Art primitif : brillante éclaircie grâce à la dispersion de grandes collections

Des prix élevés et un nombre de lots vendus impressionnant

Le Journal des Arts

Le 1 septembre 1996 - 825 mots

Durant quelques jours, Paris est devenu la capitale du marché des arts primitifs. Peu avant les vacances, une étonnante série de ven­tes, comprenant tou­tes des objets d’une qualité remarquable et de provenance irréprocha­ble, a attiré les amateurs du monde entier. Les prix et les taux de vente ont été im­pressionnants, mais les experts craignent un feu de paille.

PARIS. Après bien des mois sans vente d’art primitif importante, Drouot a pu en l’espace de quelques jours, en mai et en juin (grâce à une heureuse coïncidence du calendrier plutôt qu’à une concertation entre les commissaires-priseurs concernés), disperser quatre collections de qualité au pedigree exceptionnel. Même si d’aussi belles piè­ces sont rarement vues en salle des ventes – qui dé­bor­dent, en revanche, d’objets de qualité moyenne –, les experts craignaient qu’une telle concentration de lots ne dépasse les capacités financières du petit cercle de collectionneurs qui soutient le marché. Crainte heureusement infondée : l’enthousiasme des acheteurs, principalement européens et en majorité privés, a produit un résultat inespéré de plus de 33 millions de francs.

Le journaliste et écrivain Pierre Guerre
Le 29 mai, Me Laurence Calmels a ouvert le feu en dispersant la collection de trente et une pièces, presque toutes africaines, constituée par le groupe immobilier Pierre 1er pendant les années quatre-vingt,  des objets d’une bon­ne qualité moyen­ne, quoique très connus et dotés d’estimations parfois trop optimistes. 44 lots sur 60 ont été vendus, pour 3,3 millions de francs environ.

Les collectionneurs attendaient en particulier la dis­persion par Me Guy Loudmer, le 20 juin, d’une partie importante de la collection de 114 pièces rassemblée avant la guerre par le journaliste et écrivain Pierre Guerre. Estimé autour de 8 millions de francs, cet ensemble, auquel s’ajoutaient 17 objets d’art océanien de la collection du surréaliste et critique de cinéma Georges Sadoul – autre bonne provenance –, et quel­ques pièces provenant de "di­vers amateurs", s’est vendu 12 millions de francs environ. Seuls dix lots, sur près de 150, n’ont pas trouvé preneur.

Clou de la vente et estimé entre 3 et 4 millions de francs, la figure de reliquaire Byéri à la coupe a été vendue à un collectionneur européen pour un peu plus de 6 millions de francs avec les frais. Un masque Ngil, Fang du Gabon, a été adjugé 1,8 million de francs ; un masque animalier Malinke du Mali, estimé entre 60 000 et 100 000 francs, est parti à 270 000 francs.

Le 25 juin, près de 400 personnes ont assisté, dans les salles 5 et 6 de l’Hôtel Drouot, à la dispersion des quarante objets de la collection du couple néerlandais Van Bussel par Me Viviane Jutheau de Witt. Adjugées, sans prix de réserve, plus de 12 millions de francs, les pièces ont suscité de nombreux élans d’enthousiasme : rarement vue sur le marché, et donc presque impossible à coter, une statue d’ancêtre Mambila, estimée entre 400 000 et 500 000 francs, a été adjugée 1,1 million de francs. Un reliquaire Mahongwe du Gabon a fait 2,5 millions de francs, contre une estimation de 2 millions de francs, un appui-nuque Luba du Zaïre, estimé entre 250 000 et 300 000 francs, 850 000 francs, et une rarissime statue Mbole du Zaïre, d’un genre jamais vu en vente, 1,5 million, son estimation. La vacation a également connu quel­ques résultats décevants, comme ce reliquaire Kota du Gabon – très connu mais dont, curieusement, presque personne n’a voulu –, adjugé 140 000 francs, soit moins de la moitié de son estimation, et un tabouret Lwena d’An­gola, estimé entre 150 000 et 200 000 francs, parti à 45 000 francs seulement.

Immense succès également, chez Mes De Quay et Lombrail, le 26 juin, pour la collection d’art zaïrois du couple belge Anne et Jean-Pierre Jernander. Une statue Ngbandi a été adjugée 1 050 000 francs, juste au-dessus de son estimation haute, et un important masque Lwena 720 000 francs. 45 lots sur 47 ont été vendus, pour un total de 5 471 600 francs.

Les objets d’art camerounais
Les collectionneurs ont boudé, en revanche, les objets d’art camerounais de la collection Pierre Harter qui, invendus lors de la grande vacation organisée le 21 juin par Me François de Ricqlès, ont été remis en vente par le même commissaire-priseur le 24 juin. 86 % des lots ont été vendus, mais à des prix de loin inférieurs aux estimations d’il y a un an : un masque Ku n’gan, estimé entre 30 000 et 40 000 francs en 1995, est parti à 9 500 francs, un masque Baileke pour lequel on espérait entre 10 000 et 15 000 francs, soit le tiers de son an­cienne estimation, a trouvé preneur à 8 500 francs seulement.

Même si Drouot peut tirer avantage de la récente fermeture des départements d’art primitif chez Sotheby’s et Christie’s à Londres, ce marché reste, selon les experts, dépendant de la dispersion irrégulière de successions et, faute d’objets de qualité en quantité suffisante, manque de dynamisme.

 

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°28 du 1 septembre 1996, avec le titre suivant : Art primitif : brillante éclaircie grâce à la dispersion de grandes collections

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