Art contemporain

Atonie commerciale

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 3 août 2007

Fermant la ronde des foires européennes, Artissima n’a pas profité de l’allant de Londres et de Paris.

TURIN - Certaines foires exigent de leurs exposants la patience du pêcheur à la ligne. Tel est le cas d’Artissima, organisée du 10 au 12 novembre à Turin. « C’est une foire qu’il faut faire au moins trois années de suite pour en tirer les fruits », lance un galeriste italien. Et encore, l’énergie ne va pas forcément crescendo. Si l’édition 2005 avait profité de la dynamique du Torino Triennale Tremusei, la dernière cuvée a pâti de son inscription tardive dans le calendrier des salons européens. Venant après la bataille, Artissima n’a pas profité du succès de Frieze Art Fair à Londres et de la FIAC à Paris. D’où une mollesse commerciale perceptible, même chez des exposants aguerris comme Continua (San Gimignano-Pékin). À commerce moyen, qualité aussi médiocre. Bien que peu renversante cette année, la foire a toutefois permis de découvrir une scène transalpine peu exportée. Il y avait matière à s’attarder sur le travail de mise en abîme de Pietro Roccasalva, soutenu par le collectionneur Pier Luigi Mazzari. Une œuvre toute en méandres qui ne se résume pas au dessin affiché par Zero (Milan) pour 4 500 euros. En contrepoint à l’exposition de Sabrina Mezzaqui au GAM (Galleria d’Arte Moderna de Turin), la galerie Massimo Minini (Brescia) a proposé une belle vidéo de cette artiste montrant un paysage givré sur un fond sonore de flammes crépitantes. Sans excès de chauvinisme, les stands français sont toutefois sortis du lot, notamment celui de Michel Rein (Paris) dédié à Instant Narrative, une performance de Dora Garcia. Même distinction chez Xippas (Paris) avec les paysages insolites de Panos Kokkinias, ou chez Schleicher Lange (Paris), lesquels ont même reçu le prix de la meilleure nouvelle galerie dans la section New Entries.

Une collectionnite féminine
Malgré l’atonie ambiante, certains ont tiré leurs marrons du feu grâce aux collectionneurs du comité consultatif de la foire. Le Grec Gregory Papadimitriou a ainsi acquis Joie, une œuvre de Boris Achour chez Georges-Philippe et Nathalie Vallois (Paris), une photo de Boris Mikhailov chez Suzanne Tarasiève (Paris) et une sculpture de Lara Favaretto chez Franco Noero (Turin). Les collectionneurs Marc et Josée Gensollen ont emporté, pour leur part, une vidéo baptisée Death dance d’Ulla von Brandenburg chez Art : Concept (Paris) et une photo accompagnée d’un fond sonore drolatique de Mariusz Grygielewicz chez RLBQ, une galerie marseillaise des plus prometteuses. Hors comité, le collectionneur Jean Albou s’est déchaîné aussi bien pour une sphère d’Adel Abdessemed chez Kamel Mennour (Paris) que pour une sculpture de Timo Nasseri représentant un hélicoptère Apache couvert de plumes chez Schleicher Lange. Du contingent hexagonal, Cosmic (Paris) fut la plus chanceuse, grâce aux origines italiennes de sa codirectrice Claudia Cargnel. Elle a ainsi cédé sans coup férir des tapis aux allures de cartes postales de Piero Golia. L’artiste avait décidé, le 14 janvier dernier, de disparaître de New York en laissant derrière lui ses papiers d’identité et sa carte bleue. Évaporé dans la nature, il n’est réapparu que trois semaines plus tard à Copenhague. Les tapis, illustrant des paysages entrevus lors de son périple, ont été achetés aussi bien par la Turinoise Patrizia Sandretto Re Rebaudengo que par les collectionneuses romaines Ines Musumeci Greco et Bianca Attolico. Rappelons-le, en Italie, la collectionnite se conjugue souvent au féminin pluriel.

Artissima

- Nombre de visiteurs : 37 500 - Prochaine édition : du 16 au 18 novembre 2007

Roberto Casiraghi quitte la direction de la foire

Le 20 novembre, le directeur d’Artissima, Roberto Casiraghi, a remis sa démission au propriétaire de l’événement, la Fondation Torino Musei. Casiraghi avait suscité une forte polémique locale en annonçant le lancement à Rome d’une nouvelle foire, Roma-The Road to Contemporary Art, du 26 au 29 avril 2007. Une initiative qu’il imaginait conduire tout en gardant la main sur Artissima. « Les institutions publiques qui financent la foire n’ont pas apprécié que Casiraghi, qui a bénéficié de leurs fonds, crée une foire privée à Rome alors qu’il a laissé les choses aller à vau-l’eau sans explorer totalement le potentiel de Turin », note un observateur local. Cette démission atteste d’un climat crispé, dont le pitoyable et non moins onéreux dîner de gala fut cette année l’un des symptômes.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°248 du 1 décembre 2006, avec le titre suivant : Atonie commerciale

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