Dimanche 18 février 2018

Au paradis des bibliophiles

Onzième édition de la Foire internationale du livre ancien

Par Éric Tariant · Le Journal des Arts

Le 15 juillet 2008

Grande bibliothèque de plus de 20 000 volumes, la Foire internationale du livre ancien (Fila) réunira du 27 au 30 mai, à la Maison de la Mutualité à Paris, environ 80 marchands français et étrangers, parmi lesquels figurent quelques-uns des plus grands libraires spécialisés européens, nord et sud-américains. Ils proposeront livres, manuscrits, autographes et affiches entre 250 et plusieurs centaines de milliers de francs.

PARIS - “Domestique âgé d’environ 40 ans, haut d’environ 5 pieds, 4 pouces, mal campé sur ses jambes, portant la tête un peu courbée, teint brun, cheveux châtains, tirant sur le brun, coupés sur le devant en vergette très raze. Il est vêtu d’un habit de drap gris perle, veste de soye assortie à son habit, culotte de drap gris.” Cet avis de recherche concernant un dénommé Robert François Damiens, diffusé par affichette en juillet 1756 à la suite d’un vol de trois rouleaux de louis d’or au domicile de son patron, Jean Michel, est proposé à 3 000 francs par la librairie Serge Plantureux. Damiens, qui attenta à la vie de Louis XV quelques mois plus tard, en janvier 1757, fut le plus célèbre supplicié de l’histoire de l’Ancien régime : il fut écartelé par quatre chevaux en place de Grève, devant une foule surexcitée. Patrick Sourget présentera pour sa part une très rare édition originale d’un ouvrage de Stendhal, Rome, Naples et Florence en 1817, portant les initiales M.D.S (pour M. de Stendhal) et la date de 1835. L’écrivain aurait fait relier cet exemplaire à son chiffre lorsqu’il était consul à Civitavecchia.

L’exemplaire de Stendhal a fait partie, au début du siècle, de la bibliothèque de deux grands collectionneurs : Fernand Vanderem, directeur du Bulletin du Bibliophile, et le libraire Maurice Escoffier (150 000 francs). La librairie L’Autographe a sélectionné une lettre écrite par un homme d’affaires anglais lors du siège de Paris (6 000 francs). Dans ce courrier daté de janvier 1871, il décrit la vie difficile des Parisiens et leur lutte pour la survie : “The other day a part of the animals of the Jardin des plantes were sold, an elephant fetched 27 000 francs. The hippopotamus is for sale ; they asked for 70 000 francs” (“L’autre jour une partie des animaux du Jardin des Plantes a été mise en vente, un éléphant a été adjugé 27 000 francs. Pour l’hippopotame, ils demandaient 70 000 francs”).

“Il faut toujours céder aux tentations”
Alain Nicolas, à la librairie des Neuf Muses, exposera un dessin original signé d’Antoine de Saint-Exupéry représentant le Petit Prince, avec une légende autographe : “Prière. Seigneur, préservez moi des embûches du démon... sans exagérer toutefois... Antoine de Saint-Exupéry. Il faut toujours céder aux tentations... de peur qu’elles ne passent.”

Quelques beaux livres d’heures figurent parmi les ouvrages les plus anciens. La galerie Les Enluminures présente un manuscrit d’une fraîcheur exceptionnelle, réalisé vers 1450, qui renferme douze enluminures pleine page bordées de rinceaux, de fleurs et feuilles d’acanthe bleues et or, dans une reliure du XIXe siècle en velours rouge (550 000 francs). Certaines sont inspirées de modèles des maîtres de Boucicaut et de Rohan, antérieurs à 1450. Dominique Courvoisier, à la librairie Giraud-Badin, propose des ouvrages traitant de la condition féminine, telle cette édition gothique très rare du Livre des Cônailles, datant de 1530, un recueil de propos de six matrones parlant de Dieu et du diable, de la pluie et du beau temps, des sorcières et des lutins... un panorama des croyances, erreurs et préjugés répandus à cette époque (85 000 francs). La décoration Dhumaine nature et aornement des dames de Le Fournier serait le premier livre français consacré à la beauté de la femme (35 000 francs). Cet exemplaire de 1531, dans une reliure de Nimier, est imprimé en caractères gothiques.

Nettement plus récent, Ma loi d’avenir (1833) de Claire Demar est un réquisitoire pour la libération de la femme : l’auteur y réclame le droit au bonheur, aux unions simultanées de durée indéterminée, et préconise la réforme du mariage, la restauration du divorce, l’information et la liberté sexuelle (4 500 francs).

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°83 du 14 mai 1999, avec le titre suivant : Au paradis des bibliophiles

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