Lundi 10 décembre 2018

Foire d'art contemporain

ARCO 2004 ne convainc pas

Par Olivier Michelon · Le Journal des Arts

Le 5 mars 2004 - 637 mots

Malgré de bonnes ventes, le bilan de la manifestation madrilène, qui confirme son succès public, est cette année en demi-teinte.

 MADRID - Se frayer un chemin dans le pavillon principal d’ARCO n’est peut-être pas l’activité la plus simple pour l’amateur d’art. La foire internationale d’art contemporain de Madrid qui s’est tenue du 13 au 16 février, au Parc des expositions Juan-Carlos-Ier a connu un nouveau record d’affluence, avec plus de 200 000 visiteurs. Pris d’assaut, les espaces « conviviaux » disposés dans les allées ont été victimes de leur succès. La galerie madrilène Elvira González, qui avait porté un soin particulier à son stand en confrontant des sculptures africaines à des pièces de Julio González, s’est abondamment plainte de ces excès, tant les sièges des designers installés en lisière de son stand semaient une confusion visuelle. Elle n’a visiblement pas été la seule à afficher son mécontentement, puisque les organisateurs ont annoncé que, l’an prochain, les lieux de repos seraient réduits dans l’enceinte de la foire elle-même, et transférés dans des bâtiments éphémères construits aux abords. Autre galerie d’intérêt, Bruno Bischofberger (Zurich) proposait un accrochage élégant, même si les derniers paysages de Miquel Barceló n’ont plus la vitalité qui font l’intérêt des œuvres plus anciennes du peintre. Dans l’ensemble, les grandes enseignes n’ont pas failli à leur réputation. La Galerie Gmurzynska (Cologne/Zoug) exposait des dessins de constructivistes russes, une impressionnante aquarelle monochrome de Bart van der Leck et un Portrait (1927) de Joan Miró qui a appartenu à Helena Rubinstein. La Galerie Lelong (Paris/New York/Zurich) proposait, elle, un mélange intéressant, avec des huiles d’Antonio Saura, Antoni Tàpies et Sean Scully ainsi que des sculptures de Jaume Plensa. Quant à Helly Nahmad (Londres), il présentait un ensemble étonnant, où le Diego assis (1964-1965, 8 exemplaires en bronze) d’Alberto Giacometti côtoyait un Atelier de Picasso, illustrant l’intérieur de La Californie, sa résidence de Cannes.
De manière générale, les chiffres d’affaires de ces galeries prestigieuses ont été satisfaisants, des pièces importantes ayant été cédées dès la première journée. Dans leur bilan annuel, les organisateurs d’ARCO font valoir que le marché espagnol est en progression continue, la crise des manifestations allemandes amenant les collectionneurs et marchands à reconsidérer l’Europe du Sud.
D’ailleurs, sur les 277 galeries présentes cette année (184 étrangères), 23 venaient d’Allemagne, la France (16 galeries), le Portugal (14 galeries) et l’Italie (11 galeries) constituant les contingents suivants.
Depuis quelques années, la Grande-Bretagne délaisse quelque peu l’Espagne, même si la Lisson Gallery est fidèle à Madrid et présentait cette année les travaux d’Anish Kapoor, dont les prix en constante hausse ne l’empêchent pas d’être la coqueluche des collectionneurs locaux. Dans le domaine de l’art contemporain, malgré la place faite aux project rooms et autres initiatives visant à donner un caractère prospectif à la foire, ARCO semble avoir du mal à faire le grand écart entre initiés et succès populaire. Certains notent ainsi le peu de considération des organisateurs de la foire pour leurs principaux clients (les galeristes) : programme de rencontres avec les collectionneurs inexistants et services plus que réduits.
Quant au pays invité, la Grèce, il a remporté un faible succès. « C’est une foire encore très classique et hispanophone », remarque Ghislaine Dantan, de la galerie Unlimited (Athènes), qui présentait une installation vidéo d’Uri Tzaig et des structures légères de Nikos Alexiou. « Les galeries du pays invité sont situées tout au bout du pavillon et bénéficient de très peu d’attention, difficile dans ces conditions de sensibiliser les collectionneurs et institutionnels à la scène grecque, de lui donner une lisibilité. La sélection, peut-être trop large, n’était pas non plus à la hauteur. Plus loin, ARCO nous fait réfléchir sur le statut des foires d’art contemporain. Pour fonctionner, ces manifestations n’ont pas à être des événements populaires, la médiatisation excessive ne joue pas nécessairement en notre faveur. »

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°188 du 5 mars 2004, avec le titre suivant : ARCO 2004 ne convainc pas

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