Mercredi 19 décembre 2018

Bâle, un salon qui se cherche

Le Journal des Arts

Le 1 octobre 1995 - 738 mots

Le nouveau salon suisse, petit frère de la TEFAF Maastricht, a eu lieu du 16 au 24 septembre au Messe Basel, avec un nombre de visiteurs – sept mille dans les six premiers jours – de loin inférieur à celui de la foire néerlandaise. Beaucoup d’exposants se sont plaints d’un salon trop calme, les clients suisses s’étant montrés très sérieux, mais peu acheteurs.

BÂLE - Parmi les quatorze galeries d’antiquités classiques (contre seulement six à Maastricht), venues à la recherche du collectionneur suisse, Roswitha Eberwein, de Göttingen en Allemagne, exposait des pièces égyptiennes, depuis des têtes en terre cuite valant quelques centaines de deutschemarks à une rarissime figure d’amulette en verre bleu, représentant le dieu Thot, à environ 50 000 deutschemarks.

Un tabouret d’orateur
L’art tribal, rarement exposé dans les salons internationaux, était représenté chez cinq spécialistes. Bernard Dulon, de Paris, qui disait n’avoir vendu que "très peu" pendant la première semaine, montrait des pièces africaines et océaniennes, dont un tabouret d’orateur de Nouvelle-Guinée du XIXe siècle, le dossier décoré d’un visage grimaçant dessiné en ocre rouge. Borro Samir, d’Art Premier à Bruxelles, galerie spécialisée dans l’art d’Afrique de l’Ouest, mettait en vedette de magnifiques bijoux en "or fétiche" du Ghana, du XVIIIe au XXe siècle, dans un éventail de prix entre 5 000 et 30 000 francs. Il a enregistré quelques réservations de musées, sans conclure de vente définitive.

Plus décoratif qu’artistique
Sans rien vendre pendant les premiers huits jours de la foire, la galerie Soustiel, de Paris, montrait un choix représentatif d’objets, allant d’une page du Coran en robuste calligraphie coufique du IXe siècle, à 7 000 francs, à quatre assiettes Iznik de la seconde moitié du XVIe siècle, autour de 350 000 francs chacune, en passant par des miniatures et des tissus persans. Pièce exceptionnelle dans le domaine de l’art ancien chinois, un chariot et deux chevaux en bronze, de l’époque Han, étaient proposés chez Carter Fine Art Limited, de Londres, pour environ 15 millions de francs français.

Bien moins axée que Maastricht sur les Écoles du Nord, la section des peintures de la TEFAF Basel comprenait de nombreuses toiles du XIXe siècle, d’un intérêt plus décoratif qu’artistique, et un choix de tableaux du XXe siècle, souvent de qualité moyenne. Quelques galeries se distinguaient néanmoins. Barbié Galeria, de Barcelone, montrait une Crucifixion dramatique et ténébreuse de Murillo, vers 1670-1672, à environ 3 millions de francs français, et Pietro Scarpa, de Venise, présentait un Christ aux outrages, de Véronèse selon lui, pour 4 200 000 francs français.

Helena Mola, de Madrid, exposait, à côté de deux sujets religieux de Valdès Léal, deux natures mortes de Juan Van der Hamen Y Leon, dont Bodegon de flores y hortalijas, particulièrement splendide, à 1 460 000 francs français, et un rare tableau de Juan Arellano, Flores en el jardin, représentant des fleurs non pas coupées et arrangées dans un panier, mais au naturel dans un jardin. À la galerie milanaise Compagnia di Belle Arti, une étude pour la Fuite en Égypte, de Daniele Crespi, avoisinait un rare portrait de gentilhomme, de Fra Galgario, et le Baptême du Christ, d’Alessandro Turchi, vers 1640, qui aurait appartenu au cardinal de Richelieu.

Les mondanités inutiles de Paris
Bernard Steinitz, de Paris, et Adriano Ribolzi, de Monte-Carlo, qui a enregistré "beaucoup d’intérêt mais aucune vente", défendaient le mobilier français du XVIIIe siècle. Mais c’est sans doute dans le domaine de l’objet d’art, et en particulier l’objet Haute Époque, chez des exposants tels que l’Espagnol Luis Elvira, Alessandro Cesati, de Milan, ou encore Julius Böhler, de Munich, que la TEFAF Basel s’est imposée, esthétiquement sinon commercialement.

La galerie Neuse de Brême, avait constitué une véritable "Kunst­kammer" d’orfèvrerie de la grande époque d’Augsbourg. Philippe Denys, de Bruxelles, a vendu, avant le second week-end du salon, une douzaine d’objets de 1880 à 1930, œuvres des principales écoles européennes d’arts appliqués, dont une armoire 1900 en acajou et érable par le Danois Johan Rohde pour environ 317 000 francs français.

Près d’un diptyque en ivoire français du XIVe siècle, d’une remarquable qualité d’exécution, à 630 000 francs français, Jan Dirven d’Anvers exposait une statue bourguignonne en pierre polychrome du XVe siècle, Vierge allaitant, à 186 000 francs français.

Peu nombreux, les collectionneurs suisses se sont montrés extrêmement sérieux.
"Ils sont curieux et très connaisseurs. On est loin, à Bâle, des mondanités inutiles de Paris", relevait le marchand parisien d’art chinois ancien, Jacques Barrère, qui a vendu quatre pièces importantes.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°18 du 1 octobre 1995, avec le titre suivant : Bâle, un salon qui se cherche

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