L'Art déco

Par LeJournaldesArts.fr · lejournaldesarts.fr

Le 23 février 2009

PARIS [23.02.09] - Le terme Art déco recouvre une double confusion qui ne facilite pas sa compréhension par le public. D'un côté il désigne l'ensemble de la production des arts décoratifs et de l'autre un mouvement au sein même des arts décoratifs.

Une première confusion avec les arts décoratifs pris au sens large : mobilier, bijoux, luminaires, objets divers de toutes périodes et de toutes géographies. Posons ici que l'Art déco (au singulier) désigne un mouvement bien précis à l’intérieur des arts décoratifs (au pluriel) : un mouvement qui touche tous les arts, en France, entre les deux guerres mondiales.

Une deuxième confusion existe au sein même du mouvement Art déco entre les « traditionnalistes » et les « modernes ». On y reviendra plus loin dans ce document.

Les origines de l'Art déco
Comme d’habitude en histoire de l’art, plusieurs facteurs ont donné naissance au mouvement Art déco. Le facteur le plus important est vraisemblablement le traumatisme de la première guerre mondiale. Plus rien ne peut être comme « avant », « avant » étant la bien nommée « Belle époque ». Après la boucherie des tranchées, un retour à l’ordre s’impose.

Dans le domaine des arts décoratifs, ce retour à l’ordre s’opère en réaction contre la version (végétale) française, belge et dans une moindre mesure espagnole de l'Art nouveau, toute en fleurs, arabesques, et formes rondes. C’est le retour à la ligne droite, épurée, orthogonale, la disparition de l’ornement. Rien de neuf dans l’histoire des formes, c’est l’éternel balancier entre la courbe ornementée et la ligne droite.

On peut également établir une filiation avec l’école de Glasgow et Charles Mackintosh (1868-1928) ou encore avec la Wiener Werkstätte de la Sécession viennoise au tournant du siècle. L’un et l’autre ont produit des meubles et objets décoratifs à la ligne épurée, influencée par l’Antique.

En Allemagne, le Bauhaus, dès 1919 s’inscrit dans ce mouvement général des arts d’après guerre. L’école du Bauhaus vise à former des artistes, des designers comme on dirait aujourd’hui, travaillant pour l’industrie. Elle privilégie la fonction utilitaire de l’objet et favorise l’emploi de formes et de matériaux simples, dénués d’ornements. L'Art déco en France est évidemment perméable aux influences du Bauhaus.

C’est ce qui explique que l'Art déco en France porte en lui deux tendances. Derrière la bannière commune de la forme droite, se développent une tendance précieuse et une tendance fonctionnaliste.

L’Exposition de 1925
La rupture est latente depuis la fameuse Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de 1925, à Paris, dans laquelle se font face, pour la première fois aussi crûment, ces deux mondes : celui donc des «traditionalistes » et celui des « modernes ». D’un côté, le pavillon du Collectionneur de Jacques-Émile Ruhlmann, un bâtiment de style classique considéré comme le summum du « bon goût français ». La décoration intérieure, luxueuse, s’inspire du XVIIIe siècle.

De l’autre, le pavillon de l’Esprit nouveau, conçu par Le Corbusier et son cousin Pierre Jeanneret, une structure géométrique exprimant une organisation claire et simplifiée des volumes et illustrant les concepts du purisme et de la revue Esprit nouveau, fondée en 1920 par ce même Le Corbusier et Amédée Ozenfant. L’ensemble du mobilier, sorte de casiers standard incorporés aux murs ou modulables, y est baptisé d’un vocable plutôt trivial à l’époque : « Équipement ».

La sécession de l’Union des Artistes Modernes
Trois ans plus tard, en 1928, rebelote ! La joute entre traditionalistes et modernes reprend de plus belle au Salon des artistes décorateurs. Cette fois, aux Ruhlmann, Süe et Mare, et autres Groult réplique un petit groupe emmené par Charlotte Perriand, René Herbst et Djo-Bourgeois, auxquels se sont joints l’orfèvre Jean Puiforcat, les bijoutiers Jean Fouquet et Gérard Sandoz ou le céramiste Jean Luce.

La polémique ne fait qu’enfler, mais il faudra attendre l’année suivante, 1929 donc, pour qu’intervienne la scission. Cette année-là, en effet, les modernes, sous la houlette de deux architectes de renom – Pierre Chareau et Robert Mallet-Stevens –, se voient tout bonnement refuser par la Société des artistes décorateurs (SAD) l’entrée de son annuel Salon des artistes décorateurs. C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase moderniste. Un groupe se forme alors en réaction à ce camouflet et décide aussitôt de créer l’Union des artistes modernes.

Si les deux courants prennent naissance dans les années 1920, le premier prend fin pendant la guerre, alors que le second prend son essor dans les années 50 et s’identifie au design.

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