Mercredi 19 décembre 2018

Trois questions à

Adrien Meyer, Senior spécialiste du département Mobilier chez Christie’s France

« Donner une image rajeunie au mobilier XVIIIe »

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 8 octobre 2004 - 609 mots

 Comment voyez-vous le marché du mobilier et des objets d’art du XVIIIe siècle ?
Depuis plus de quatre ans, le marché du XVIIIe siècle est moins actif du côté de l’offre et, paradoxalement, de la demande aussi. Les goûts ont en effet fortement changé et la plupart des décorateurs dont nous dépendons ont suivi, et peut-être même renforcé, la nouvelle tendance des arts décoratifs du XXe siècle. Cependant, et heureusement, malgré cet effet de mode, d’importants collectionneurs, essentiellement européens et américains, continuent à soutenir avec passion les quelques meubles exceptionnels qui passent aux enchères. Pas moins de quatre records ont marqué notre saison parisienne 2003, dont le fauteuil de Carlton House le plus cher au monde, vendu pour près de 700 000 euros, et un bronze de Foggini adjugé plus de 800 000 euros. Il s’agit donc d’un marché à deux vitesses où les prix du meilleur crèvent le plafond alors que les objets moyens sont plus difficiles à vendre mais trouvent quand même preneur, bien qu’à un niveau de prix inférieur à celui des années 2000. Les acheteurs devraient en profiter avant qu’il ne soit trop tard ! Les objets d’art quant à eux constituent l’exception à la règle puisque, anciens ou modernes, ils se vendent généralement très bien, particulièrement ceux en porphyre, en porcelaine montée ou en cristal de roche. Les Américains en sont friands et n’hésitent pas à débourser plusieurs dizaines de milliers de dollars pour une paire de lampes modernes en cristal ! Les objets anciens également suscitent souvent de vives batailles d’enchères, comme ce fut le cas pour un brûle-parfum en bronze doré et argenté de la fin du XVIIIe siècle, vendu 250 000 euros dans notre vente de juin à Paris et sur lequel cinq amateurs étaient en lice.

Quelles œuvres vous ont marqué récemment ?
J’ai découvert à la Biennale des antiquaires la fantastique production artistique des Kidan chez Christian Deydier ; c’est sans doute la gourde de pèlerin en céramique et feuilles d’or du IXe siècle que j’aurais voulu garder ! À quelques mètres de la Biennale, dans la nouvelle galerie muséale des Kugel, j’ai remarqué une superbe paire d’appliques d’après Delafosse qui n’a pas dû y rester très longtemps... L’araignée monumentale de Louise Bourgeois, aussi, à la Tate Modern, m’a laissé pantois d’admiration. Et puis, à Lisbonne dernièrement, j’ai pu voir le bureau de Cressent de la Fondation Gulbenkian, lequel, à mon avis, résume à lui seul la perfection du XVIIIe siècle français.

Quelle est votre actualité ?
Après quelques mois d’« initiation » à Londres, auprès de Charles Cator, qui a formé tous les spécialistes chez Christie’s où je viens d’arriver, j’ai retrouvé une équipe de choc à Paris pour préparer la saison 2005. Avec mon expérience new-yorkaise de quelques années chez Sotheby’s, je suis enthousiaste à l’idée d’évoluer sur le marché français. Mon premier défi sera d’abord de continuer à assurer la place prédominante que Christie’s Paris détient dans ce secteur depuis son ouverture en 2001. Je compte travailler en étroite collaboration avec les spécialistes internationaux. Le fait d’être à Londres, New York ou Paris ne change rien puisque nous sommes en communication constante afin d’expertiser et de proposer aux vendeurs le lieu de vacation le plus approprié. L’autre challenge est de dynamiser ce marché en lui donnant une image rajeunie. Une commode Louis XVI par exemple peut être autant (sinon plus !) appréciée sous un tableau de Fontana que de Greuze. Et puis, bien sûr, la clientèle croissante des « nouveaux Russes » représente un marché grandissant dont nous nous occupons très activement. Enfin, nous allons continuer à développer les ventes « Intérieur », qui remportent un grand succès.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°200 du 8 octobre 2004, avec le titre suivant : Adrien Meyer, Senior spécialiste du département Mobilier chez Christie’s France

Tous les articles dans Marché

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque