Samedi 24 février 2018

Foire

ARCO entre le national et l’international

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 25 septembre 2007

Du 10 au 14 février, le salon de Madrid ouvre le feu des foires d’art contemporain
en s’appuyant sur des balises institutionnelles.

MADRID - Après un début d’année engourdi, la 24e édition de l’ARCO ouvre le feu des grands raouts de l’art contemporain. Quand d’autres salons fourbissent leurs à-côtés, la foire madrilène joue sur un foisonnement, voire un renouvellement, de ses secteurs. Quitte à ce que le visiteur y perde parfois son latin ! La section Up & Coming, qui avait remplacé en 2004 Cutting Edge, a ainsi été rebaptisée cette année New Territories. Comme la FIAC en octobre prochain, l’ARCO s’ouvre aux nouveaux médias avec le secteur The Black Box@ARCO. Trois nouveaux pôles sont aussi au menu avec ARCO Latino, dédié à la scène sud-américaine, 2OSLO5, vitrine du paysage nordique, et Painting Only, histoire de montrer que la peinture reste vivace. Un coup de projecteur éclaire 17 galeries mexicaines, tandis que 32 projets d’artistes comme Juan Usle, Wim Delvoye ou Marcel Dzama sont à découvrir dans les Project Rooms. Un programme on ne peut plus roboratif !
Existe-t-il pour autant en Espagne un marché capable d’absorber la présence de 290 galeries le temps d’un salon ? Si l’on se réfère au produit des ventes publiques en matière d’art contemporain, la réponse semble négative. Selon Artprice, l’Espagne ne se situe qu’en neuvième position dans le palmarès international des ventes publiques d’art contemporain, avec 0,6 % de parts de marché. C’est sans compter avec le dynamisme des fondations d’entreprises, musées et centres d’art qui ont bourgeonné depuis la mort de Franco. « Le taux de croissance du marché espagnol est de 32,8 %. Il y a actuellement 160 institutions et une quarantaine de caisses d’épargne qui s’occupent vraiment d’art contemporain », souligne Rosina Gomez-Baeza, directrice de l’ARCO. À titre indicatif, la Fondation la Caixa, qui possède 950 pièces collectées depuis 1985, a dépensé l’an dernier 1,5 million d’euros en achat d’œuvres. Le Musée Reina Sofia à Madrid jouit en 2005 d’un budget annuel d’acquisition de 10 millions d’euros, environ le double du Centre Pompidou. Sensiblement supérieur à l’an dernier, le budget d’acquisition de la Fondation ARCO s’élève cette fois à 165 000 euros. « Les fondations font leurs courses le premier jour de l’ARCO, il y a une espèce d’émulation, indique Catherine Thieck, directrice de la Galerie de France (Paris). Le dernier jour de la foire, on sait où l’on en est, tout est validé. On n’attend pas six mois comme avec les musées français. Il n’y a pas de dédit, même si le paiement peut se faire tard. » Les galeries comptent aussi avec un tissu de collectionneurs actifs, mais discrets, à l’image du promoteur immobilier Antonio Civit ou de l’éminence grise de Danone, Daniel Carrasso.
Comme dans la plupart des foires, le pays hôte préfère les œuvres du cru. La Galerie Lelong avance en terrain conquis grâce à l’exclusivité dont elle jouit pour certains grands maîtres espagnols. « Pour nous, c’est l’une des meilleures foires, parfois même devant Bâle. On peut facilement vendre ne serait-ce que pour 200 000 euros d’estampes », précise Jean Frémon, co-directeur de la galerie. Tatoo, une grande tête en résine habitée de lumières changeantes de Jaume Plensa (100 000 euros), sera le point fort de son stand. La galerie Louis Carré & Cie (Paris) a de son côté comme botte secrète le peintre Eduardo Arroyo. Pour caresser la fibre ibérique, la Galerie Roger Pailhas (Marseille) prévoit des œuvres de 1987 de Juan Muñoz (entre 40 000 et 450 000 euros). De son côté, la Galerie Claudine Papillon (Paris) espère bien obtenir au moins un dessin de son nouvel et unique artiste espagnol, Javier Perez, pour briser enfin la glace avec les collectionneurs locaux.
Le nationalisme espagnol est toutefois compensé par le caractère « international » des visiteurs. Car la foire est un rendez-vous festif où se retrouvent tous les amateurs « en manque » depuis Art Basel Miami Beach. On observe notamment une forte poussée de la clientèle sud-américaine et, depuis cinq ans, la montée en puissance des acheteurs portugais. Claudine Papillon avoue avoir fait ses meilleures ventes à des Français. « Le forum des tables rondes amène aussi le plus grand panel de conservateurs et de “curators”, toutes foires confondues », remarque la galeriste Valérie Cueto (Paris). Un constat qui explique la forte participation d’exposants étrangers, de l’ordre de 70 %. Le premier contingent est d’ailleurs allemand, avec 29 galeries, parmi lesquelles de nouveaux arrivants comme Ulrich Fiedler et Michael Janssen (Cologne). Arc-boutée entre le local et l’international : telle est sans doute la clé du succès de l’ARCO.

ARCO 05

10-14 février, Parque Ferial Juan Carlos I, Madrid, www.arco.ifema.es Expositions publiques le 10, 17h-21h, les 11, 12, 13 et 14, 12h-21h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°208 du 4 février 2005, avec le titre suivant : ARCO entre le national et l’international

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