Mercredi 26 janvier 2022

Gagarine crucifié : une peinture murale détruite et une enquête policière

Par Emmanuel Grynszpan, correspondant à Moscou · lejournaldesarts.fr

Le 16 avril 2015 - 327 mots

PERM (RUSSIE) [16.04.15] – L’artiste Alexandre Jounev a peint un Gagarine en croix sur un mur de la ville. Son œuvre a été détruite et il sera devra faire face à des poursuites.

La fête des cosmonautes et celle de Pâques coïncidaient cette année en Russie. Alexandre Jounev, un artiste de Perm (Oural), a voulu célébrer l’événement en peignant le 12 avril un Iouri Gagarine crucifié sur un mur de la ville. Il s’agissait pour cet artiste urbain hyperactif de « représenter l’incessante confrontation entre l'église et de la science et d’éviter que se reproduisent des drames comme l’exécution de Giordano Bruno ». Mais en superposant deux figures symboliques incompatibles, l’artiste était certain de provoquer un électrochoc idéologique. Le héros de la conquête spatiale soviétique est aussi connu pour s’être moqué de la croyance en Dieu au retour de sa première incursion dans le cosmos.

La réaction des autorités municipales de Perm ne s’est pas fait attendre. L’oeuvre a été détruite le jour même. Dans la foulée, des hommes politiques locaux ont réclamé qu’une enquête soit ouverte pour « vandalisme » et « vexation des sentiments religieux des croyants ». La police s’est saisie du dossier et a interrogé Alexandre Jounev dès le lendemain. L’interrogatoire a duré une heure et demi, au cours de laquelle l’artiste a appris que son oeuvre, en dépit du fait qu’elle n’existe plus, sera soumise à une « expertise » réalisée par des historiens de l’art et que l’opinion du clergé orthodoxe serait prise en compte. Jounev ne considère pas que son oeuvre soit diffamante. Pour lui, « punir une oeuvre d’art, c’est de l’obscurantisme ».

Triste ville industrielle, Perm a connu une brève lune de miel avec la création actuelle quand le galeriste Marat Guelman y avait ouvert en 2008 le premier musée d’art contemporain. Dans la foulée, de nombreuses installations et sculptures avaient transformé le paysage urbain jusqu’à ce qu’un changement de gouverneur remette les compteurs à zéro en 2013.

Légende photo

L'oeuvre de l'artiste Alexandre Jounev représentant Iouri Gagarine crucifié source LNR Media

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