Dimanche 21 octobre 2018

Au numismate averti

De prestigieuses pièces, médailles et monnaies à Drouot

Par Éric Tariant · Le Journal des Arts

Le 22 octobre 1999 - 660 mots

Le collectionneur de pièces au prestigieux pedigree ne demeurera pas insensible aux deux ventes qui se tiendront prochainement à Paris. Organisée les 28 et 29 octobre par l’étude Delorme et Fraisse, avec le concours de l’expert Alain Weil, la première rassemble des pièces et monnaies provenant notamment des collections Hindamian et Georges Motte. Et le 18 novembre, assisté de Thierry Parsy, Me Millon dispersera plus de 400 monnaies et médailles grecques, romaines et françaises, dont certaines sont issues de la collection Lockett vendue à Londres en 1955.

PARIS - “Par ordre du roi, défense à Dieu d’entrer dans ce lieu”. Placardé à l’entrée du cimetière Saint-Médard à la demande du roi Louis XV, ce panonceau en interdisait l’accès pour éviter que s’y réunissent les membres de la secte des Convulsionnaires. Leur trésorier n’était autre que Louis Nivelle, secrétaire du roi. C’est lui qui a rédigé les dispositions testamentaires accompagnant le Trésor de la rue Mouffetard, le plus célèbre des trésors de monnaies d’or royales françaises, inventé en mai 1938. Il fut dispersé en plusieurs étapes, entre 1939 et décembre 1972, date de la vente coordonnée par Émile Bourgey d’où proviennent huit pièces, estimées entre 3 000 et 5 000 francs, qui seront présentées par Alain Weil le 29 octobre.

Conduite par Christian Delorme et Vincent Fraisse, cette vacation propose une importante sélection de monnaies grecques et romaines, dont plusieurs sont issues de la vente Hindamian – riche collectionneur d’origine arménienne qui avait réuni une collection de pièces grecques – organisée en février 1956 par Me Étienne Ader : par exemple, une pièce chalcidique, un tétradrachme montrant un lion dévorant un taureau agenouillé (25-30 000 francs), ou un statère d’or avec la tête divinisée d’Alexandre le Grand (25-30 000 francs). À noter également, parmi les monnaies romaines, un auréus de Rome sur laquelle l’empereur Marc Aurèle est représenté en buste, l’Équité, assise à sa gauche, tenant une balance et une corne d’abondance (20-25 000 francs).

Les monnaies françaises possèdent, elles aussi, un pedigree prestigieux. Une vingtaine d’entre elles proviennent de l’ancienne collection Georges Motte, vendue par Me Ader en 1951 pour un montant total supérieur à 22 millions de francs. “Depuis plus de vingt ans, il n’a jamais été offert aux numismates un ensemble comparable à la collection Georges Motte. De l’époque gauloise à nos jours, c’est toute l’histoire de France qui est évoquée par les pièces mises aux enchères”, pouvait-on lire dans Le Monde daté du 10 novembre 1951. On remarquera trois piéforts en argent de 1606, estimés entre 5 000 et 40 000 francs, et un double Louis de Darmand Lorfelin “à la tête grossie ou vieillie” dont il existe moins de douze exemplaires (22-25 000 francs). Alain Weil proposera en outre quelques très rares médailles en or de la période révolutionnaire. L’une d’elles, créée pour l’ouverture des États Généraux (7-10 000 francs), présente en son centre le buste de Necker couronné par le Génie du commerce, et sur son socle l’inscription “l’Amour de la patrie”, avec le N de Necker renversé.

Louis XV recevant le saint Chrême
Le 18 novembre, l’étude Millon & Associés, assistée de l’expert Thierry Parsy, mettra aux enchères une collection de monnaies et médailles en or et en argent, dont quelques-unes proviennent des collections Lockett et de Vaissière. Un important ensemble de monnaies françaises comprend une Masse d’or de Philippe IV Le Bel, de conservation remarquable (25-35 000 francs), ainsi qu’un double Louis d’or au Soleil de Louis XIV, frappé à Paris en 1712 (28-35 000 francs). Une exceptionnelle médaille en argent représente le sacre de Louis XV à Reims, le 17 octobre 1722, où, vêtu du costume royal, il reçoit le saint Chrême des mains de l’archevêque (6-8 000 francs). Sur une autre médaille en argent est figuré le sacre de Louis XVI à Reims, le 11 juin 1775 : la Religion oint le roi agenouillé, tandis que le sceptre et la main de justice sont posés à côté de l’autel (10-15 000 francs).

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°91 du 22 octobre 1999, avec le titre suivant : Au numismate averti

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