Dimanche 21 octobre 2018

Foire

ARCO à la peine

Par Alain Quemin · Le Journal des Arts

Le 27 février 2013 - 731 mots

Confrontée à la concurrence d’Art Basel Miami, mais aussi à la conjoncture économique espagnole difficile, la foire madrilène se trouve fragilisée.

MADRID - Depuis 2002, la foire madrilène ARCO subit, de façon structurelle, la concurrence d’Art Basel Miami sur le créneau de l’art latino-américain qui avait assuré une part de son succès lorsqu’il s’agissait, pour elle, d’une niche qu’elle contrôlait presque entièrement. À cela s’ajoute désormais la situation très déprimée de l’économie nationale. Comment, dans un tel contexte, conserver le lustre qui a assuré le succès de la foire depuis sa création en 1982 ? Malgré leur professionnalisme, il n’est pas certain que les organisateurs aient su – ou pu – effectuer les bons choix. 201 galeries pour l’édition 2013 de la manifestation, c’est beaucoup, trop même ; quand, en 2008, juste avant la crise, dans un contexte économique favorable, la foire n’accueillait encore que… 168 galeries ! À l’époque, le marché espagnol était autrement plus attractif, d’excellentes galeries posaient leur candidature du monde entier, et pourtant, le comité d’organisation restreignait l’accès pour s’assurer de la qualité des stands.

Humeur morose dans les stands
En période de crise du marché national, il aurait évidemment fallu réduire la voilure. D’autant plus que les galeries les plus importantes ne songent souvent même plus à se présenter et que d’autres ont annulé leur participation. Malgré cela, le nombre de stands a crû par rapport à la période faste, dans une logique à court terme qui permet certes d’assurer le maximum de chiffre d’affaires par la location de stands, mais qui fait courir un double risque : diluer un marché qui n’est pas indéfiniment extensible avec un trop grand nombre de stands et affecter l’image de la foire par une insuffisante qualité des œuvres. Des stands indignes à ARCO ? Certes pas, les exposants restent professionnels, mais bien des stands sont de qualité inégale et beaucoup, de qualité juste moyenne, n’apportent rien et auraient dû être évités. Lorsqu’on les interroge sur le volume des ventes, de nombreux galeristes signalent leur satisfaction, comme pour entretenir la confiance sur le marché. Pourtant, quand on observe les professionnels présents sur les stands, l’enthousiasme et la frénésie ne sont guère au rendez-vous. Les mines renfrognées ne sont pas rares, et bon nombre semblent totalement absents de leur stand. Les rangs des grandes galeries étrangères se révèlent décimés. On ne compte guère plus de cinq galeries américaines (dont quatre d’États « latinos », Californie et Floride, une seule de New York !), cinq françaises, dont Lelong – au beau stand très adapté au goût espagnol avec de nombreux artistes de la péninsule ibérique –, Air de Paris et Chantal Crousel. Cette dernière présente sans doute le stand le plus audacieux, tout entier consacré au Mexicain Abraham Cruzvillegas, davantage destiné à séduire les institutions que les collectionneurs particuliers. Chantal Crousel participe aussi à Art Basel Miami, l’autre grande foire « latine », mais vise ici le caractère plus intellectuel de la foire madrilène.

Faible tempérament
Globalement, la foire est sage, très peinture, très photo, on est surtout ici pour présenter des pièces qui pourraient se vendre, guère pour construire une image, trop de galeries semblent chercher à « en avoir pour tous les goûts ». Les stands sont parfois assez bons ou, beaucoup plus souvent, moyens, plus rarement faibles (comme la galerie Marlborough, indéfendable). Les grandes galeries sont presque absentes, les grands artistes contemporains aussi, ou ne participent qu’avec des pièces secondaires. Quelques artistes semblent à la mode cette année ou se retrouvent sur plusieurs stands comme Jonathan Meese, Kiki Smith et Katharina Grosse (la galerie Helga de Alvear présente le plus grand et le plus beau tableau), Joana Vasconcelos ou Anselm Kiefer avec de petites pièces. Très contemporain, le stand de la Berlinoise Esther Schipper convainc, celui de sa consœur viennoise Krinzinger aussi. La Ruche (Buenos Aires) présente de superbes œuvres d’Eduardo Stupia. Le clou de la visite ? Le petit stand de la galerie d’Amsterdam Tegenboschvanvreden qui se présente sous la fausse identité d’« Ansgar Lund (Suède) ». Y évoluent une jeune femme blonde, en petite robe noire et talons hauts, et deux hommes. Les trois sont perdus dans la lecture de leur Smartphone, regardent leurs chaussures ou détaillent les œuvres accrochées sur les murs, jouent avec le cordon de leur badge, sont totalement absents. On rit beaucoup en observant la performance, car c’est de cela dont il s’agit. Et pourtant…

Légende photo

Vue du stand de la galerie Crousel, à ARCO, avec l'oeuvre d'Abraham Cruzvillegas, Renewed and Solidary, 2012 © Photo : Courtesy galerie Crousel, Paris.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°386 du 1 mars 2013, avec le titre suivant : ARCO à la peine

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