Frieze London attendue au tournant

11e année, Frieze et la nécessité de la maturité

Onze ans après sa création, l’ambitieuse Frieze consolide ses acquis

Par Frédéric Bonnet · Le Journal des Arts

Le 2 octobre 2013 - 715 mots

Onze ans après sa création, Frieze est présente sur deux continents et couvre désormais aussi l’art ancien et moderne. Une expansion foudroyante qui n’est pas sans risques.

LONDRES - Créée en 2003 et s’imposant rapidement parmi les grandes foires mondiales d’art contemporain, Frieze Art Fair a connu depuis moins de deux ans une croissance stupéfiante. Lançant au cours de la même année 2012 deux nouvelles manifestations, elle se décline désormais en une marque aux accents globaux : Frieze London, Frieze New York et Frieze Masters. Il n’y a que du côté de la toute-puissante Art Basel que l’on peut observer expansion comparable.

Après un premier round d’observation et une prise de marques quelque peu hésitante sur des terres nouvelles, la seconde édition de la bouture new-yorkaise s’est révélée à la fois fraîche et convaincante, alors qu’il y a tout juste un an la critique au grand complet saluait le brio de Frieze Masters, réunissant arts ancien et moderne. Si Matthew Slotover, codirecteur de l’entreprise, affirme ne pas avoir élaboré de stratégie globale (lire ci-dessous p. 30) force est de constater que les tirs sont bien vus, allant chatouiller un territoire new-yorkais où l’Armory Show est toujours à la peine et s’attaquant à l’important marché londonien des antiquités, piétinant au passage quelques plates-bandes du PAD. Reste que cette expansion, qui semble bien partie pour parvenir à s’imposer durablement, comporte un risque ou tout au moins une situation qu’il convient de gérer avec subtilité et qui se nomme… Frieze London ! L’ascension fulgurante de la foire londonienne s’est faite sur deux vagues concomitantes : un marché alors insouciant et totalement avide de nouveautés auquel répondait une manifestation branchée, parfois jusqu’à la caricature. Or si le trublion s’est récemment assagi, se montrant l’année dernière plus mature et bien moins brouillon qu’auparavant, la qualité globale y était néanmoins passable. Voilà le défi à venir : ne pas se laisser cannibaliser par le succès de ses autres implantations en imposant à la fois sérieux et attraction d’un art « cutting edge» (d’avant-garde) mais pas caricatural.

Moins d’exposants, plus de place pour les visiteurs

La onzième édition de Frieze London va tenter de s’y employer en réduisant quelque peu la voilure, puisque 152 galeries y ont été conviées lorsqu’elles étaient 175 en 2012. Une nouvelle architecture est annoncée, avec notamment des allées plus larges et plus de lumière naturelle. Parmi les nouvelles entrées, notables sont celles de Max Hetzler (Berlin), Maccarone (New York) et Rodeo (Istanbul). La présence française sera, elle, des plus parcimonieuse, avec seulement quelques poids lourds de la place parisienne (Perrotin, Almine Rech, Thaddaeus Ropac, Chantal Crousel, mais pas Yvon Lambert qui cette année fait défection), rejoints par Gaudel de Stampa qui proposera un projet de Jessica Warboys en section Focus. Une section où l’on pourra s’arrêter sur les propositions de Marc Bauer chez Freymond-Guth Fine Arts (Zürich), Omer Fast chez Arratia Beer (Berlin) ou du cinéaste expérimental Stan VanDerBeek chez The Box (Los Angeles). Blum & Poe (Los Angeles), effectue également son retour, qui l’an dernier ne s’était montré qu’à Frieze Masters. La plupart des galeries ayant en 2012 effectué une double participation réitèrent l’expérience, à l’instar de Victoria Miro (Londres) qui proposera une exposition d’Alice Neel, Hauser & Wirth (Zürich, Londres), Gagosian (New York) et David Zwirner (New York, Londres). Une belle constance des exposants est notable sur Masters, où la plupart des participants de la première heure réitèrent l’expérience. Le salon enregistre cette année une hausse des exposants, passant de 101 à 130. Il se voit rejoint par quelques galeries de poids spécialisées dans le moderne, comme Malingue (Paris) ou Landau Fine Art (Montréal), et dans l’après-guerre tels Mnuchin Gallery (New York), Richard Gray (Chicago) avec un « Solo Show » de David Hockney, ou Dominique Lévy (New York). Le volet baroque est lui renforcé par l’arrivée de Johnny Van Haeften (Londres) et la Galerie Sanct Lucas (Vienne).
De tous côtés, les attentes sont grandes à Londres !

Frieze London

Directeurs : Amanda Sharp et Matthew Slotover
Nombre d’exposants : 152
Nombre de visiteurs en 2012 : 55 000
Prix du mètre carré : 362 £ pour la section principale

Frieze Masters

Directrice : Victoria Siddall
Nombre d’exposants : 130
Nombre de visiteurs en 2012 : 28 000
Prix du mètre carré : 455 £ pour la section principale

Frieze Art Fair

Du 17 au 20 octobre, Regent’s Park, Londres, www.friezelondon.com et www.friezemasters.com, 17 au 19 octobre 12h-19h, 20 octobre 12h-18h.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°398 du 4 octobre 2013, avec le titre suivant : 11e année, Frieze et la nécessité de la maturité

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