Samedi 14 décembre 2019

Foires

Abondance de « off » nuit à la qualité

Par Jean-Christophe Castelain · Le Journal des Arts

Le 31 octobre 2011 - 738 mots

La multiplication des foires satellites de la Foire internationale d’art contemporain n’élève pas pour autant le niveau général.

PARIS -  Lentement mais sûrement, le paysage des foires off se met en place, comme l’ont confirmé les récentes éditions. Et un triple constat s’impose : il y en a trop, leur positionnement est incertain et leur qualité variable. Art Élysées est la seule à vraiment avoir trouvé sa place, celle du moderne et du contemporain classique, délaissés par la Fiac. C’est le règne des Buffet, Mathieu, Lanskoy et autre Combas et Erró. D’année en année, la foire attire de meilleures galeries, même s’il y a encore un peu de travail, au point qu’on avait l’impression de se promener rue de Seine à Paris. Le public ressemble à celui des meilleures années d’Art Paris, celui qui achète de temps en temps par coup de cœur. Il s’y trouve toujours aussi un collectionneur avisé pour repérer et acheter une pièce de choix, tel ce tableau de Martin Barré vendu « entre 70 000 et 80 000 euros » par le galeriste Frédéric Guislain (Paris), qui s’est ainsi défait d’un tableau de sa collection personnelle.

Un peu esseulée l’an dernier après la fermeture de la Fiac, la section « design » d’Art Élysées a pu occuper cette année un pavillon entier en même temps que toutes les manifestations, profitant d’une contraction du nombre d’exposants d’art. « Même si nous sommes passés de six à quinze exposants, il en faudrait huit de plus », regrette Pierre Boogaerts, de la Galerie Moderne (Paris), qui concède cependant avoir « raisonnablement travaillé ». Certains ont fait de réels efforts d’accrochage, tel Stéphane Danant (New York) pour promouvoir le designer Joseph-André Motte « qui souffre encore d’une production variable ».

C’est du côté de l’art émergent que les positions sont plus confuses. Cinq manifestations se partagent ce créneau et aucune ne s’est réellement imposée, même si une hiérarchie s’installe progressivement. Quoiqu’éloignées géographiquement l’une de l’autre et de la Fiac, Slick et Chic Art Fair chassent sur les mêmes terres. Après Belleville puis le CentQuatre, Slick s’est posée pour la deuxième fois sur le parvis du Palais de Tokyo. Cet embourgeoisement lui profite, tant au plan de l’organisation que de l’intérêt des artistes exposés. La jeune galerie Inception pouvait ainsi se prévaloir d’avoir vendu « autour de » 30 000 euros, Illumination, un diptyque de l’artiste saoudien Ahmed Mater à un musée belge (le Los Angeles County Museum of Art en possède un autre exemplaire). Chic, un peu exilé à la Cité de la mode et du design, tente de faire masse en constituant trois sections. Si la section « photo », la nouveauté de cette année, n’apporte pas grand-chose, la section « art plastique » bénéficie d’une direction artistique plus rigoureuse en s’éloignant du street art. Dans l’ensemble, notamment dans la section « design », les affaires furent assez calmes.

Œuvres difficiles
Les dés sont en revanche jetés pour Show Off qui n’a décidément plus sa place dans ce paysage. La foire, qui bénéficie pourtant d’un emplacement privilégié à proximité du pont Alexandre-III, n’a cessé de s’affaiblir au fil des départs de ses fondateurs. Malgré la mise en place d’un comité de sélection de qualité, les tableaux du Chilien Humberto Poblete-Bustamante à la galerie parisienne Polad-Hardouin (que l’on peut retrouver en ce moment au MUba de Tourcoing) avaient peine à effacer les chromos de la galerie MY Design & Concept Art Events (Paris), les bébés en bronze de Li Chen ou les tableaux décoratifs de H. Craig Hanna de la galerie Laurence Esnol (Paris). À côté, Cutlog ferait presque meilleure figure avec ses pseudo bad paintings ou ses tableaux faussement naïfs.

L’initiative (plus proche d’une exposition que d’une foire) des quinze galeries évincées de la Fiac ne devrait pas se renouveler l’an prochain. Dans une ambiance de squat d’artiste, ces refusés n’ont surtout pas voulu s’afficher avec des foires off de peur de compromette leur éventuel retour à la Fiac l’an prochain. De jeunes galeries ouvertes il y a quelques jours (Emmanuel Hervé, Paris) à des galeries plus confirmées (Jean Brolly, Jean Fournier, Anne Barrault, Paris) exposaient des œuvres difficiles. Les acheteurs ne se bousculaient pas. Face à cette multiplication des foires satellites, on s’interroge sur leur viabilité économique. Contre toute attente, elles semblent avoir trouvé un équilibre, ce qui ne peut que les encourager à persévérer. Pas sûr que les exposants, eux, y trouvent toujours leur compte.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°356 du 4 novembre 2011, avec le titre suivant : Abondance de « off » nuit à la qualité

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