Le directeur des musées de Soissons jette l’éponge

Par Éric Tariant · lejournaldesarts.fr

Le 24 décembre 2015 - 786 mots

SOISSONS (PICARDIE) [24.12.15] - Dominique Roussel, le directeur des musées de Soissons, s’est mis en disponibilité le 1er décembre pour une durée de trois ans. Une pétition de soutien dénonce une « ingérence mesquine » de la municipalité qui de son côté met en avant son projet de regroupement des musées sur un seul site.

K.O. debout. Après vingt cinq années de bons et loyaux services aux musées de Soissons dont 17 années en tant que directeur, Dominique Roussel a jeté l’éponge. « Il a été poussé à la porte du musée avec une grande brutalité par le maire et par son adjoint à la culture qui n’a cessé de le harceler », explique l’artiste Gérard Titus-Carmel qui vit et travaille dans l’Aisne à une vingtaine de kilomètres de « la cité du Vase. »

Poussé à la porte comme Jean-Marie Chevallier, l’ancien directeur du théâtre municipal (Le Mail-Saison culturelle), qui a été évincé, en août 2014, pour avoir mis en place une programmation « trop ciblée, élitiste et pointue avec trop peu de têtes d’affiche.»

Lors du dernier vernissage en présence de Dominique Roussel, le vendredi 27 novembre à l’Arsenal de l’ancienne abbaye de Saint-Jean des vignes, une pétition de soutien au directeur du musée a été remise à l’adjoint à la culture, François Hanse. Celle ci dénonçait la « pression des élus locaux », « de nouvelles orientations imposées brutalement » par la Ville et « une ingérence dans les moindre détails dans le fonctionnement » de l’institution de la part de « personnes n’entendant pas grand chose au métier de conservateur et à la gestion d’un musée. » Cette pétition a été signée par plus de 500 personnes dont quelques éminents directeurs ou ex- directeurs d’institutions culturelles françaises comme Germain Viatte, Thierry Raspail, François Barré, plusieurs conservateurs du patrimoine, et de très nombreux artistes.

Joint au téléphone, Dominique Roussel évoque pour expliquer son départ un « ras le bol de la situation », des réorganisations imposées par la mairie et de multiples attitudes de défiance « qui usent la santé » : baisse du budget des musées, décision unilatérale de mettre fin à leur gratuité, création d’un comité artistique pour décider de la programmation des lieux et des acquisitions, baisse importante des effectifs, reprise en main de la communication par les équipes du maire.

Les tensions seraient apparues peu de temps après l’arrivée de la nouvelle municipalité entrée en fonction en mars 2014. L’objectif de l’équipe municipale dirigée par Alain Crémont (divers droite) ? Regrouper sur un seul lieu, à l’Arsenal, les musées de Soissons jusque-là répartis sur deux sites : en centre ville, dans l’ancienne l’abbaye Saint Léger et, au Sud-Ouest de la commune, dans l’Arsenal de l’ancienne abbaye Saint-Jean des Vignes, un bel espace principalement dédié à des expositions temporaires d’art contemporain. Le maire a donné six mois au directeur du musée pour déménager les collections permanentes de l’abbaye Saint Léger (salles archéologiques et collections de peintures du XVIIe au XIXe siècle) en direction de l’Arsenal.

Un maire doit avoir le souci de la bonne utilisation de l’argent public, explique l’adjoint à la culture qui s’empresse d’ajouter : « Nous avons deux musées avec deux charges de personnel. Savez-vous ce qui est imposé aux collectivités par les nouvelles réglementations en matière d’accessibilité ? Nous allons avoir d’énormes travaux à réaliser. »

Ce déménagement entraînera la disparition des espaces d’art contemporain de l’Arsenal qui jouissent pourtant depuis 20 ans d’un rayonnement dépassant très largement les frontières de la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie. « C’est une décision autocratique. Elle vise à transférer brutalement les collections permanentes dans un lieu qui n’est pas équipé pour cela et que la mairie ne souhaite pas équiper », insiste Dominique Roussel qui a conçu, impulsé et animé l’Arsenal depuis 1995.

Dans ses douze engagements pour Soissons, Alain Crémont évoque son souhait de « recréer une fête à l’image de celle du haricot qui attirait 60 000 personnes en un week-end » et de « pérenniser le salon du blog culinaire ». Deux lignes mentionnent « la sauvegarde et la valorisation des lieux d’exception ». Mais, rien sur les musées. « Nous avons un projet ambitieux, nous voulons créer à Soissons un grand musée moderne pour le XXIe siècle », explique François Hanse. Interrogé sur la possibilité de lire ou de consulter ce projet ambitieux, l’adjoint répond, irrité, qu’il « était à écrire. Dominique Roussel devait l’écrire depuis un an ». Après plus ample information, il ressort que l’ancienne abbaye Saint Léger devrait, une fois les collections permanentes évacuées, être louée aux Soissonnais pour y organiser mariages, fêtes et communions. Le réfectoire de l’Abbaye Saint Jean des Vignes devrait, lui, accueillir un restaurant, et un mini-golf devrait s’installer aux abords de l’Arsenal.

Légende photo

L’abbaye Saint-Jean-des-Vignes © Photo Thbz - 2005 - Licence CC BY-SA 2.5 

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