Dimanche 20 septembre 2020

Art ancien

XVIIE SIÈCLE

Les relations tumultueuses entre Henri IV et Rome

Par Sindbad Hammache · Le Journal des Arts

Le 17 septembre 2020 - 708 mots

PAU

L’exposition du château de Pau raconte la passionnante réconciliation entre Henri IV et le Saint-Siège, à l’aide d’importants prêts.

Anonyme, Henri IV s’appuyant sur la Religion pour donner la paix à la France (détail), vers 1598, 33 x 25 cm, Pau, musée national et domaine du château. © Photo RMN-Grand Palais/René-Gabriel Ojéda
Anonyme, Henri IV s’appuyant sur la Religion pour donner la paix à la France (détail), vers 1598, 33 x 25 cm, Pau, musée national et domaine du château.
© Photo RMN-Grand Palais / René-Gabriel Ojéda

Mai 1590 : à Rome, le graveur français Thomassin est mis au cachot par l’Inquisition romaine pour avoir gravé un portrait d’Henri IV, le roi huguenot. Seize ans plus tard, le sculpteur lorrain Nicolas Cordier reçoit une commande d’une statue monumentale du souverain français, de la part des chanoines de la basilique romaine Saint-Jean-de-Latran. Ce changement radical à l’égard des représentations du roi de France traduit l’évolution des relations entre Henri IV et la papauté. Cette tranche d’histoire européenne – les années de réconciliations – s’est écrite aussi en images comme dans les monuments romains. Au château de Pau, le parcours de l’exposition « Réconciliations » réunit gravures, peintures, dessins, manuscrits et médailles pour narrer un épisode où l’image n’est pas un simple témoignage, mais l’un des acteurs de l’histoire.

Six fois Henri IV a changé de religion. À l’aube de son règne, les relations entre le roi de France et le Saint-Siège sont très hostiles, malgré une tentative d’abjuration de la foi protestante, non reconnue par le Vatican. Le parcours de l’exposition dresse cette toile de fond à travers une variété d’objets : un très beau Portrait du pape Sixte Quint attribué à Fillipo Bellini, acquis récemment par le château de Pau, représentation originale de ce pape dont le pontificat est marqué par des rapports houleux avec la France ; des médailles célébrant la Saint-Barthélémy, et qui transforment avantageusement ce massacre en un acte de foi délibéré du roi Charles IX. Deux manuscrits jésuites exceptionnels démontrent au visiteur toute la force de la « pédagogie de combat » dans laquelle l’élite française était éduquée, contre son propre roi : Henri IV, dépeint en sanglier, vient semer le chaos dans le jardin de la France, où le légat pontifical faisait régner l’ordre.

La paix retrouvée

La réconciliation intervient avec Clément VIII, et grâce à la médiation d’ambassadeurs qui plaident la cause du roi de France à Rome. Parmi eux, Alexandre de Médicis, futur pape Léon XI. Ils sont présentés à Pau comme les personnages secondaires, mais indispensables, de cet épisode à travers plusieurs gravures.

Les thèmes iconographiques qui découlent de cette réconciliation ouvrent l’exposition. Une Allégorie de la Paix flamande et une représentation d’Henri IV s’appuyant sur la Religion pour donner la paix à la France (voir ill.) sont présentées côte à côte, démonstration d’une adaptation des allégories antiques à un contexte politique marqué par les réconciliations successives : les traités de Cateau-Cambrésis, qui mettent fin aux guerres d’Italie en 1559, l’absolution accordée à Henri IV en 1595, puis la paix de Vervins, signée entre la France et l’Espagne trois ans plus tard, dans laquelle le souverain pontif joue un rôle majeur. Si l’exploration de ce thème iconographique de la paix est l’une des promesses de l’exposition, elle n’est pas développée plus avant dans le reste du parcours palois.

Les monuments de la réconciliation

Les commissaires ont aussi choisi d’offrir au visiteur une balade romaine, à la découverte des nombreux monuments érigés pour célébrer la réconciliation entre la France et la papauté. La matrice de ce parcours est la fameuse carte de Rome d’Antonio Tempesta, dont une petite reproduction est exposée et que l’on découvre également sur une tablette interactive qui indique l’emplacement des monuments. La mise en scène de l’exposition ne laisse toutefois pas transparaître assez clairement ce parti pris, et il faut reconstituer cette passeggiata romaine, entrecoupée d’autres thématiques.

Dans cette muséographie sinueuse, il ne faudra pas passer à côté des importants prêts venus d’Italie, mais aussi de la Bibliothèque nationale de France et du Louvre. Des prêts d’œuvres graphiques : le Musée national de Pau offre un véritable festival aux amateurs, avec de fantastiques études de Nicolas Cordier pour la statue d’Henri IV à Saint-Jean-de-Latran, des eaux fortes de Guido Reni, ou de très belles sanguines d’Alessandro Algardi, études pour les figures allégoriques du tombeau du pape Léon XI venus des Offices. Des prêts plus spectaculaires ont également fait le voyage dans le Béarn : du même Algardi, un modèle grandeur nature en terre cuite pour le tombeau de Léon XI représentant l’abjuration d’Henri IV, et conservé à l’Academia di San Luca, marque le point d’orgue de ce parcours romain.

Réconciliations. Henri IV et Rome (1589-1610),
jusqu’au 18 octobre, Château de Pau, 2 rue du Château, 64000 Pau.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°550 du 4 septembre 2020, avec le titre suivant : Les relations tumultueuses entre Henri IV et Rome

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