Entretien

Aurel Bacs, codirecteur international du département montres et horlogerie, Christie’s, Genève

«”¯Genève est le lieu privilégié pour l’horlogerie jusqu’à 1900”¯»

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 11 décembre 2007

D’où vient votre passion pour les montres ?
Mon père est un collectionneur passionné avec un fort intérêt pour tout ce qui est mécanique. Adolescent, je le suivais dans les foires et salons, les ventes aux enchères et les marchés aux puces. C’est ainsi que je me suis fait l’œil.

Quelle a été votre carrière jusqu’à présent ?
En 1994, alors que j’étais étudiant en droit à Zurich, j’ai répondu par curiosité à une annonce de Sotheby’s qui cherchait un expert en montres. J’ai eu le poste ! Je suis resté jusqu’en 2000. J’étais alors devenu directeur du département pour l’Europe. J’ai ensuite rejoint Simon de Pury et Daniella Luxembourg, spécialisés dans les ventes de gré à gré. Je disposais de plus de temps pour faire un travail approfondi et m’occuper de ma clientèle. Fin 2000, la fusion avec l’auctioneer Phillips m’a fait replonger dans l’univers des ventes publiques. Entre 2001 et 2003, nous avons organisé trois ventes prestigieuses de montres à Genève, dont les catalogues sont considérés aujourd’hui comme des objets de collection. En 2003, je me suis interrogé sur mon avenir et j’ai démissionné sans savoir ce que j’allais faire…

Le monde des enchères vous a rattrapé !
Je suis rentré chez Christie’s en juillet 2003, après ma rencontre avec François Curiel, dirigeant charismatique d’une efficacité redoutable et admirable. Il m’a permis de réaliser mon rêve : celui de diriger le département montres sur un plan mondial, et ce, avec l’appui du nom de la maison Christie’s.

Quelle sera l’étape suivante ? la direction de la maison Antiquorum ?
Je me sens très bien chez Christie’s où les résultats de notre département sont très encourageants (près de 90 millions de dollars [61,2 millions d’euros] pour 2007, sans les ventes de gré à gré) et meilleurs que pour toutes les autres maisons de ventes dans ce domaine. Notre nouveau challenge est de réaliser plus de 100 millions de dollars de chiffre d’affaires annuel aux enchères.

Le 12 novembre à Genève, vous avez dirigé une vente de 31 millions de francs suisses (19 millions d’euros), soit un chiffre largement supérieur à ceux d’Antiquorum et Sotheby’s réunis. Comment expliquez-vous une telle avance sur la concurrence ?
Nous avons eu le privilège d’avoir les plus belles montres cet automne à Genève. Dans un contexte de marché fort, de nombreux vendeurs nous ont fait confiance. Ils n’ont d’ailleurs pas été déçus, avec quarante records mondiaux enregistrés pour des marques, des modèles ou des époques. Je crois fortement que la formule que nous avons développée depuis 2003, en termes d’expertise, de disponibilité, de service client, de sélection et présentation des lots, est au plus proche des exigences des collectionneurs de montres.
   
Comment s’articulent les trois principales places du marché horloger que sont Genève, New York et Hongkong ?
Sur les trois continents, les clients sont très exigeants et très bien informés. Mais chaque marché a ses spécificités et ses préférences. Chez Christie’s, Genève domine largement le marché avec 48,8 millions de dollars de recette en 2007. C’est le lieu privilégié pour toute l’horlogerie jusqu’à 1900 (sauf les montres émaillées fabriquées pour le marché chinois qui sont plutôt vendues à Hongkong) et pour tout modèle spécial, pièce historique ou unique. Deuxième place de marché en valeur devant New York depuis 2004, avec un chiffre d’affaires de 24,2 millions de dollars pour 2007 chez Christie’s, Hongkong est établie comme salle de ventes idéale pour les pièces de collection très récentes à l’état neuf, les séries limitées, les montres serties et les mouvements à grande complication. À New York, la diversité culturelle est telle que le marché n’offre aucune limite de style, de goût et de valeur.

Quel lien faites-vous entre le marché des montres et le marché de l’art ?
Je travaille en étroite collaboration avec le département d’art contemporain. Nous avons une clientèle semblable. Je vois chez mes clients davantage d’œuvres de Gerhard Richter, Jean-Michel Basquiat ou Damien Hirst que de tableaux anciens. Ces collectionneurs, plutôt jeunes, sont intrigués par la beauté et la rareté des montres-bracelets, et ont pour elles un intérêt réel. Le marché est fort et sain, et pas fou, ni spéculatif. Je suis très optimiste pour 2008.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°271 du 14 décembre 2007, avec le titre suivant : Aurel Bacs, codirecteur international du département montres et horlogerie, Christie’s, Genève

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