L’affaire américano-malaisienne 1MDB pourrait mener aux Ports Francs de Genève

Par Nathalie Eggs · lejournaldesarts.fr

Le 28 juillet 2016

WASHINGTON (ETATS-UNIS) [28.07.16] - Dans le cadre de la mise sous séquestre d’actifs du fonds malaisien 1MDB ordonnée par la justice américaine, de nombreuses œuvres d’art sont recherchées. L’enquête internationale pourrait mener aux Ports Francs de Genève où un Van Gogh et deux Monet auraient été entreposés. Elle montre par ailleurs les failles des contrôles compliance de la maison de ventes aux enchères Christie’s.

Une enquête internationale a été lancée mercredi 20 juillet par Washington pour retrouver plusieurs œuvres d’art, dans le cadre de la vaste affaire de détournement d’argent du fonds d’investissement appartenant au gouvernement malaisien, 1Malaysia Development Berhad (1MDB). Une partie de l’argent détourné aurait en effet été blanchi par l’achat d’œuvres d’art pour des montants s’élevant à des dizaines de millions de dollars, rapporte artnet.

Les documents judiciaires de la justice américaine mentionnent un dessin de Vincent Van Gogh, La Maison de Vincent à Arles, ainsi que deux toiles de Claude Monet, Saint-Georges-Majeur et Nymphéas avec reflets de hautes herbes. Suite à la mise sous séquestre d’actifs (1 milliard de dollars) ordonnée par le ministère public des États-Unis, la Tribune de Genèvea indiqué jeudi 21 juillet que la justice fédérale suisse avait ordonné la saisie de ces toiles qui seraient entreposées aux Ports Francs de Genève. L’information, révélée par la Neue Luzerner Zeitung, qui citait une porte-parole de l’Office fédéral de la justice, n’a toutefois pas été confirmée par la justice helvétique.

Le propriétaire de ces toiles, Jho Low, un financier singapourien impliqué dans le fonds 1MDB créé par le Premier ministre malaisien Najib Razak, avait en effet indiqué cette localisation dans un courrier datant de mars 2014. Collectionneur notamment médiatisé pour avoir acquis pour 48,8 millions de dollars l’œuvre Dustheads (1982) de Jean-Michel Basquiat chez Christie’s New York en mai 2013 (revendue 35 M$ en mai dernier), Jho Low a acheté une série d’œuvres à la maison de ventes via la société Tanore (codétenue par un dénommé Eric Tan), entre les mois de mai et septembre 2013.

Ces ventes questionnent la fiabilité des contrôles compliance (KYC, provenance des fonds, etc.) de Christie’s, d’autant plus que les documents judiciaires soulèvent des détails qui ne pouvaient pas laisser planer de doutes sur la motivation des transactions et la provenance des fonds. En novembre 2013, le département compliance de la banque privée suisse Falcon Bank de Jho Low avait même bloqué les fonds et refusé le paiement à Christie’s de La Maison de Vincent à Arles (5,5 M$), un énième signal rouge qui n’a pas freiné la maison de ventes aux enchères qui a continué à entretenir des relations avec le financier malaisien. Autre fait qui peut être reproché à l’auctioneer britannique : la tenue d’une vacation dite de « charity », organisée par Leonardo DiCaprio, qui comprenait notamment la généreuse donation d’une sculpture de Lichtenstein d’un certain Jho Low.

Ironie du sort, si l’histoire est digne du Loup de Wall Street, le film de Scorsese interprété par le même Leonardo DiCaprio est également mentionné dans les documents de la justice américaine :  le partenaire financier du film Joey McFarland est impliqué pour avoir accepté en cadeau des œuvres achetées par Jho Low chez Christie’s.

Pour The Wall Street Journal, la saisie d’actifs ordonnée par le procureur général des États-Unis, Loretta Lynch, pourrait être la plus importante saisie de l’histoire américaine ‒ six milliards de dollars auraient été détournés. Singapour a de son côté gelé les comptes bancaires et séquestré les biens immobiliers liés à 1MDB sur son territoire, totalisant 240 millions de dollars singapouriens et dont la moitié appartient à Jho Low, rapporte The Straits Times.

Légende Photo

Vincent Van Gogh, La maison de Vincent à Arles(Recto), Lettre de Vincent à son frère Théo(Verso), 1888, stylo et encre sur papier, 13.4 x 20.6cm - source Christie's

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