre au noir

Tous les articles dans Marché

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque