Vendredi 4 décembre 2020

Paris

Atmosphères visuelles

La galerie parisienne Tornabuoni Art met en valeur des monochromes dynamisés par les artistes

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 24 janvier 2011 - 453 mots

PARIS - Certaines expositions s’éprouvent aussi bien sur catalogue que sur place. D’autres requièrent une vraie participation du spectateur.

Organisée par l’historien de l’art Matthieu Poirier à la galerie Tornabuoni Art, à Paris, l’exposition « Le monochrome sous tension » relève de la seconde catégorie. Sous cette appellation, l’historien regroupe des créateurs qui ont su insuffler une dynamique à la surface pelliculaire du monochrome. Saillies, creux, griffures, pliages, effets miroitants, lisses ou froissés viennent réveiller la rétine. « Il s’agit de ranimer la perception, explique Matthieu Poirier. L’idée est de percer le plan, casser l’image que forme l’écran de la toile. » Une démarche vibratile que l’on retrouve dans les balafres de deux tableaux de Lucio Fontana, dans l’élasticité d’une grande toile blanche d’Enrico Castellani tendue sur un support hérissé de clous, ou encore dans une pièce de 1960 de Dadamaino composée d’une superposition de pellicules de plastique orange perforées. Les briques de polystyrène d’une très belle sculpture de Gianni Colombo font aussi onduler la surface, tel un piano désaccordé dont il ne resterait plus que les touches blanches. Un joli dialogue se met en place entre un petit achrome de Piero Manzoni, véritable all over de pliures proche du drapé antique, et un petit Steven Parrino de 1995, où la toile grise distordue suggère l’accident. Une contamination aussi, car l’œuvre volontairement cabossée a été badigeonnée d’une colle translucide. « Dans le monochrome, il y a quelque chose d’idéaliste et de totalitaire. La colle lui donne une impureté, elle la rend insalubre », indique Matthieu Poirier. 

Vertige
Deux pièces de Luis Tomasello convoquent tout particulièrement l’attention du spectateur. Non qu’elles soient spectaculaires, loin s’en faut. Furtives, discrètes, elles pourraient passer inaperçues. Que voit-on de prime abord ? Une sorte de petite palissade lambda. Dès que le regard se fait insistant, les variations de couleurs percent timidement entre les interstices des panneaux. De même, ce n’est que grâce à un éclairage sophistiqué qu’on découvre un halo lumineux jaune venant nimber le pourtour d’une autre œuvre. La grande lentille rouge concave d’Anish Kapoor est autrement plus aspirante, jouant sur l’apparition et la disparition de l’image du regardeur qui se perd à chercher son reflet dans cette surface pailletée. C’est aussi le vertige que convoque la pièce de Laurent Grasso, où le visiteur frôle les pics des pyramides noires. L’œil perd tout ancrage dans deux petits tableaux inédits de François Morellet, répartition aléatoire de 40 000 carrés, pixellisation avant l’heure. On abandonne peu à peu le monde rassurant et imperméable de l’image pour naviguer dans un abîme d’ambiguïté perceptive.

LE MONOCHROME SOUS TENSION

Jusqu’au 3 mars, galerie Tornabuoni Art, 16, avenue Matignon, 75008 Paris, tél. 01 53 53 51 51, www.tornabuoniart.fr, tlj sauf dimanche 10h30-13h et 14h-18h30

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°339 du 21 janvier 2011, avec le titre suivant : Atmosphères visuelles

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