Jeudi 13 décembre 2018

La nouvelle Deutsche Bank KunstHalle de Berlin prise d’assaut par des artistes amateurs et professionnels

Par Isabelle Spicer (Correspondante à Berlin) · lejournaldesarts.fr

Le 11 avril 2013 - 640 mots

BERLIN (ALLEMAGNE) [11.04.13] - Deux semaines avant son ouverture officielle, la Deutsche Bank KunstHalle a ouvert ses portes à tous ceux qui souhaitaient exposer. Les organisateurs pensaient exposer 344 œuvres – ils en ont reçu plus de 2 000.

Sous le regard éberlué d’un chien errant et de touristes de passage, une longue et étrange procession s’étend sur près d’un kilomètre. Des centaines d’artistes, œuvres à la main empaquetées dans des emballages divers et variés, avaient répondu à l’appel de la nouvelle Deutsche Bank KunstHalle, le vendredi 5 avril. Deux semaines avant son ouverture officielle qui présentera l’artiste Deutsche Bank de l’année, Imran Qureshi, le directeur de la Deutsche Bank KunstHalle, Friedhelm Hütte avait ainsi proposé à tous les artistes – professionnels, étudiants aux beaux-arts, peintres du dimanche - qui le souhaitaient de venir exposer dans les lieux pour 24 heures.

Seule condition : il fallait figurer parmi les premiers pour être certains de faire partie de l’aventure, et pouvoir porter soi-même son œuvre (restriction réduite ultérieurement à une taille de 2 mètres par 2 mètres). Photographies, dessins, peintures, tout était accepté à partir du moment où cela pouvait être accroché au mur, à l’exclusion des vidéos et des performances. Le curateur de l’exposition était René Block, galeriste de Joseph Beuys, qui n’aurait pas désavoué l’opération puisqu’il affirmait que « tout homme est artiste ».

Le premier artiste est arrivé la veille de la date de dépôt et a campé devant la KunstHalle. Dès 10h, la file d’attente atteignait près d’un kilomètre. Complètement dépassés par leur succès, les organisateurs ont décidé en catastrophe d’organiser une seconde exposition qui aura lieu le 28 avril, lors du Gallery Weekend. Tout le monde s’est ainsi pris au jeu. Un rédacteur du magazine d’art allemand Monopol a déposé un ready made. Quant à moi, j’ai déposé une toile réalisée quelques années plus tôt. Dans la file d’attente, une artiste professionnelle berlinoise, Sonja Puschmann déclare: « J’ai tout à fait conscience qu’il s’agit d’un coup de pub pour la Deutsche Bank. Ca m’est égal, le plus important est de pouvoir exposer ». Derrière moi, un jeune étudiant en art, Toni Costa affirme : « J’ai bien attendu cinq heures à Valence pour voir une exposition de Sorolla. Je peux donc attendre trois heures pour exposer mes propres œuvres », ironise-t-il en montrant trois aquarelles réalisées la nuit précédente.

Alors que la presse allemande mettait l’accent sur l’engouement et la mobilisation des peintres amateurs pour l’événement, les réseaux sociaux offraient un tout autre son de cloche. Certains artistes dénonçaient l’exploitation des artistes et une simple opération de relations publiques pour redorer le blason de la banque accusée récemment de spéculation sur les biens alimentaires. L’artiste Steffen Blunk déclare dans son blog, que la vision de cette interminable file d’attente lui a laissé un goût doux-amer, lui rappelant les queues devant la soupe populaire des années 1920. Les artistes basés à Berlin connaissent une situation de plus en plus précaire en raison de la montée des prix immobiliers et du coût de la vie courante. « La subvention de 500 euros par mois pour un atelier – attribuée à l’artiste qui remporte le prix du public – épargnerait à certains artistes bien des nuits blanches», ajoute Steffen Blunk.

Il fallait de nouveau faire jusqu’à trois quart d’heures de queue pour assister à la première exposition, Macht Kunst, des 344 œuvres, exposées dans le style des salons du XIXe, du plancher au plafond sur une hauteur de six mètres. 6 000 personnes ont visité cette première exposition qui a duré 24 heures les 8 et 9 avril. Si la qualité des œuvres était inégale, une jeune galeriste estimait qu’environ 40 à 60% des œuvres exposées provenaient d’artistes professionnels. Quant à elle, elle avait attendu quatre heures dans la queue pour ses artistes et réussi à exposer cinq d’entre eux.

Siège de la Deutsche Bank, Francfort, Allemagne - © Photo Raimond Spekkin - 2003 - Licence CC BY-SA 3.0

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