Bagdad

Le musée renaît

Le Musée national d’Irak doit rouvrir ses portes au mois de mars

Par Martin Bailey · Le Journal des Arts

Le 1 février 2011 - 539 mots

Fermé depuis la chute de l’homme d’État Saddam Hussein, le Musée national d’Irak doit enfin rouvrir ses portes en mars.

BAGDAD - Fermé depuis la chute de l’homme d’État Saddam Hussein, le Musée national d’Irak doit enfin rouvrir ses portes en mars. Si les collections d’art assyrien et d’art islamique ont été redéployées dans ses deux salles principales en 2008, elles n’ont pu être visitées que par des groupes invités ou quelques privilégiés. « Mes rêves se réaliseront lorsque nous rouvrirons enfin au public », confie Amira Edan, la directrice du musée. Le musée bagdadien avait brutalement fermé ses portes à la fin de l’année 2002, quelques mois avant l’invasion des forces de la coalition. Il était également resté clos entre la guerre du Golfe de 1991 et le mois d’avril 2000. En d’autres termes, au cours des deux dernières décennies, le musée aura été ouvert durant deux ans seulement, se coupant littéralement d’une génération entière d’Irakiens.

Des risques à estimer
Le gouvernement du pays a fait appel à Amira Edan en janvier 2009 pour superviser la réouverture du musée dans son intégralité, un symbole fort destiné à signifier qu’une normalité a été retrouvée. En dépit des pressions, la directrice a estimé que l’amélioration du bâtiment nécessitait un délai supplémentaire, les conditions de sécurité n’étant pas encore assurées. Cette prise de position lui a valu d’être destituée de la mission parallèle qu’elle assurait à la tête du Conseil national des antiquités, mais elle a conservé son poste à la tête du musée. En décembre 2010, Amira Edan indiquait que les modifications apportées aux vingt-trois salles, à la suite des pillages perpétrés en avril 2003, devraient être terminées au début du mois de janvier 2011 – avec notamment un système de sécurité des plus sophistiqués. Les travaux ont été financés en partie par le gouvernement américain, dans le cadre de son projet pour le patrimoine culturel d’Irak doté d’un budget de 13 millions de dollars (9,8 millions d’euros). La question clé demeure les conditions de sécurité de la ville même de Bagdad, et en particulier du quartier du musée. En octobre 2009, un homme a commis un attentat-suicide devant le ministère des Affaires étrangères, tuant 59 personnes et en blessant 250 ; le musée a alors subi quelques dommages. Si le niveau de sécurité de la capitale irakienne est aujourd’hui meilleur, Amira Edan avoue être fortement troublée par la prise d’otages meurtrière du 31 octobre 2010, au cours de laquelle 58 personnes ont péri dans la cathédrale Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours à Bagdad. Aussi les conditions de sécurité seront-elles soumises à un réexamen au mois de mars, juste avant la réouverture. Une fois le musée rouvert, sera étudiée la question d’un voyage des collections d’antiquités irakiennes dans le cadre d’un circuit de musées internationaux. Amira Edan se dit prête à les confier à des institutions tels le British Museum, à Londres, et le Field Museum à Chicago, qui ont apporté leur aide au musée. Tout en soulignant que la décision reviendra au ministère irakien de la Culture et que la priorité demeure le retour des antiquités qui ont été exportées illégalement à l’étranger. La directrice espère également que les archéologues britanniques, écartés du pays à cause des risques encourus, pourront bientôt effectuer leur retour. 

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°340 du 4 février 2011, avec le titre suivant : Le musée renaît

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