Mercredi 24 octobre 2018

Rétrospective

André Masson en Amérique

Par Maureen Marozeau · Le Journal des Arts

Le 22 octobre 2004 - 639 mots

La galerie Cazeau-Béraudière revient sur l’œuvre et l’influence de l’artiste français aux États-Unis, où il se réfugia pour fuir le nazisme.

PARIS - Mal aimé, André Masson ? Jacques de la Béraudière, à propos de l’exposition présentée jusqu’au 20 novembre à la galerie Cazeau-Béraudière, à Paris : « Il s’agit de la première grande exposition consacrée à André Masson en France depuis la rétrospective de 1977 au Grand Palais, et la première dédiée à sa période américaine. » Dans un souci de promouvoir un œuvre méconnu, « André Masson. America » retrace les expérimentations picturales de l’artiste (1896-1987), parti aux États-Unis en 1941 avec son épouse et ses fils pour fuir le nazisme. Avec seulement quatorze pièces en vente, l’ensemble concentré sur la période 1941-1945 fait la part belle aux prêts d’œuvres appartenant à la famille du peintre et à des collections particulières françaises et internationales.
Cette période américaine frappe avant tout par son énergie. Le peintre, issu du mouvement surréaliste dont il se dissocia au début des années 1930, fut bouleversé par la vivacité et la richesse de la mégalopole new-yorkaise. Mais avant d’accoster aux États-Unis, il s’était retrouvé en séjour forcé d’un mois en Martinique, où la végétation luxuriante et le mysticisme ambiant le marquèrent profondément. En résulte un ensemble de toiles aux styles variés, aux couleurs et à l’activité débordantes. « L’ennemi de Masson était Masson lui-même, lance Jacques de la Béraudière. Il était tellement imaginatif, tellement créatif… On ne peut pas être un génie tous les jours ! »

Laissant derrière lui une Europe en guerre, c’est à New Preston, ancien territoire des Indiens Weantinock, dans le Connecticut, qu’il s’établit. Inspiré par la nature environnante, le « peintre automatique » du groupe d’André Breton – qu’il retrouve en grande partie aux États-Unis –, se tourne vers l’imagerie mythologique et biblique, choisissant des thèmes violents (La Mort d’Actéon, 1943, 250 000 euros), épiques (L’Histoire de Thésée, 1943) ou tragiques (Pasiphaé, 1943, 1 200 000 euros). Les tonalités ocre, gris et sable de ses Oiseaux du début des années 1920 font place à des fonds noirs et des couleurs primaires vibrantes. Son épouse, Rose, lui inspire une série de nus au pastel étonnants, où le corps de la femme devient motif. L’amitié qui liait Masson et Joan Miró transparaît dans quelques toiles comme l’Antillaise (1941), dont la fine silhouette aux accents rouge et blanc sur fond bleu n’est pas sans rappeler la Danseuse (1925) du peintre espagnol.
Vers 1944, Masson délaisse ses pinceaux le temps d’un autoportrait, splendide, à l’encre et au fusain (90 000 euros), où l’intensité du regard égale celle du trait.

Passionnés par l’œuvre d’André Masson, les galeristes déplorent le statut encore confidentiel de l’artiste et se disent surpris de la grande méconnaissance de sa période américaine. Mais il leur semblait avant tout important d’illustrer l’influence de Masson sur la jeune génération de peintres américains. L’expressionnisme abstrait, un temps nommé « abstraction surréaliste », prend directement sa source dans la technique picturale d’André Masson – le peintre posait ses toiles au sol, de manière à « se débarrasser de la verticalité », et se laissait guider par son inconscient. Robert Motherwell, Arshile Gorky, Marc Rothko et même Jackson Pollock ont largement trouvé l’inspiration dans ces œuvres à l’énergie foudroyante. Clement Greenberg, le pape de la critique formaliste new-yorkaise et « créateur » de Jackson Pollock, le confirmait lors d’un symposium en 1951 : « La présence d’André Masson de ce côté de l’Atlantique, pendant la guerre, a été une contribution inestimable pour nous. Lui, plus que quiconque, a préfiguré la nouvelle peinture abstraite et je ne crois pas qu’il ait été suffisamment reconnu pour cela. »

ANDRÉ MASSON – AMERICA

Galerie Cazeau-Béraudière, 16, av. Matignon, 75008 Paris, tél. 01 45 63 09 00, du lundi au vendredi 10h-13h et 14h-19h, 11h-13h et 14h30-18h30 le samedi.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°201 du 22 octobre 2004, avec le titre suivant : André Masson en Amérique

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