Mardi 11 décembre 2018

Salon

ARCO, un cru très fade

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 27 février 2008 - 624 mots

Am%26eacute;liorer le niveau sans c%26eacute;der %26agrave; un lissage insipide. Telle est la subtile %26eacute;quation que doivent r%26eacute;soudre les foires nationales d%26eacute;sireuses de jouer dans la cour des grands.

MADRID - Organisée du 13 au 18 février, la dernière édition de l’ARCO, le salon madrilène dédié à l’art contemporain, n’a pas réussi une telle alchimie. En rejetant vingt-six galeries espagnoles, elle a même donné du tonus à une foire off, « Art Madrid », laquelle a récupéré pour sa troisième édition quelques-uns des refusés, comme la Galeria Punto (Valence). D’après le quotidien El Mundo, ces évictions auraient provoqué la grogne de la Generalitat de Valence et de la Junta de Andalucía [gouvernements des régions de Valence et d’Andalousie], lesquelles auraient affirmé ne pas acheter cette année sur la foire. Si le Musée national Reina-Sofía (Madrid) semble avoir aussi pesté contre les exclusions, il n’en a pas moins acquis un ensemble de quatre grands collages des années 1970 de Nancy Spero chez Lelong (Paris, New York).
Cette polémique ne serait qu’un feu de paille si l’ARCO s’était réellement embellie. Or la qualité générale est restée moyenne. Certes le déménagement du salon dans les deux nouveaux halls 12 et 14 a amélioré le confort de la visite, avec des allées plus aérées et des stands plus – et même parfois trop – larges. L’arrivée d’une poignée de bonnes galeries tel Peter Kilchmann (Zurich) et la présence de nombreux collectionneurs étrangers ont aussi donné une coloration plus internationale à l’événement. Mais la foire a perdu en cours de route son charme, une certaine épaisseur, bref, son identité. Faute d’œuvres vraiment fortes, elle est apparue fade et proprette. En cela, elle reflétait un collectionnisme espagnol encore frileux. « J’ai préféré la foire cette année, car elle était plus jeune, confiait Teresa Sapey, collectionneuse madrilène (lire p. 28). Mais il y manquait des œuvres essentielles ; cela reste traditionnel, sans risques. C’est une foire pour des petits collectionneurs, pour un collectionnisme de décorateur. »
Alors que l’annonce d’une section brésilienne avait fait saliver les amateurs, elle en a laissé plus d’un sur sa faim. « Cela ne sert à rien de prendre une trentaine de galeries brésiliennes. Dix auraient suffi », remarquait le collectionneur barcelonais Manuel Alorda. L’agencement même des stands brésiliens, petits et dépourvus de recul, semait la confusion car l’absence de ligne de démarcation ne permettait pas d’identifier clairement les galeries.

Rythme mou
En dépit d’une foule très dense, le rythme commercial s’est révélé mou lors des deux vernissages, et très dilaté les jours suivants. « Il n’y a pas eu d’impulsion, d’électricité. La section moderne semblait se trouver dans un ghetto », regrettait Frédéric Jaeger, de la galerie Jeanne-Bucher (Paris). « On attendait beaucoup plus de présence des institutions espagnoles. Mais au niveau des ventes aux particuliers, nous sommes satisfaits », indiquait Séverine Waelchli, de la galerie Yvon Lambert (Paris, New York). Celle-ci a notamment cédé trois vintages de Nan Goldin des années 1971 à 1975 au Centro Andaluz de Arte Contemporáneo à Séville. « Les ventes ont été constantes », remarquait pour sa part Jean Frémon, de la galerie Lelong (Paris). Un collectionneur californien lui a même réservé un grand tableau récent de Sean Scully en vue de l’offrir à la National Gallery de Washington. La galerie Nogueras-Blanchard (Barcelone) (lire p. 28) a, elle, vendu une vidéo de Marine Hugonnier, Travelling Amazonia, à la fondation mexicaine Jumex. De son côté, la conseillère Patricia Marshall a acheté pour le collectionneur américain David Johnson une succession de boîtes en carton par José Davila chez Travesía Cuatro (Madrid), et pour sa propre collection, Oedipus, de Gardar Eide Einarsson, proposée par la Team Gallery (New York). Mais il en faut plus pour que l’ARCO retrouve l’énergie sympathique de ses beaux jours.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°276 du 29 février 2008, avec le titre suivant : ARCO, un cru très fade

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