Mercredi 21 février 2018

Art contemporain

Barcelone capitale de la vidéo

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 27 mai 2010

Organisée du 20 au 22 mai, la foire de vidéos Loop, hébergée
dans l’hôtel Catalonia Ramblas, fut d’un très bon niveau.

BARCELONE - Qu’une ville comme Barcelone se mette en quatre pour organiser un festival de vidéos est des plus louables. Que ce forum réunissant les spécialistes du médium ait été lancé par une foire, Loop, ne l’est pas moins. Mais le dispositif de la chambre d’hôtel en guise de stand n’est pas très probant. Les interférences sonores sont nombreuses et le confort de vision rudimentaire. Certains films sont montrés sur un seul écran divisé en trois, alors qu’ils devraient normalement être visionnés sur trois écrans.

Si le mode de monstration n’est guère convaincant, la foire, elle, l’est pleinement. Dans le dédale des chambres, certaines œuvres sortaient du lot comme la longue vidéo de Louidgi Beltrame, intitulée Gunkanjima, chez Jousse Entreprise (Paris). Le jeune artiste a filmé un îlot hérissé d’immeubles en béton armé au large de Nagasaki (Japon). Transformée pendant la Seconde Guerre mondiale en camp de travail, puis peuplée de mineurs, l’île fut évacuée en 1974.

Ce récif désolé ne ressemble plus aujourd’hui qu’à un cuirassé fantôme, une sculpture évidée et rongée par la mer. Autre artiste à suivre, Takehito Koganezawa, présenté par Christopher Grimes (Los Angeles), et exposé actuellement à Paris chez Dominique Fiat. Une vidéo baptisée Dancing in your Head orchestre une curieuse symphonie de bruits prosaïques.

Chez Braverman (Tel-Aviv), on s’attardait devant le film métaphysique de Nira Pereg, montrant le travail des ouvriers dans le plus grand cimetière de Jérusalem. Une véritable vie parallèle se superpose au monde des défunts. L’emplacement même du cimetière, sur une montagne, conforte cette idée d’accumulation de strates de vie et de mort. D’autres vidéos méritaient le détour, comme le regard empathique de Vasco Araújo sur les femmes chez Filomena Soares (Lisbonne), la douceur de l’objectif de Laurent Pernot dirigé sur les adolescents chez Odile Ouizeman (Paris), ou encore la musicalité mathématique du duo Angela Detanico & Rafael Lain chez Martine Aboucaya (Paris).

30 fois plus de contacts
Le commerce fut étonnamment actif cette année. « On a tous été surpris, confie Carlos Durán, directeur de la galerie Senda (Barcelone). Les gens n’ont plus l’air d’avoir peur de dépenser 10 000 ou 20 000 euros pour une vidéo, alors que le niveau de prix était plus bas les années précédentes. » Aussi bien Dominique Fiat que Christopher Grimes ont vendu des vidéos de Koganezawa, tandis qu’Àngels (Barcelone) a cédé une pièce de Richard T. Walker. La Fondation Sorigué de Lleida a jeté son dévolu sur un film de l’artiste graffiti Suso 33 chez N2 (Barcelone).

Le Museu d’Art Contemporani de Barcelone (Macba) a emporté une vidéo de Tomás Ochoa présentée par Tatiana Kourochkina (Barcelone). « On a eu trente fois plus de contacts intéressants sur Loop qu’à l’Armory Show [New York] », remarquait Philippe Jousse. Mais la bonne ambiance de Loop masque les difficultés de ce marché. « Certains collectionneurs ne sont pas prêts à mettre cher, car ils estiment qu’il n’y a pas de second marché pour la vidéo », regrette Dominique Fiat.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°326 du 28 mai 2010, avec le titre suivant : Barcelone capitale de la vidéo

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