Dimanche 17 novembre 2019

Bruxelles

Art Brussels prend son temps

La foire d’art contemporain affronte une concurrence multiple

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 11 mai 2011 - 643 mots

BRUXELLES - Chaque année, Art Brussels renforce sa liste de participants et avance ses pions sur l’échiquier des foires. Néanmoins, les galeries importantes n’ont pas apporté de pièces ambitieuses, préférant se réserver pour la Foire de Bâle, programmée en juin. Du coup, bien que le niveau d’ensemble soit plus qu’honorable, le visiteur avait peu de grain à moudre.

Certains avaient pourtant fait de vrais efforts. On s’attardait ainsi devant le solo show de Benoît Maire chez Cortex Athletico (Bordeaux), le projet autour de la figure du clown chez Sorry we’re closed (Bruxelles), les cartes postales de Gilbert & George chez Baronian-Francey (Bruxelles), ou l’installation Dick’s Ducks de Richard Jackson chez Georges-Philippe & Nathalie Vallois (Paris). La galerie OMR (Mexico) offrait aussi l’un des stands les plus pointus avec des œuvres de Rafael Lozano-Hemmer, Gabriel de la Mora et José Davila.
Traditionnellement aléatoire, le commerce fut particulièrement mou cette année. « C’était une semaine de vacances pour le monde de la finance avec le mariage royal en Angleterre. En plus, avec la Biennale de Venise programmée cette année, les Américains ne viennent pas deux fois en Europe à un mois d’intervalle », soulignait Laurent Godin (Paris). Celui-ci a toutefois correctement travaillé en vendant une sculpture de Haim Steinbach. La foire a surtout pâti de la tenue simultanée du Gallery Week-end berlinois, qui a aimanté la planète de l’art contemporain. De fait, si Art Brussels s’est internationalisée au niveau de ses exposants, elle reste très franco-belge sur le plan de sa clientèle. « Je me tâte encore pour savoir s’il s’agit d’une foire régionale ou provinciale », s’interrogeait Joost Bosland, de la galerie Michael Stevenson (Le Cap). « Les affaires étaient calmes. Je compte plutôt sur les retombées que sur ce que j’ai fait sur place », confiait pour sa part Jean Brolly (Paris). En revanche, certains s’en sont très bien sortis, ainsi les galeries belges. Sorry we’re closed a ainsi vendu quatorze pièces le jour du vernissage, dans une gamme de prix toutefois modeste, de 1 500 à 40 000 euros. Les galeries présentant les coqueluches du marché ont aussi tiré leur épingle du jeu. Grimm (Amsterdam) a ainsi cédé une œuvre de Nick van Woert à Steve et Chiara Rosenblum, tandis qu’une institution belge a mis une option sur une pièce spectaculaire de Matthew Day Jackson.  

Marché de connaisseurs
Pour sa première participation, la galerie Isabelle van den Eynde (Dubaï) s’est défait de pièces de Reza Aramesh et des frères Rokni et Ramin Haerizadeh. Un collectionneur néerlandais a réservé l’exposition monographique de Benoît Maire chez Cortex Athletico. Jousse (Paris) a quant à lui bénéficié d’un buzz sur Louidgi Beltrame. Il a aussi cédé deux fauteuils de l’Atelier Van Lieshout à un collectionneur belge. De son côté, Michel Rein (Paris) a négocié deux photos de Jordi Colomer au collectionneur belge Walter Vanhaerents. « Tout dépend des objectifs, de la notoriété et de l’implantation en Belgique d’une galerie étrangère, rappelle Michel Rein. C’est plus facile pour des galeries qui viennent souvent que pour les nouveaux venus. Pour une galerie comme la nôtre, c’est une foire idéale. C’est un marché de connaisseurs qui ont le temps pour eux. On ne va pas vendre cinquante pièces en deux heures. » Ce rythme très dilaté pourrait-il réfréner les nouveaux exposants ? « C’était lent, mais c’est le propre même de cette foire, confiait Massimo De Carlo (Milan). Je prévois de la faire régulièrement. Mais je me dois d’interpréter le marché et aller surtout là où se trouvent les opportunités. » Frank Elbaz (Paris) pousse l’analyse plus loin. « Le champ des salons d’art contemporain va se scinder entre les plus grosses comme Bâle ou la Fiac [à Paris], et les microfoires comme ABC à Berlin, Independent à New York, avec une trentaine de galeries », déclare-t-il avec justesse. Dans un tel schéma, Art Brussels devra jouer des coudes.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°347 du 13 mai 2011, avec le titre suivant : Art Brussels prend son temps

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