Vendredi 3 décembre 2021

Art ancien

Raphaël - Les coulisses d’une grande exposition du Louvre

Par Isabelle Manca · L'ŒIL

Le 8 novembre 2012 - 1181 mots

PARIS

L’exposition « Raphaël, les dernières années », consacrée au maître que l’on n’a plus admiré à Paris depuis 1983, est un événement à la hauteur des difficultés qu’une telle manifestation sous-tend.

C'est par lui que nous avons la science, la couleur, l’invention poussées ensemble à cette perfection féconde qu’on pouvait à peine espérer ; quant à le dépasser jamais, qu’aucun génie n’y pense. » En quelques lignes, Giorgio Vasari, peintre, historien de l’art et contemporain de Raphaël (1483-1520), a transformé le maître en véritable mythe. Modèles absolus pour les artistes, ses œuvres n’ont depuis cessé de séduire par leur sens inégalé de la grâce et de l’équilibre. Expression de la
quintessence de la Renaissance, elles sont la synthèse idéale entre la subtilité de Léonard de Vinci et la puissance de Michel-Ange.

Conservées dans de prestigieux musées, ces icônes ne font qu’exceptionnellement l’objet de prêts, et toujours avec des valeurs d’assurance records. Organiser une exposition sur Raphaël relève ainsi de la gageure. La dernière manifestation parisienne remonte à 1983, à l’occasion des célébrations des 500 ans de la naissance du peintre, et ne rassemblait que des œuvres issues des collections françaises. L’exposition que lui consacre le Musée du Louvre est donc, à double titre, un événement : par son ampleur et par son propos inédit.

Une coproduction Louvre-Prado
À travers quatre-vingt-quatorze pièces du maître et de ses deux plus proches élèves, Giulio Romano et Giovan Francesco Penni, provenant de quarante institutions, les sept dernières années de la vie de Raphaël sont retracées. Un axe d’étude novateur puisqu’aucune exposition d’envergure ne s’était jusqu’à présent concentrée sur les années de maturité du peintre, pourtant historiquement et stylistiquement les plus importantes. Alors en charge de nombreuses commandes pontificales, il est l’artiste le plus influent et le plus polyvalent de Rome : peintre de retables, concepteur et réalisateur de grands décors, mais aussi architecte et même sculpteur !

Rendre compte de cette période extrêmement riche représente un travail colossal, initié dès 2007 par le Louvre en coproduction avec le Prado, deux musées qui rassemblent à eux seuls la plus belle collection d’œuvres de Raphaël hors d’Italie. Paris disposant notamment de deux grands retables, Le Grand Saint Michel et La Grande Sainte Famille de François Ier, et Madrid possédant un magnifique ensemble de saintes familles dont La Perla. Une superbe composition à l’atmosphère crépusculaire, considérée par Philippe IV d’Espagne comme la perle de sa collection, qui représente une éblouissante sainte Anne abîmée dans la méditation, dont le visage ridé offre un pendant sensible aux traits d’une infinie douceur de la Vierge.

Pendant cinq ans, les deux musées ont mené un travail scientifique considérable : étudier en laboratoire leurs œuvres de Raphaël, organiser des journées d’étude internationales et, pour le Prado, restaurer une pièce maîtresse de la collection, La Montée au Calvaire. Un tableau d’une rare intensité qui montre l’inventivité de Raphaël dans l’organisation d’une composition complexe, où il réussit à transcrire le dynamisme et l’émotion grâce à une grande audace formelle et à une palette acide et contrastée.

De l’épineuse question des prêts
« La rigueur de notre travail scientifique a instauré un climat de confiance qui a facilité l’obtention de nombreux prêts », explique Vincent Delieuvin, commissaire de l’exposition. Inévitablement, le musée a cependant essuyé des échecs, dus au mauvais état de conservation des pièces demandées et surtout au caractère iconique de certaines œuvres. « Les Offices ont refusé de nous prêter le Portrait de Léon X, car c’est un des joyaux de leur collection. » Malgré ces entraves, l’exposition affiche un nombre de prêts impressionnant, dont certaines pièces qui n’avaient jamais quitté leur collection auparavant. « Il s’agit d’une réunion historique. Même dans l’atelier de Raphaël, ces œuvres n’ont jamais été réunies », souligne le commissaire.

Ce rassemblement extraordinaire permet de comprendre l’évolution de la manière de Raphaël et le travail de l’atelier, notamment grâce à l’important corpus de dessins préparatoires, qui retrace les étapes successives du processus créatif. Collectionnés dès le XVIIe siècle, les dessins de Raphaël figurent parmi les pépites des fonds d’arts graphiques des plus grands musées, comme l’illustre l’étude pour La Montée au Calvaire, une superbe sanguine qui atteste de la délicatesse du dessin du maître et de son talent pour donner vie à ses personnages en quelques traits virtuoses.

Arts graphiques, retables, tapisseries et tableaux de chevalet : l’exposition propose un parcours particulièrement étoffé grâce à l’obtention de prêts très généreux, plus généreux d’ailleurs en France qu’en Espagne. Certains prêteurs ont ainsi exigé que leurs œuvres apparaissent exclusivement dans la présentation parisienne, à l’image de La Donna Velata, un sublime portrait de l’amante présumée du peintre, la Fornarina. Une toile saisissante par sa recherche de vérité psychologique et le rendu sensuel des tissus et de la carnation du modèle, déclinés en un subtil camaïeu de tons crème et rosés.
 
Des dispositifs exceptionnels
Les œuvres de Raphaël sont inestimables et ne voyagent donc que rarement et sous bonne escorte, a fortiori les tableaux fragiles, comme certaines huiles sur bois transposées sur toile. Leur transport s’effectue dans des caisses très coûteuses, à double suspension, qui garantissent leur sécurité et maintiennent des conditions climatiques optimales. Une fois arrivée au musée, chaque pièce est soigneusement inspectée par le restaurateur du Louvre et son convoyeur.

Commence alors une autre entreprise délicate : l’accrochage. Pendant près de trois semaines, le musée se transforme en une vraie ruche où s’affairent dix installateurs, huit transporteurs, deux doreurs qui assurent le « maquillage » des cadres, un régisseur, un coordinateur, deux restaurateurs, quatre employés du service de la muséographie, un scénographe, mais aussi des électriciens et des peintres. Tous les paramètres font l’objet d’une surveillance accrue : les conditions de luminosité et d’hygrométrie sont contrôlées avec attention, une précaution d’autant plus essentielle que plusieurs types de supports sont exposés : peintures, dessins, mais aussi des tapisseries de très grandes dimensions.

Rien que ces dernières nécessitent près de dix personnes pour les manipuler, à l’image de La Pêche miraculeuse qui mesure près de sept mètres de long et plus de cinq mètres de haut, soit presque la hauteur sous plafond du hall Napoléon.  Écho des grands décors pontificaux, les tapisseries de la chapelle Sixtine sont en effet des morceaux de bravoure qui témoignent du grand talent de composition de leur auteur qui, à travers elles, entendait rivaliser avec son éternel adversaire, Michel-Ange.

Autour de l’exposition

Informations pratiques. « Raphaël, les dernières années », jusqu’au 14 janvier 2013. Musée du Louvre. Ouvert tous les jours sauf le mardi de 9 h à 17 h 45. Nocturnes le mercredi et le vendredi jusqu’à 21 h 45. Tarif : 12 €. www.louvre.fr

Romano et Penni, deux expositions complémentaires. Raphaël ne travaillait donc pas en peintre solitaire. Il était entouré d’un atelier et particulièrement de deux de ses disciples, Giulio Romano et Luca Penni. En parallèle de l’exposition du hall Napoléon sur le maître italien, le Musée du Louvre propose deux expositions-dossiers consacrées à leur travail respectif, l’une dédiée à Romano, peintre des Gonzague, dans l’aile Denon, l’autre à Penni qui travailla à Fontainebleau, dans l’aile Sully. Une occasion de redécouvrir le Louvre…

Voir la fiche de l'exposition : Raphaël : Les dernières années

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°652 du 1 décembre 2012, avec le titre suivant : Raphaël - Les coulisses d’une grande exposition du Louvre

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