L’Unesco rappelle que le trafic illicite de biens culturels finance l’Etat islamique

Par Nathalie Eggs · lejournaldesarts.fr

Le 1 octobre 2014 - 667 mots

PARIS [01.10.14] – A l’occasion d’un colloque international organisé conjointement par les délégations permanentes de la France et de l’Irak auprès de l’UNESCO, des experts et des diplomates ont rappelé lundi 29 septembre que le groupe terroriste Etat islamique (EI) se livrait à la destruction de sites archéologiques et à la contrebande de biens culturels pour se financer.

Revendiquant une fortune de près de 2 milliards de dollars, l’Etat islamique (Daesh) est souvent présenté comme le groupe terroriste le plus riche du monde. D’où proviennent ces fonds ? Hormis les dons indirects en provenance de certains pays du Golfe, les médias s’accordent aujourd’hui pour dire que le groupe est largement autofinancé. Ses ressources proviennent avant tout d'extorsion, des impôts et des taxes imposées aux populations locales des zones qu'il contrôle en Irak, de l'argent de rançons versées pour libérer des otages, et de la contrebande de pétrole. Mais aussi du pillage de sites et du commerce illicite des biens culturels. C’est ce qu’ont rappelé les experts à l’occasion d’un colloque intitulé « Le patrimoine irakien en danger : comment le protéger ? » ouvert par Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères et du Développement international.

Après la guerre, le terrorisme
En Irak, dans les villes conquises par Daesh (un des acronymes de l'Etat islamique), les djihadistes n’hésitent pas à dynamiter des sanctuaires des patrimoines chrétiens, juifs ou musulmans. L’EI a revendiqué la destruction de nombreux monuments historiques, notamment la tombe de Nebi Yunus, prophète Jonas, de Mossoul. Les autorités irakiennes estiment à 4 000 le nombre de sites historiques aux mains des djihadistes.

Lors du colloque, Philippe Lalliot, ambassadeur de France délégué à l'Unesco a réaffirmé son engagement dans la lutte contre le trafic afin que « la contrebande n'alimente pas le trésor de guerre et l'armement des organisations terroristes », rapporte l’AFP. « Il y a des mafias internationales qui s'occupent des vestiges et de tout ce qui a trait au patrimoine, qui informent Daesh de ce qui peut être vendu. Il y a des intermédiaires mafieux », a souligné Qais Hussen Rashied, directeur du musée de Bagdad, ancien directeur du patrimoine et des antiquités. « Daesh fait des fouilles pour vendre (des objets) sur les places européennes et asiatiques par l'intermédiaire des pays alentours. Ces montants financent le terrorisme », a-t-il ajouté, jugeant impossible de chiffrer l'ampleur de ce trafic ou les pertes pour son pays. « On les coupe et on les vend. Des pièces sont inestimables... Certaines ont 2000 ans, peuvent valoir très cher, mais comme il n'y a pas de marché réel, on ne peut dire combien ça vaut », a-t-il précisé. « On n'a pas encore de statistiques car Daesh est encore là. Pour le moment, c'est du terrain conquis par Daesh, il faut attendre ou tout faire pour reprendre. On ne peut rien faire », a-t-il conclu.

L’Unesco continue à alerter la communauté internationale

L’Unesco a lancé le 17 juillet 2014 un plan d’action d’urgence pour la sauvegarde du patrimoine culturel irakien. A l’occasion du colloque du 29 septembre, la directrice générale de l'Unesco Irina Bokova a « alerté l'ensemble des Etats membres, les principaux musées du monde et le marché de l'art » ainsi que tous les acteurs de répression du trafic, leur demandant « la plus extrême vigilance envers les objets qui pourraient venir du pillage en cours du patrimoine irakien ».

« L'Unesco a appelé le Conseil de Sécurité (de l'ONU) à adopter une résolution d'interdiction préventive de tout commerce des objets culturels irakiens et syriens, pour lutter contre le trafic illicite », a-t-elle rappelé. Conformément à la Convention pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé (La Haye, 1954), l'Unesco a « partagé les coordonnées et toutes les informations pertinentes avec les états-majors engagés dans des frappes aériennes » pour éviter de bombarder des sites historiques, a également indiqué Mme Bokova. Les autorités irakiennes en ont fait de même, soulignant que l'EI avait investi de nombreux palais ou sites pour s'en servir comme bases opérationnelles.

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Irina Bokova, Directrice générale de l’UNESCO © UNESCO / Bob Krasner

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