Art contemporain

Art Paris - Bruits secrets

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 9 avril 2008

Organisée du 3 au 7 avril, Art Paris s’est bonifiée tout en accusant le coup de la récession économique.

PARIS - Art Paris est une foire que les fashion victims peuvent trouver terne ou peu folichonne, car, aux têtes de gondole, elle préfère les artistes négligés, les à-côtés. Pourtant les visiteurs qui se donnaient la peine de chercher, mieux, de chiner, pouvaient débusquer des œuvres de qualité, comme un Enrico Castellani de 1973 chez Di Meo (Paris), les torses de Judith Reigl chez Erdész & Maklary Fine Arts (Budapest) ou encore les saisissantes « Mariales » d’Hantaï chez Larock-Granoff (Paris). Le stand irréprochable de la galerie Oniris (Rennes), où se détachait une belle toile de Vera Molnar, ou encore le spectaculaire Villeglé de 1960 chez Christophe Gaillard (Paris), méritaient eux aussi le détour. Il y avait même matière à s’émoustiller avec L’Apothéose des fraises, intervention de Paul-Armand Gette réactivée le matin du vernissage chez Jean Brolly (Paris), ou encore les 143 positions érotiques de Pierrick Sorin chez Berthet-Aittouarès (Paris). La Galerie Orel (Paris) avait quant à elle joué l’irrévérence soft avec une toile d’Andrei Molodkine représentant Carla Bruni en tenue d’Ève et titrée Ceci n’est pas Carla. Une œuvre en forme de clin d’œil achetée par un collectionneur russe de Londres. L’exposition « Traversées » concoctée par Brahim Alaoui fut quant à elle un terrain de chasse intéressant pour les galeries en quête de nouveaux artistes. Même Cheikh Sultan Bin Tahnoun al-Nahyan, le président de l’Autorité de la culture et du patrimoine d’Abou Dhabi, en visite pendant plus d’une heure sur le salon, semblait curieux de ces créateurs pourtant peu politiquement corrects.

Petits prix
Si Art Paris a redressé la barre, elle doit continuer toutefois à élaguer. Le niveau des exposants de photographie laissait bien souvent à désirer. Le parcours « Pièce unique », guère plus convaincant que l’ancien « Parcours Sculpture », offrait à nouveau son quota d’horreurs avec un infâme centaure rose bubble gum d’Assan Smati. De même, il est regrettable qu’à une semaine de l’ouverture de l’exposition sur la Figuration narrative au Grand Palais, certaines galeries n’aient pas été sélectives quant aux choix des œuvres de ce mouvement. Que Sonia Zannettacci (Genève) montre des toiles récentes malhabiles de Jacques Monory, ou que Leila Mordoch (Paris) livre des fonds de tiroirs de Bernard Rancillac à des prix corsés, dessert fortement ces artistes à l’heure où il faudrait d’urgence les réhabiliter ! Conscients des failles, les organisateurs entendent faire preuve d’autorité l’an prochain. « Il faut plus de fermeté quant au respect des programmes annoncés », avertit Caroline Clough-Lacoste, codirectrice du salon.
Restent des paramètres difficilement contrôlables, comme la morosité économique, et son corollaire, un commerce très mitigé. « Ce n’est pas le même climat que l’an dernier, où il y avait un enthousiasme, admet Henri Jobbé-Duval, codirecteur du salon. Mais on constate une attente vers des propositions de bonne qualité à de bons prix. » De petits prix plus exactement. Ainsi la Galerie RX (Paris) a réalisé en une après-midi le chiffre d’affaires effectué en 2007 sur une semaine, en cédant à tour de bras des photos de Georges Rousse. De même, la galerie Louis Carré & Cie (Paris) a vendu comme des petits pains la soixantaine de toiles d’Erró proposées pour 7 000 euros. De son côté, Michel Soskine (Madrid) a cédé une sculpture de Monica Machado à un musée portugais qui sera inauguré d’ici un an à Portalegre. « On a rejoint le volume de l’an dernier en nombre d’œuvres vendues mais pas en chiffre d’affaires, confiait pour sa part Daniel Templon (Paris). Au-delà de 80 000-100 000 euros, le délai de réflexion est plus long. » Quelques rares transactions ont été pourtant effectuées à ces niveaux de prix. Jean-Gabriel Mitterrand (Paris) a vendu la Nana de Niki de Saint Phalle au Musée Würth à Erstein (Bas-Rhin), tandis que Daniel Lelong (Paris) a cédé la grande fontaine de Rebeyrolle à un collectionneur de Saint-Tropez. « On a travaillé gentiment, mais surtout on a rencontré de nouveaux collectionneurs », observait quant à elle Charlotte Moser (Genève). Un contentement que ne partageaient guère les Parisiens Paviot, Di Meo ou la Galerie 1900-2000. « Ce n’est pas fameux, je ne m’attendais pas à ce que ce soit la folie, mais là ce n’est pas bon. Même les Français qui m’achètent habituellement des choses françaises n’étaient pas là », regrettait Marcel Fleiss. Il est vital pour Art Paris que le contexte économique s’améliore l’an prochain. Autrement, il sera difficile de rehausser le niveau, les grandes galeries répugnant à apporter une artillerie lourde qu’elles ne pourraient céder faute de clientèle étrangère.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°279 du 11 avril 2008, avec le titre suivant : Art Paris - Bruits secrets

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